La section de cette semaine est très importante. En effet, elle est la plus riche du point de vue des commandements.

Ainsi nous pouvons lire les restrictions touchant les captifs de guerre, les obligations incombant à un homme bigame, la loi concernant un fils rebelle, l’obligation d’entraide, l’interdiction de s’habiller à la façon du sexe opposé, les règles concernant l’adultère et le viol d’une fiancée non encore mariée, l’interdiction de la prostitution, l’interdiction de l’usure entre juifs et les règles du divorce.

Nous allons nous attarder cette semaine sur le divorce. On ne peut nier que le problème du guett (divorce) est l’un des plus graves du judaïsme et risque de créer une sérieuse fracture dans la culture de notre peuple, si l’on n’y remédie pas.

Lisons d’abord le texte.

Chap. 24 V. 1 à 4 : « Si un homme prend une femme pour épouse et cohabite avec elle, il adviendra, si elle ne trouve pas grâce à ses yeux car il aura trouvé chez elle quelque chose d’immoral, qu’il lui écrira un acte de divorce, le remettra entre ses mains et la renverra de sa maison. Elle quittera sa maison ; si elle va et épouse un autre homme, que le dernier homme la haïsse et qu’il lui écrive un acte de divorce, le remette entre ses mains et la renvoie de sa maison ou que le dernier homme qui l’a épousée meure, son premier mari qui l’a renvoyée ne pourra pas la reprendre pour qu’elle soit son épouse après qu’elle a été souillée, car cela est une abomination devant Hachem. Et tu ne chargeras pas de fautes le pays que Hachem ton Dieu te donne comme héritage. »

Afin de mieux assimiler ce texte, nous nous devons d’expliquer trois mots de vocabulaire.

La ketoubbah : le contrat de mariage. Dans ce contrat sont exposées les obligations du mari envers son épouse. Ces obligations incluent celles de la Torah, ainsi que de nombreuses autres, ajoutées par les sages du Talmud. Les obligations énoncées dans la ketoubbah ont force de loi. Le mouvement libéral a créé une ketoubbah comportant un article où les époux s’engagent à respecter la décision du tribunal rabbinique en cas de divorce.

Le guett ou acte de divorce. C’est le mari qui doit donner le guett à sa femme et, en dehors d’Israël, les chefs rabbiniques n’ont pas d’autorité pour le contraindre à se plier à leurs directives.

La femme reste alors une agounah (une femme liée) et ne peut se remarier selon la loi juive. Cette situation amena à l’adoption en 1953 par l’assemblée rabbinique (libérale) d’une taqqanah (réparation) proposée par Saül Liberman, appelant à l’insertion dans la kettoubah d’une clause selon laquelle l’époux et l’épouse, au cas où de graves difficultés surgiraient entre eux, sont d’accord pour se plier à la décision du tribunal religieux.

Dans le cas où le mari ne se soumet pas à comparaître devant le tribunal Rabbinique, celui-ci invoque le principe talmudique de l’annulation rétroactive, évitant ainsi la nécessité d’un acte de divorce. Le judaïsme réformé a abandonné la pratique de l’acte de divorce et accepte le divorce civil comme suffisant en vue d’un remariage.

Mamzer ou enfant illégitime. Aux yeux de la loi juive, lorsqu’une femme se remarie sans avoir reçu le guett de son premier mari, tous les enfants qui sont issus du second mariage sont considérés comme des mamzérim. L’enfant né de l’union d’un mamzer et d’un enfant légitime est lui aussi mamzer.

Pour comprendre les lois du divorce, arrêtons-nous quelques instants sur le contrat de mariage juif. Le Rav Munk nous enseigne que : « le mariage juif comporte extérieurement les formes d’un contrat, à l’instar du contrat d’association habituel dans les relations sociales et économiques. Cependant il y a une différence fondamentale entre le mariage et le contrat d’association classique. Dans ce dernier, les obligations contenues dans le document sont le résultat d’un accord mutuel, qui selon la libre volonté des partenaires, peut prendre la forme et adopter des conditions à leur convenance. Le mariage juif par contre se distingue des conventions habituelles, par l’existence de droits et d’obligations indépendants de la volonté des partenaires. Ce n’est que dans les limites et ces conditions établies que les époux peuvent s’unir. »

Même si les modalités du divorce juif sont discutables, il est légitime ce qui n’est pas le cas du catholicisme.

