On le savait opiniâtre, mais on est souvent bluffé par les prestations du Premier ministre israélien. Dimanche 11 novembre 2018, le gouvernement israélien était donné pour fini. Le lendemain, il était sauvé. Un discours de Binyamin Netanyahou a suffi à rétablir la situation. Après le départ du ministre de la Défense, Avigdor Liberman, la coalition ne disposait plus que d’un siège de majorité (61 sur 120).

Le leader du parti Foyer juif (Ha Baït ha Yéhoudi), Naftali Benet, avait essuyé un refus à sa demande d’obtenir ce même portefeuille pour que « le pays gagne [les guerres] à nouveau ». Il avait mis sa démission dans la balance. Le ministre de l’Economie, Moshé Kahlon, menaçait lui aussi de quitter le gouvernement. Mais Binyamin Netanyahou sait y faire.

On l’accusait de faiblesse à Gaza, il a laissé entendre que c’était pour mieux se concentrer sur d’autres fronts, le Nord à n’en pas douter, où le Hezbollah est désormais doté d’une capacité de nuisance sans précédent. S’adressant directement au peuple, il a déclaré : « Cette période exigera des sacrifices et une solidité de la population, mais je suis convaincu que grâce à notre courage et à celui de nos soldats, nous vaincrons nos ennemis », ajoutant que l’Etat juif se trouve « dans l’une des périodes les plus complexes de son histoire sur le plan sécuritaire ». On créditera le Premier ministre, qui a bien des défauts mais pas celui d’être irresponsable, de son souci permanent d’assurer la sécurité des citoyens israéliens.

Ce faisant, il a su reprendre la main, sans le dire, mais en le pensant si fort qu’on a fini par l’entendre : en faisant tomber le gouvernement, les ministres contestataires auraient mis en danger la sécurité du pays. Ils n’avaient plus d’autre choix que de rentrer dans le rang. Mieux encore, Avigdor Liberman, qui au ministère de la Défense connaissait parfaitement les risques encourus par le pays, se voit désormais affublé du rôle peu enviable de politicien sans scrupule.

En quelques jours, Binyamin Netanyahou a une nouvelle fois démontré qu’il est un virtuose de la politique. Il manifeste une vigilance sourcilleuse quant à la sécurité du pays – ce qu’on ne saurait lui reprocher – pour mieux mettre en avant un principe qui sert aussi son avenir politique : « à la guerre, comme à la guerre », on ne déserte pas.

On objectera qu’avec une seule voix de majorité, le gouvernement n’est pas à l’abri d’une prochaine crise, et on aura raison. Il n’empêche que Dan Shadur, auteur du documentaire consacré à la personnalité du Premier ministre qui sort actuellement sur les écrans, a été bien inspiré pour le choix du titre : « King Bibi ».

Binyamin Netanyahou n’est pas seulement un roi de la communication. Au sein de son gouvernement, il sait aussi employer in fine l’argument suprême – « la Patrie en danger » – comme savent le faire les vrais monarques.