La sidra de cette semaine est pour moi la plus importante du Judaïsme. Elle traite du recensement, du chabbat, des Tables de la Loi, du veau d’or et des secondes Tables de la loi. Nous allons essayer de trouver un lien entre ces différents événements.

Commençons par le recensement.

Chap. 30 V. 11 à 13 : « Hachem parla à Moïse en disant : « Quand tu feras le relevé des enfants d’Israël selon leurs nombres, chaque homme donnera à Hachem un pardon pour son âme, lorsqu’on les comptera, afin qu’il n’y ait pas de fléau parmi eux lorsqu’on les dénombrera. Voici ce qu’ils donneront, quiconque passe par le dénombrement, un demi-shekel selon le shekel sacré, le shekel est de vingt guéra, un demi-shekel en prélèvement pour Hachem. » »

Les versets 15 et 16 expliquent que « Le riche ne donnera pas davantage et l’indigent ne donnera pas moins que la moitié d’un shekel, pour acquitter le prélèvement de Hachem, pour obtenir le pardon de vos âmes. Tu prendras l’argent du pardon des enfants d’Israël et tu le donneras pour l’ouvrage de la Tente d’Assignation.»

Personne ne doit tirer un profit personnel de son rôle communautaire

Nous apprenons donc que lorsqu’il faut effectuer un recensement, chacun doit apporter une contribution fixe. Dans le désert, tous, les riches comme les pauvres, ont apporté leur contribution d’un demi-shekel non seulement pour le recensement mais aussi pour la construction du Tabernacle.

Pour le Rav S.R. Hirsch, « La participation identique de tous montre symboliquement que chacun doit participer à la réalisation des objectifs nationaux et doit passer par le dénombrement en renonçant à ses intérêts personnels et égoïstes au profit de la communauté. Quiconque agit ainsi en retire un bénéfice infini car la mission d’Israël est tributaire du groupe. »

Ainsi nous comprenons que chaque membre de la communauté nationale ou religieuse doit d’abord penser au groupe auquel il appartient et surtout ne pas tirer un intérêt personnel de ses contributions.

Si seulement cela pouvait être vrai. Je suis toujours amusé de voir certains qui, après avoir fait une campagne de Tsédaka, se pressent devant les photographes pour être en première page des journaux. D’autres ne voudront jamais quitter leur poste d’administrateur de synagogue car ils peuvent en tirer un profit, une reconnaissance.

Pourquoi un demi-shekel ? Pour de nombreux commentateurs, l’obligation de donner un demi-shekel sous-entend qu’aucun des membres du peuple juif n’est entier tant qu’il ne se joint pas aux autres ; isolés nous ne représentons que la moitié de notre potentiel.

Le chabbat

Chap. 31 V. 12 et 13 : «  Hachem dit à Moïse en ces termes : « quant à toi, parle aux enfants d’Israël en disant : « Toutefois vous devez observer mes chabbat, car c’est un signe entre Moi et vous pour vos générations, pour savoir que je suis Hachem, Qui vous sanctifie. » »

Le verset 15 complète en expliquant que : « Six jours durant, le travail sera effectué et le septième jour est un jour d’arrêt complet. »

Même les orthodoxes doivent travailler

Beaucoup de sages ont commenté le chabbat, ainsi il m’est très difficile de choisir parmi tous les commentaires. Le verset 15 m’interpelle car il insiste sur le fait que nous devons travailler six jours durant. Beaucoup d’entre nous qui s’intéressent à l’Etat d’Israël entendent le débat sur certains religieux qui ne travaillent pas mais étudient toute la semaine et reçoivent des subsides du Gouvernement.

A la lecture de ce verset que ces étudiants ont dû lire aussi, je ne comprends pas leur position. Ils devraient travailler. D’ailleurs si nous commençons à tisser un lien entre les différents éléments de cette sidra, nous observons que l’Homme doit participer à la réalisation d’objectifs communs et travailler six jours sur sept pour cela.

Les Tables de la Loi

Nous devons tous respecter la loi civile

Chap. 31 V. 18 : « Il donna à Moïse lorsqu’il eut fini de parler avec lui sur le mont Sinaï, deux tables du Témoignage, Tables de pierres gravées par le doigt de Dieu. »

Certains d’entre vous ont surement remarqué que le « timing » de la remise des Tables de la Loi n’est pas bon. Je m’en explique : après avoir achevé l’énoncé des lois concernant le Tabernacle et les Cohanim, la Thora revient au récit du don de la Loi au Mont Sinaï. Selon Rachi, « c’est une illustration du principe selon lequel la Thora ne suit pas toujours l’ordre chronologique. »

Le yéfé Toar nous enseigne que les deux Tables étaient parfaitement identiques, ainsi « à un niveau plus profond, elles avaient la même valeur. Les cinq commandements figurant sur la première table traitent des rapports entre l’homme et Dieu, et les cinq commandements de la deuxième Table, des rapports entre l’homme et son prochain. En nous disant que les deux tables étaient identiques, la Thora nous enseigne que ces deux catégories de commandement sont d’une égale importance : la Thora n’accorde la prépondérance ni au  service religieux  ni aux lois humaines et sociales. »

Tout est dit dans ce commentaire : le service religieux n’est pas plus important que les lois humaines et sociales. Prier, c’est bien mais cela doit s’accompagner d’un respect des lois de la Cité.