En effet cette branche majoritaire du christianisme se base pour interdire le divorce sur l’Évangile selon saint Matthieu, chap. 19, V.1 à 6 : « Or, quand Jésus eut achevé ces instructions, il partit de la Galilée et vint dans le territoire de la Judée au-delà du Jourdain. De grandes foules le suivirent, et là il les guérit. Des pharisiens s’avancèrent vers lui et lui dire pour lui tendre un piège : « Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? » Il répondit : « N’avez-vous pas lu que le créateur, au commencement les fit mâle et femelle et qu’il a dit : c’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Que l’homme donc ne sépare pas ce que Dieu a uni. » »

Revenons maintenant au texte.

« Si un homme prend une femme pour épouse et cohabite avec elle, il adviendra, si elle ne trouve pas grâce à ses yeux car il aura trouvé chez elle quelque chose d’immoral, qu’il lui écrira un acte de divorce, le remettra entre ses mains et la renverra de sa maison. »

Nous remarquons tout de suite qu’il existe une inégalité entre l’homme et la femme. Dans le texte l’homme prend la femme et cette dernière accepte. Il y a donc une rencontre de volontés mais pas d’égalité dans l’acte juridique.

Si l’épouse ne trouve grâce aux yeux de son mari car il a trouvé chez elle quelque chose d’immoral, ce dernier écrira un acte de divorce.

Nos sages, dans le traité Guittin, chapitre 9 nous exposent certaines raisons qui peuvent amener le mari à répudier sa femme. « Beit Chamaï dit : un homme ne peut répudier sa femme que s’il perçoit d’elle quelque chose de malséant car il est dit « parce qu’il aura trouvé en elle quelque chose de malséant. » Beit Hillel dit : il peut la répudier même si elle n’a fait que cramer le plat car il est dit « quelque chose ». Rabbi Akiva dit « même s’il trouve une femme plus belle que la sienne, cela suffit à la divorcer, car il est dit « et si elle ne trouve pas grâce à ses yeux » ».

Je dois dire qu’en lisant cette page du Talmud dont s’inspire nos rabbins dans les jugements de divorce me fait froid dans le dos. Je commence à comprendre pourquoi beaucoup de femmes qui ont vécu un guett parlent de pratiques archaïques et hautement misogynes.

L’acte de divorce est un document écrit. Le traité Guittin (83b) nous apprend que si l’acte de divorce comporte une clause interdisant à la femme d’épouser une certaine personne ou de rendre visite à ses parents il n’est pas valable car le divorce doit trancher tous les liens légaux unissant un mari et son épouse. Nombreux ceux d’entre nous qui ont entendu des clauses « bizarroïdes » dans des divorces. Nos rabbins doivent demander que ces clauses soient retirées.

« Si elle va et épouse un autre homme, que le dernier homme la haïsse et qu’il lui écrive un acte de divorce, le remette entre ses mains et la renvoie de sa maison ou que le dernier homme qui l’a épousée meure, son premier mari qui l’a renvoyée ne pourra pas la reprendre pour qu’elle soit son épouse après qu’elle a été souillée ». Nous comprenons qu’un homme ne pourra se remarier avec sa première femme et si cette dernière s’est remariée avec un autre entre temps.

Depuis un certain temps le sujet du divorce est un des sujets qui préoccupe la communauté juive. Nombre de penseurs, de rabbins, de femmes se sont penchés sur la question. Nous avons même vu apparaître des groupes de réflexion sur ce sujet. Toutes ces éminentes personnalités sont bloquées par un point : la sacro-saint halacha que les Institutions ne veulent faire bouger d’un iota.

A la fin du 10ème siècle les rabbins étaient beaucoup plus modernes que ceux d’aujourd’hui. Ainsi Rabbi Guershon écrivit deux décrets :

  1. Interdiction de la polygamie
  2. Interdiction de divorcer une femme contre son gré.

Ce deuxième décret était très moderne car il créait le divorce par consentement mutuel. Forme de divorce qui est entré dans le Code civil française qu’en 1975.

Afin de résoudre le problème du divorce nous avons besoin de rabbins qui prennent leurs responsabilités de décideurs. Oui ils peuvent changer la loi comme leurs prédécesseurs ont su le faire sinon de moins en moins de personnes accepteront de suivre leurs lois.

Pour conclure permettez-moi de demander à nos rabbins de réfléchir sur la phrase de Daniel Pennac qui écrivait dans « chagrin d’amour » que « mieux vaut le divorce qu’un couple qui s’acharne à se détruire »

Chabbat chalom

Eric Gozlan