Un des passages les plus forts du documentaire israélien The Gatekeepers, est la désillusion exprimée quant à l’assassinat de Yitzhak Rabin par Yigal Amir, et la réalisation que le terroriste peut être Juif lui aussi, et israélien de surcroît.

Ce documentaire aurait dû gagner l’Oscar en lieu de Searching for Sugarman, mais passons…

Le terrorisme israélien n’est pourtant pas un phénomène nouveau.

Les deux termes utilisés pour titre sont la justification de la violence préventive contre les non-juifs (Kiddush Hachem) et fait référence a un manuel du parti Kach, de Meir Kahane, dont le label de terroriste n’est plus à débattre, dont les jours de gloire étaient dans les années 1970, et dont l’influence politique persiste aujourd’hui.

Des experts ont fait des analyses beaucoup plus approfondies et pertinentes que ce blog sur le sujet.

Daniel Byman, notamment a publié en 2012 « A High Price : The Triumphs and Failures of Israeli Counterterrorism »; une analyse des opérations de contre-terrorisme israélien et son impact sur le conflit, retraçant l’histoire du pays de la perspective opérationnelle du conflit.

Son article publié sur le terrorisme israélien dans Foreign Affairs en 2012 pourrait débuter exactement de la même manière en 2014, et dans le débat actuel quant aux agressions récentes par des colons israéliens en Cisjordanie et les graffitis (pas particulièrement talentueux) dans le cimetière musulman, relancé courageusement par Tzipi Livni le 4 mai 2014.

La question de terrorisme est compliquée sémantiquement, qu’est ce qui sépare un terroriste d’un « freedom fighter » ? Ma réponse serait les méthodes, si vous ciblez des civils, vous êtes un terroriste quelques soient vos prétentions. Mais comme chacun sait, le terroriste de l’un etc etc etc.

Utiliser les mots permet bien entendu de réveiller les consciences ; il est difficile pour un peuple de se penser comme l’ennemi, et il n’y a plus ennemi que le terroriste de nos jours.

Mais une démocratie ne peut pas se permettre de prendre des demi-mesures ou de donner l’impression de soutenir la violence per des citoyens au nom de l’état.

Sauf bien entendu quand l’administration est complice dans ces évènements. Loin de moi l’idée que l’administration Netanyahu, ou un membre de l’alliance avec le Likud participe dans les attaques du « price tag », les harcèlements quotidiens des colons et la destruction de propriété Palestinienne.

Plutôt l’administration israélienne est coupable d’utiliser des colons qu’elle sait problématique comme des pions, à avancer ou reculer dans le grand jeu du processus de paix.

C’est cette manipulation qui justifie la violence des colons quand on les autorise à avancer sur les terres palestiniennes en toute impunité, et crée un ressentiment et un abandon par le gouvernement lorsqu’on les déplace : si le gouvernement ne prend pas les devants pour protéger les colons, comment s’étonner qu’ils s’organisent par eux même ? Est-ce que ce gouvernement a les mêmes intérêts qu’eux à cœur ?

Qui plus est la maniere dont la justice traite de la violence par des citoyens israeliens, donne l’impression, a terme, que cette violence est peu importante et que la perpetrer est sans consequence.

La question soulevée par la ministre de la Justice est très pertinente, pour une part parce que les attaques par les colons sont pour une grande part injustifiées, immorales, contreproductives et dangereuses pour la population civile palestinienne.

Mais elles touchent au doute quant au « moral high ground » que beaucoup d’israéliens ressentent par rapport à leur pays, et ses ambitions : démocratie ou Etat Juif ?

Rabin croyait cela impossible, Netanyahu veut l’ancrer dans la Constitution. Terroristes ou colons courageux ? Victimes ou bourreaux ?

Et surtout : Quelle est la place de la religiosité en politique si souvent ses attaques sont justifiés au nom de la Torah ou d’un impératif religieux a conséquences politiques et conflictuelles ? Parfois soutenus par des représentants religieux eux-mêmes ?

Autant de questions qui sont au cœur du conflit, au cœur de ce que c’est d’être Israélien. Quand on s’assoit a un café de Tel Aviv, on est surpris par le questionnement incessant, de ce que cela signifie d’être juif, d’être en Israël, et ce que le pays doit être pour la région et le monde.

Un individu est libre de se poser les questions qu’il veut, et d’agir comme un imbécile si c’est son choix, et il est certain que quelques jeunes « taggeurs » ne sont pas des terroristes.

Mais si Netanyahu veut inscrire l’Etat Juif dans la constitution en prônant un démocratisme infaillible, il doit faire montre de ce que le mot signifie dans cette dynamique.

Parce que si cet Etat Juif et « démocratique » de Netanyahu est un de discrimination dans l’application de la loi et la condamnation morale face à la violence faite aux civils par des civils en son nom, une violence dont Israël a si souvent été victime, c’est une démocratie de vote, pas une démocratie de fait.

On serait tenté de voir dans la déclaration de Tzipi Livni une rivalité intra-Knesset, mais la question a le don de remuer les esprits.

Apparemment Mme Livni aurait été espionne à Paris dans sa jeunesse, pour ma part elle est bienvenue quand elle veut.