Avec ses dix sièges à la Knesset, son parti Kulanu est le balancier indispensable à la coalition de droite que Netanyahou s’emploie à former.

Il a reçu de « Bibi », avant même la tenue du scrutin, la promesse formelle de recevoir le portefeuille des Finances, l’instrument pour la promotion du vaste et généreux programme social de son parti comprenant à la fois la résolution de la crise du logement, la réduction du coût de la vie et la diminution de l’emprises des banques sur le budget des ménages.

Pour Netanyahou, Kahlon, dissident de fraîche date du Likoud, est aussi un dangereux rival susceptible de déclarer son retour au bercail et de contester son leadership.

Le Premier ministre sait mieux que quiconque que le portefeuille des Finances peut devenir une efficace fosse piégée où faire chuter un partenaire politique aux dents trop longues.

C’est la trappe par laquelle il a fait passer le très ambitieux Yaïr Lapid dans son gouvernement précédent, le neutralisant en l’espace de quelques mois en le laissant, à dessein, s’enferrer dans d’inextricables problèmes de gestion à la tête de son ministère.

Comme Lapid avant lui, Kahlon risque de se retrouver très vite confronté à la muraille de la bureaucratie face à un quarteron de hauts fonctionnaires des Finances qui tenteront de le convaincre, dossiers à l’appui, que les caisses de l’État sont vides, qu’aucune marge de manœuvre n’existe dans le cadre de la loi budgétaire dont les postes les plus importants, avec en tout premier lieu La Défense, sont incompressibles.

Les « bright boys » du ministère des Finances le placeront rapidement face à dure réalité selon laquelle le financement des importantes réformes qu’il préconise n’est envisageable que par une augmentation substantielle de l’impôt. Or c’est une solution qui va à l’encontre de toutes ses promesses électorales et le précipiterait d’emblée vers l’échec !

Tout comme son prédécesseur, Moshe Kahlon arrivera rapidement à la conclusion que le ministère des Finances, aussi imposant peut-il sembler dans sa gestion d’un budget de l’État de 330 milliards de shekels (75 milliards d’euros), n’est pas l’acteur unique et omnipotent dans l’institution des réformes qu’il entend promouvoir et que d’autres institutions détiennent des manettes non moins indispensables à toute réforme. Parmi celles-ci :

Le ministère du Logement, partenaire crucial dans les projets de Kahlon, avec à sa tête le ministre sortant Uri Ariel, l’un des leaders des colons de Cisjordanie au sein du « Foyer juif » de Naftali Bennett, qui n’a pas hésité à exploiter au cours de son mandat l’essentiel des ressources de son département au profit de ceux qui l’ont adoubé.

l’Administration foncière d’Israël (Israel Land Administration – I.L.A.), un organisme présidé par le ministre du Commerce et de l’Industrie, Naftali Bennett, qui gère le patrimoine foncier du domaine public, soit 93 % de la superficie du pays, et qui détient la clé du « dégel » des terrains à bâtir en vue d’une réduction des coûts de construction. L’une des exigences de Kahlon est de placer I.L.A. sous l’autorité du ministère des Finances.

Le Keren Kayemeth (Fonds national juif) représenté (avec 10 membres sur 22) au conseil d’administration d’I.L.A. et qui gère en parallèle de manière autonome plusieurs centaines de milliers d’hectares ainsi qu’un budget d’environ un milliard de shekels qui permet notamment de financer bien des investissements dans les territoires en dehors de tout contrôle du législateur.

Dernière et non des moindres parmi les institutions clés dans l’élaboration des réformes de Kahlon, la commission des Finances de la Knesset. C’est elle qui est chargée d’entériner les mesures rectificatives de la loi de finances initiale au cours de l’exercice budgétaire. Ces mesures ont englobé un montant de près de 50 milliards de shekels l’an dernier et le président de la commission, Nissan Slumiansky, lui aussi un représentant des colons, a usé largement de son pouvoir discrétionnaire sur l’ordre du jour des travaux pour canaliser un maximum de crédits supplémentaires en faveur des territoires.

L’importance cruciale de la commission des Finances n’a pas échappé à Kahlon et la présidence de cette commission figure parmi les exigences qu’il fait valoir en préalable dans les pourparlers avec Netanyahou en vue de la formation d’une coalition de gouvernement. Seulement, cette exigence entre en collision avec celle du parti ultra-orthodoxe « Judaïsme de la Torah » qui a fait de la présidence de la commission des Finances, dont ses fidèles ont longtemps bénéficié des bienfaits par le passé, une condition sine qua non de son appui à un nouveau gouvernement Netanyahou.

Pour priver Kahlon de cette présidence, Netanyahou prétextera sans doute qu’il qu’il ne peut offrir au parti ultra-orthodoxe un ministère, aussi important soit-il, en compensation, les maîtres spirituels du parti, les rabbins membres du « Conseil des Grands de la Torah », qui prennent les décisions en dernier ressort, interdisant à leurs élus politiques d’occuper un siège de ministre dans un gouvernement sioniste ! Mais il lui offrira sans doute sa garantie personnelle que la commission des Finances de la Knesset coopérera pleinement de manière constructive à la réalisation de ses projets de réformes.

Sera-ce suffisant pour éviter à Moshe Kahlon le sort cruel de son prédécesseur, un partenaire politique à priori majeur mais rapidement confiné à des missions ingrates à la tête de son ministère avant d’être vilipendé par Netanyahou dont la propagande électorale en fit l’unique responsable de tous les échecs de son gouvernement ?

Certainement pas au vu du peu de crédit qu’on s’accorde à attribuer aujourd’hui à la parole de Netanyahou dans tous les domaines et Kahlon sera avisé, en dépit du poids politique qu’il représente, de n’avancer sur la voie des pourparlers en cours qu’avec la plus grande circonspection !