« En voyant un Noir ou un être anormal, on dit : Barouh ata Hashem eloqenou mele’h haolam, méchané habriot. »

Mais qu’est cette bénédiction, quelle en est la signification ?

Il faut savoir que le fait de ne pas vouloir se fatiguer à justifier ces différents propos de nos Maîtres et de simplement les mettre de côté n’est ni la bonne réaction ni le bon comportement.

Au final, ces idées nous trottent dans la tête et lorsqu’on assiste à une injustice, on n’est pas là pour réagir.

Mais en réalité, la beauté n’est-elle pas uniquement subjective ? Et la Torah ne nous donne pas une valeur absolue de la beauté, notamment la beauté des êtres humains.

Comment se fait-il qu’un sidour édité puisse mentionner cette bénédiction avec cette notice, sachant que d’une part cela peut entraîner le public à fauter en disant une braha levatale, et d’autre part, cela peut suggérer que la Torah serait raciste ou discriminatoire ‘has Vechalom.

Shoul’han Arou’h (o’’h §225, 8) , Meshané habriot

On ne disait cette bénédiction sur un Noir qu’à une époque et dans un pays où il n’y a généralement jamais de Noirs. Selon le Ritva, la bra’ha a été instaurée sur un défaut physique inhabituel.

La guemara Bra’hot (58b) qui indique de dire cette bénédiction sur un Noir, parle au même titre de la dire sur un blanc. C’est-à-dire qu’en sus de l’étonnement, il y a un jugement de valeur et l’on considère comme un défaut physique le fait d’être Noir.

Selon le Méiri , la bénédiction est sur l’étonnement mais n’a rien à voir avec une échelle de valeur : comme on est étonné des différences dans la création, on bénit D. pour ces différences.

On ne peut parler de cette bénédiction qu’à une époque où l’on ne voyait presque jamais de noirs, mais dire cette bénédiction de nos jours serait assurément une « bra’ha levatala » (sans raison valable).

Le Talmud dans Sanhedrin (37a) dit que D. créa l’homme seul (un seul couple) afin que toute l’humanité ait le même ancêtre, afin d’éviter qu’un jour l’un puisse dire à l’autre « mon ancêtre est supérieur au tien ».

L’appréciation négative de la couleur noire que nous rencontrons chez quelques Maîtres est propre à une époque et il ne s’agît pas d’un critère universel valable pour chaque génération. De nos jours il y a des Blancs qui se marient avec les Noirs et vice-versa ! Là-dessus, la beauté est un critère subjectif.

Le fait de ne jamais rencontrer de Noirs a forcément favorisé cette appréciation négative, car tout ce qui parait étrange et différent des contemporains était systématiquement jugé laid.

Selon le Méiri , la bénédiction existe seulement pour l’étonnement.

On trouve dans des écrits de Rashi ci et là qu’il considérait les noirs comme moins beaux, bien sûr cela n’engage que lui, et on serait tenté de dire que Moshé Rabenu ne partageait pas son avis car il a épousé une Noire (Bamidbar XII, 1).

Les ‘hazal ont dit à ce sujet (Moed Katan 16b) que cela signifiait qu’elle avait de bonnes midot.

Il y a aussi ce qu’écrit Rashi sur place, que c’est une manière de parler de sa beauté. C’est l’un des rares endroits où Rashi se permet une interprétation personnelle, car cette explication ne lui vient pas des ‘hazal comme le souligne le Reèm (voir aussi Siftei ‘ha’hamim).

Rashi trouve cependant certainement une base à son explication à partir du Targoum, qui traduit koushit par « belle », shapirta ; et Rashi se base probablement sur cette même source pour son commentaire de Souka 53a, qui est contesté par le Ibn Ezra, qui cependant ira toujours dans le même sens concernant la noirceur de Tsipora qui la rendait laide.

Selon le Rashbam , il ne s’agît pas de Tsipora (cette dernière étant Midianit et non koushit) mais d’une autre épouse qui était koushit, donc Noire.

Là, il ne s’agît pas de dire qu’elle serait moins belle. Dans les textes de ‘hazal nous trouvons plutôt une idée d’étrangeté liée à la noirceur de la peau, voir Moed Katan (16b) et Yalkout Shimoni beaalote’ha (§777-778).

Un autre commentaire de Rashi qui va dans ce sens (que les noirs seraient moins beaux) se trouve dans Bereshit (XII, 11). Là encore, il s’agit d’une interprétation qui lui est purement personnelle. Et à partir des ‘hazal , elle ne semble pas confirmée du tout puisqu’ils ont dû trouver une autre explication au problème dont parle Rashi (voir dans le Midrash Bereshit Raba (XL, 4)).

Et là encore, Ibn Ezra , sans être d’accord avec Rashi sur son explication locale, en donnera une autre qui va toujours dans le même sens concernant notre sujet.

Mais Ramban est en désaccord total avec ce qu’écrit Rashi. En fait, Rashi et Ibn Ezra trouvaient que les Noirs sont moins beaux, mais cela reste des interprétations personnelles qui n’engagent qu’eux.

Cependant, nous trouvons des enseignements des ‘hazal qui indiquent aussi que les Noirs seraient moins beaux, comme la Mishna de Nedarim (66a), où Noir semble être assimilé à la laideur.

Bien sûr, les goûts et les couleurs ne se discutent pas, si dans l’esprit du Ritva les ‘hazal avaient une préférence pour une couleur « moyenne », ni blanche ni noire, cela n’impose rien à personne en matière de goût, de telle sorte que même à leur époque où on ne voyait jamais un noir dans la rue, celui qui en rencontrait un n’était tenu de faire cette bénédiction que si on considérait que c’était un défaut.

Rabbi Yishmael disait que les femmes juives sont belles dans Nedarim (66a) , ainsi, puisqu’il dit dans Negaïm (II, 1) que les juifs ne sont ni trop noirs ni trop blancs, mais benonim (voir Sotah 26a), c’est donc qu’il trouve ce teint plus joli.

Et cela va de même au sein du peule juif, puisque nous sommes constitués de toutes les origines ethniques possibles, et vivons aux 4 coins du monde.

Il ne faut pas prendre le sidour pour un Rav, encore moins pour un Possek. Le sidour n’est qu’un livre dont la sagesse ne saurait dépasser celle de son auteur (ou éditeur).

L’appréciation d’un rabbin sur un thème qui relève des goûts n’engage personne en dehors de lui.

Enfin, ce n’est pas que les auteurs de ces siddourim ne s’en soucient guère, il s’agirait plutôt d’un copier-coller de la bénédiction des anciens siddourim mais non applicable de nos jours.