Certains, au nom de la Bible, pensent se réclamer d’une tradition pour tenir de mauvais propos sur leurs frères humains à la peau noire.

Pourtant rien dans la Bible ne justifie une telle attitude, au contraire, l’Eternel dans la Bible se montre très sévère lorsque quelqu’un se met à agir selon des préjugés racistes contre les noirs (en l’occurrence il s’agit d’une Ethiopienne).

De plus, on pourrait penser que beaucoup d’Hébreux de l’Antiquité biblique étaient noirs. Dans le Cantique des Cantiques l’amoureuse est une femme à la peau noire, et les Hébreux d’Egypte ou de Babylonie ne devaient pas avoir la peau très blanche pour beaucoup d’entre eux.

Parfois la source de l’erreur vient du Moyen-Age européen, où sans doute un homme comme Rachi n’avait jamais vu un noir ou une noire de sa vie, mais il a partagé sans doute quelque temps, avant de changer, le préjugé ambiant, notamment venu en milieu chrétien de propos des “Pères du désert” comme Saint Antoine.

Rachi dans son commentaire de La genèse v.12,11, pour faire l’éloge de la beauté de Sarah la matriarche, dit dans un esprit très éloigné de la vie quotidienne des humains de l’Antiquité au Moyen-Orient et en Afrique, mais très éloigné aussi de l’évidente beauté de beaucoup de nos contemporaines noires, “Et voici le sens littéral du verset : “Le moment est venu, maintenant, de se faire du souci à cause de ta beauté. Je savais depuis longtemps que tu es belle, mais nous arrivons maintenant parmi des gens noirs et laids, les frères de habitants de Kouch, qui n’ont pas l’habitude de voir de belles femmes!”

Kouch désigne les Ethiopiens, dans la Bible, et par suite parfois tous les noirs. Le nom de Kouch est celui d’un des fils de ‘Ham, le plus jeune fils de Noé.

A cause d’une faute de ‘Ham, son fils Canaan fut maudit, selon la Bible, ce qui permettait de justifier un statut particulier d’esclavage pour les Cananéens, les principaux rivaux des Hébreux sur la Terre promise.

Mais ses frères Mitsrayim, Kouch, et Pout ne furent pas maudits dans la Bible, ni obligés de servir Chem (Sem) et Yafeth (les Grecs, Magog, etc.).

Bien loin de penser que les femmes de Kouch soient laides, la Bible nous dit au contraire que Moïse en trouva une si belle qu’il en fit sa femme.

C’est alors que la sœur de Moïse, une grande prophétesse pourtant, se laissa aller à de mauvaises pensées dont l’Eternel la punit: elle pensait que Moïse était méprisable d’avoir épousé une femme de Kouch, une femme à la peau noire.

Et l’Eternel choisit une punition qui montrait bien le ridicule de la chose: c’est un peu comme s’il lui avait dit : “Ah, comme ça tu trouve que le blanc c’est mieux que le noir ? Eh bien tu vas voir, je te couvre de lèpre des pieds à la tête, et là tu seras vraiment blanche!” Et donc c’est en tant que blanche de lèpre que Sarah est exclue de la communauté, seulement pour un temps grâce aux supplications de Moïse (Nombres, chapitre 12).

Rachi se rachète justement de l’impression fâcheuse que donnait son commentaire de la Genèse cité plus haut à propos de Sarah: il écrit ceci en commentaire de ce passage sur Miriam (Nombres 12, 1-4) : “La femme éthiopienne [kouchite] – Cela nous enseigne que tous reconnaissaient sa beauté, comme tous s’accordent sur la couleur noire d’un Ethiopien.”

“kouchit” en hébreu a la même valeur numérique que “yaphat marè”, belle d’aspect”, remarquent les commentateurs, faisant presque ainsi des noires d’Afrique des femmes belles par définition.

Rachi continue un peu plus loin ainsi : “”Car il avait épousé une belle couchite”- Qu’est-ce que cela veut nous enseigner ? Il y a des femmes belles d’aspect, qui ne le sont pas par leurs actions, comme il y en a qui sont belles par leurs actions et non par leur aspect, mais celle-ci était belle sous tous les rapports. “La femme couchite” -A cause de sa beauté on l’appelait ainsi, comme on appelle un bel enfant “couchi” afin que le “mauvais oeil” n’ait pas prise sur lui”.

D’où l’on apprend par là que les Juifs, au Moyen-Age encore, avaient coutume d’appeler leurs enfants “Ethiopien”, “noir”, pour que leurs enfants échappent au nom de leur beauté supposée, grâce à la “négritude” que le surnom ”kouchi” leur donnait, au mauvais sort.

Enfin citons le Cantique des Cantiques. “Que tu es belle, mon amie, que tu es belle!” (4,1). “O la plus belle des femmes” (1,8). Or le verset 1,5 dit: “ch’hora ani venava” Je suis noire (ch’hora) et élégante (noa, comme la chanteuse du même nom).

“Noire et élégante” (oublions les traductions embarrassées, gênées, que l’on trouve en français de ce verset du Cantique des Cantiques: je lis par exemple ceci dans la Bible de Zadoc Kahn: “Je suis noircie et gracieuse pourtant” : Où a-t-il vu dans le texte ce “pourtant” étrange ? Pourquoi dire “noircie” plutôt que noire? “Ch’hora” est bien un adjectif, pas un verbe au passé tiré de “noircir”. cela ne veut dire que “noire”).