On pourra ne pas être d’accord avec certaines de nos convictions, on ne peut nier la solidité des hypothèses qui les sous-tendent.

Il est impossible de concevoir un modèle d’intégration en Israël sans tenir compte de la « condition juive noire », devenue ces dernières années le réceptacle des fantasmes, tant elle est perçue différemment selon que l’on soit juif d’origine polonaise, allemande, française ou arabe. Parler des Juifs Noirs en Israël c’est se référer à des personnes dont l’« apparence » est d’être noires, et non point dont l’« essence » serait d’être noires.

C’est donc une catégorie imaginée. Et pourtant la question juive noire existe. Cette complexité permettrait d’expliquer en partie pourquoi l’étude des Juifs Noirs a été si peu abordée.

C’est aussi la raison pour laquelle la FJN revendique de faire l’histoire non pas des Juifs Noirs, mais de la « condition juive noire ». Nous traitons essentiellement de la façon dont les autres Juifs nous regardent ou nous nous sentons regardés. Juifs, certes, mais avec la complexité habituelle faite d’une combinatoire régionale, sociale, culturelle, professionnelle ou religieuse.

Bref tout ce qui, par notre histoire ou notre imaginaire, nous lie à leur couleur de notre peau, assumée comme « Juif Noir ». Au demeurant, le fait nous paraît caractéristique de toute minorité nationale discriminée, c’est-à-dire de groupes faussement considérés par les autres comme « essentiellement » différents. L’apparence pigmentaire, peut-être à la fois précise et déroutante.

La question du « colorisme », c’est-à-dire les distinctions et hiérarchies sociales existe depuis. Mais cette norme
chromatique du corps a été, malheureusement, intégrée par les Juifs Noirs eux-mêmes. Alors cette forme d’aliénation mélanique des « Koushi » s’est incrustée dans le domaine du ressenti avec ses balancements historiques.

Ainsi il en ressort une vérité simple, là encore du domaine du ressenti et du vécu que la question de la couleur – et de ses nuances – joue un rôle social important : être Juif Noir est toujours une préoccupation, un souci, par contraste avec le fait d’être Juif Blanc qui semble une évidence à laquelle on ne pense guère.