Le traitement médiatique en France de cet attentat en Jordanie a été plus que modeste. C’est pourtant 10 personnes, dont une touriste canadienne, qui ont été tuées dimanche 18 décembre dernier dans une attaque perpétrée par des hommes armés de l’Etat Islamique (EI) près du site touristique de Karak, à 120 kilomètres au sud d’Amman.

27 personnes, des policiers et des civils dont un Canadien, ont été blessées.

Depuis la conquête par l’EI de près d’un tiers de la Syrie et de l’Irak en 2014 la Jordanie, membre de la coalition internationale contre l’EI, est constamment menacée sur ses frontières et à l’intérieur même de son territoire.

En effet, les experts estiment que la Jordanie accueille près de 10 000 sympathisants djihadistes, dont 2 000 sont d’ores et déjà partis combattre en Syrie et en Irak notamment.

Une stratégie de destruction de la monarchie hachémite

Ne soyons pas dupes : la stratégie des djihadistes ici est exactement la même que celle employée en Egypte pour tuer l’industrie du tourisme.

Plus de tourisme donc chute de l’économie, instabilité et misère sociale accrue, plus de “koufars” sur une terre d’islam, un régime affaibli, risque de soulèvements populaires, prise de pouvoir par une “révolution”, un putsch…

En l’occurence, la mort d’une touriste canadienne est un sérieux coup à un secteur-clé de l’économie jordanienne déjà affaiblie par l’environnement proche-oriental et plusieurs vagues d’attentats depuis les années 2000.

Deuxième source de richesse pour l’Etat jordanien, après les transferts d’argent des expatriés, le secteur représentait encore 14 % du PIB jordanien en 2015. Les prochaines données statistiques ne sauraient être aussi optimistes…

Un rapprochement salutaire avec l’Etat d’Israël

Une chute du régime jordanien serait une déstabilisation géopolitique majeure et mortifère pour l’Etat d’Israël et l’Egypte du Général Sissi notamment.

L’Etat d’Israël qui doit d’ores et déjà faire front à l’ouest contre le Hamas dans la bande de Gaza et l’EI au coeur du Sinaï, au nord contre le Hezbollah libanais et l’EI en Syrie face au plateau du Golan, à l’est contre des fractions terroristes en Cisjordanie.

L’Etat d’Israël qui est en coopération intelligente avec l’Egypte sur les problématiques de tunnels terroristes via la bande de Gaza et d’afghanisation du Sinaï.

L’Etat d’Israël qui avait déjà fourni à la Jordanie en 2015 12 drones militaires pour combattre l’EI.

Les ennemis d’hier sont bel et bien devenus les alliés d’aujourd’hui. Ce n’est plus une question de realpolitik mais bel et bien une question polymorphe de survie civilisationnelle face à un fléau barbare trop longtemps épargné, voire même sponsorisé, à des fins politico-économiques et idéologiques.