Donc nous devons participer à des objectifs de la Cité en y travaillant six jours sur sept et respecter les lois de cette dernière, ce qui n’empêche pas d’être religieux.

Le veau d’or

Chap. 32 V. 1 : « Le peuple vit que Moïse avait tardé à descendre de la montagne, et le peuple s’attroupa autour d’Aaron ; ils lui dirent : « Lève-toi, fais-nous des dieux qui marcheront devant nous, car cet homme Moïse qui nous a fait monter du pays d’Egypte, nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui. » »

Nul n’est irremplaçable

La question que se posent de nombreux commentateurs est de savoir si cet épisode est de l’idolâtrie ou non ? La réponse est non car la seule faute que la Thora reproche à Aaron, c’est de s’être joint à Moïse quand il a frappé le rocher au lieu de lui parler (Nombres 20.12). Il est donc clair qu’Aaron n’a pas commis de péché d’idolâtrie.

Essayons de comprendre ce qui s’est vraiment passé.

Tout a commencé par une erreur qui s’est transformée en un contresens à propos de la relation entre Dieu et le peuple d’Israël. Ce dernier a cru que Moïse était décédé et que sans lui il ne pouvait s’adresser à Dieu. Il leur fallait donc une présence pour remplacer le guide. D’après le Rav Feinstein, « Le peuple d’Israël croyait à tort qu’un dirigeant comme Moïse était indispensable pour les représenter auprès de Dieu. » Le Beit Ha Lévy enseigne à ce sujet que « L’erreur des enfants d’Israël n’est pas si rare de nos jours non plus. »

En lisant ce verset, je me suis dit que de nos jours nous connaissons le même problème. Le monde est dans une course perpétuelle au progrès technique. Un article d’une grande revue scientifique relatait, il y a peu, les progrès de la robotique. « Bientôt l’homme sera remplacé par les robots » était le titre de cet article. Lorsque le peuple d’Israël demande « des dieux qui marchent devant nous » nous ne sommes pas loin de ce qui se passe de nos jours.

Le Rav Feinstein nous enseigne que Moïse n’était pas indispensable pour représenter le peuple. Ce commentaire questionne sur l’arrogance de certains de nos dirigeants ou présidents de communauté qui pensent que sans eux, point de salut.

Ainsi, si nous reprenons le fil depuis le début, nous devons participer à des objectifs de la Cité en y travaillant six jours sur sept et respecter les lois de cette dernière, ce qui n’empêche pas d’être religieux. Nos dirigeants ne sont pas irremplaçables.

Les deuxièmes Tables de la Loi

Nous connaissons tous l’épisode de Moïse brisant les Tables de la Loi. A partir du chapitre 34 commence l’épisode des deuxièmes Tables.

Qui est juif ?

Chap. 34 V.1 : « Hachem dit à Moïse : « Taille pour toi deux Tables de pierre comme les premières et J’inscrirai sur les Tables les paroles qui étaient sur les premières Tables, que tu as brisées. »

Les versets 6 et 7 de ce chapitre sont très intéressants :

Chap. 34 V. 6 et 7 : « Hachem passa devant lui (Moïse) et proclama : Hachem, Hachem, Dieu, compatissant et bienveillant, lent à la colère, et abondant de grâce et de vérité ; préservant la bonté pour des milliers de générations, pardonnant l’iniquité, le péché délibéré et l’erreur, et Qui nettoie – mais ne nettoie pas complétement, Se souvenant de la faute des pères sur les enfants et les petits-enfants, à la troisième et à la quatrième génération. »

Dans ces Versets Dieu relève les treize attributs de la Miséricorde. Je souhaite m’arrêter sur un attribut :

Préservant la bonté pour des milliers de générations : Pour Rachi, «  Dieu garde le souvenir des vertus et des bonnes actions des ancêtres à la millième génération. » La lecture de cette partie de verset et de son commentaire pose une question essentielle de notre religion : qui est Juif ?

La réponse des rabbins est que celui qui est né d’une mère juive est juif mais ce verset nous parle des générations à venir. Ainsi nos bonnes actions, notre respect de la religion sont un « bonus » pour les générations à venir. Cette réflexion me fait pencher vers une autre réponse qui je l’espère amènera des commentaires et ouvrira un nouveau débat : être juif est peut-être celui qui travaille pour les générations à venir donc je suis juif car j’élève mes enfants dans une identité juive.

Comme nous avons pu le remarquer tout au long de ce commentaire, un lien existe entre tous les épisodes de cette paracha.

Ce lien nous montre que pour être un bon citoyen et un bon juif nous devons participer à des objectifs de la Cité en y travaillant six jours sur sept, respecter les lois de cette dernière, ce qui n’empêche pas d’être religieux, comprendre que nul , même un dirigeant ou Président de communauté, n’est irremplaçable et surtout que nous devons travailler non pour notre gloire personnelle mais pour les générations à venir.