Comme chaque année depuis des milliers d’années, la communauté juive a la chance de célébrer à dix jours d’intervalle deux fêtes majeures : Rosh Hashana (le nouvel an) et Yom Kippour (le grand pardon).

Chance, car il est demandé au peuple juif de faire une pause dans ce monde de plus en plus rapide et immédiat. Pause afin de réfléchir sur ce qu’il a fait tout au long de l’année. En hébreu, nous appelons cela le « Hechbon nefesh », ce que nous pouvons traduire par comptabilité de l’âme.

Comme il serait bon que chaque citoyen du monde, du plus modeste au plus important, s’arrête quelques heures pour réfléchir à ses actions.

Outre cette comptabilité, il est demandé aussi à chaque juif de discuter avec les personnes qu’il pense avoir blessées par ses dires ou ses actes.

Durant l’année écoulée, j’ai souvent écrit contre certains membres de ma communauté, j’ai souvent critiqué les responsables des Institutions. Il y a encore une dizaine de jours, j’écrivais une lettre ouverte au grand Rabbin de France et au Président des Consistoires Israélites de Paris et de France pour m’insurger contre la venue dans une synagogue consistoriale d’un ancien grand Rabbin d’Israël qui avait tenu des propos abjects contre les juifs libéraux (« ils sont plus négationnistes que les Iraniens ») et sur les homosexuels (« Une abomination que la Thora condamne en demandant la peine de mort »).

Bien-sûr les destinataires de cette lettre n’ont pas daigné y répondre.

Membre de la communauté juive et aussi membre du Consistoire (je paye ma cotisation) il m’a semblé important de m’adresser à leurs responsables par votre intermédiaire (ils ne m’auraient pas reçu) car j’aime cette communauté qui est si belle et surtout plurielle.

Oui, Messieurs les responsables, la communauté juive de France est plurielle. Il y a les orthodoxes, les consistoriaux et les libéraux. Il y a les marranes. Il y a des hommes et des femmes. Il y a des hétérosexuels et des homosexuels.

Cette pluralité, vous devez la respecter et non diviser la communauté comme vous le faites. Vous refusez le dialogue avec les libéraux au point que lors des offices faisant suite aux tragiques attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper cacher, vous n’avez pas exposé les portraits de Georges Wolinski et de Elsa Cayat : ils n’étaient pas des juifs consistoriaux, et alors !

Pensez-vous que les terroristes aient fait la distinction entre juifs consistoriaux et juifs libéraux ?

Lorsque vous avez invité le Rabbin Amar, en connaissant ses propos sur les homosexuels, vous avez, Messieurs les responsables de la Communauté juive, bafoué la loi française : la loi interdit toute incitation à la haine, interdit toute discrimination sexuelle. Je vous rappelle que le Consistoire est une association et que comme toute association, elle doit respecter les règles. Donner la parole à ce rabbin revenait à enfreindre la loi.

Les règles, vous en édictez tous les jours sur la cacherout, sur le fait de savoir si une jeune fille a le droit de chanter en public… mais vous oubliez l’essentiel : nous vivons dans une République et les lois de cette dernière doivent être respectées par tous et encore plus par des organisations qui se disent morales.

Un mohel (pour mes amis non-juifs, « la personne qui circoncis ») est soupçonné de viols et d’attouchements sur des femmes qui pour la plupart venaient d’accoucher. Qu’avez-vous fait à part le muter dans une autre région ?

La loi sur le Guet (divorce religieux) est une loi d’un autre temps où la femme n’obtient pas son divorce sans l’autorisation de son futur ex mari. Cette règle du guet est comme vous le savez contraire au droit français. Ainsi la Cour d’appel de Versailles confirmait, dans son arrêt du 16 février 2012, que la responsabilité délictuelle d’un ex-mari peut être engagée par une épouse à qui il refuse de délivrer un guet. Pour le tribunal « ce refus restreint la liberté que la femme est en droit d’attendre du divorce civil et constitue dès lors un abus de droit. »

Votre Institution est responsable des synagogues. Les rabbins sont formés par l’Ecole rabbinique et sont proposés aux communautés par le Consistoire. Chaque synagogue est donc membre de l’association consistoriale.

A la différence d’une entreprise, les dirigeants d’une association sont élus par les membres de cette dernière. Là-aussi, Messieurs les responsables, se pose un problème. La grande synagogue de Paris a comme toutes les synagogues un conseil d’administration mais avec une différence : il n’est pas élu mais coopté. Ainsi lorsqu’on observe la composition du bureau de cette synagogue (huit membres) on peut remarquer que deux vivent en Israël ou aux Etats-Unis, soit 25 % du bureau qui ne sont jamais présents aux réunions. Je ne souhaite même pas écrire sur les comptes car ils ne sont jamais publiés (vive la transparence !)

Cette Synagogue (que je fréquente) est soi-disant la vitrine du judaïsme français. Je vous rappelle que c’est dans ce même lieu qu’avait été invité Zemmour qui glorifiait l’action de Vichy sur les Juifs…

Messieurs les responsables, si vous ne voulez pas que les membres de la Communauté juive quittent à jamais les Institutions, vous devez vous ouvrir aux autres, vous devez travailler pour la communauté et non pour vous-mêmes mais surtout vous devez accepter les autres même s’ils n’ont pas les mêmes conceptions que les vôtres. La solution est simple : soyez plus démocratiques, exigez que les présidents de communauté soient élus et non désignés, publiez des comptes clairs et nets

Avant de vous souhaiter un bon Kippour, je tiens à vous indiquer une dernière chose : vous demandez que chaque personne qui souhaite se présenter aux élections du Consistoire paie 500 euros. Sachez que pour beaucoup cette somme est prohibitive, notamment pour les étudiants.

Gmar hatima tova