Hasard ? Coïncidence ? Est-il fortuit ou significatif que le Times of Israel Français ait lancé voici un an un appel à blogueurs, à la veille du 7 du mois de Adar qui marque la date de naissance et de la mort de Moïse, Moshé Rabenou/משה רבנו ?

Les Anglo-Saxons sont très habitués à écrire, à réagir comme lecteurs. La version « matrice » du Times of Israel de langue anglaise a largement poursuivi et développé un principe qui existait, avec la même équipe rédactionnelle au Jerusalem Post, voici quelques années.

Les blogs sont à la mode : ils permettent, dans le monde entier, dans toutes les langues, d’exprimer des idées, des opinions, de penser, voire de dialoguer… encore que l’instrument privilégie surtout l’expression de personnes qui échangent leurs écrits électroniques de manière gratuite.

Ces pratiques sont néanmoins dûes à un marché très rentable qui permet aux grands réseaux sociaux de rémunérer les média électroniques en réduisant au minimum leur responsabilités civiles, citoyennes, dans la plupart des pays et aussi en Israël.

Avoir 200 blogueurs au bout d’un an d’activité est en soi intéressant. Pour qui ? Dans quel contexte ? Est-on en Israël ou bien en France avec quelques incursions de ci – de là ? A titre comparatif, la plupart des journaux qui, en Israël comme dans le monde, ouvrent à la possibilité de bloguer, demandent, sinon exigent un projet éditorial clairement défini par le blogueur en herbe.

Cela prend du relief dans le contexte actuel où les conflits qui affectent le Proche-Orient, Israël et le monde, plus particulièrement l’Europe et la France au cours de ces dernières semaines sont largement répercutés par la Toile, les réseaux sociaux, l’internet en général et tous les moyens dérivés ou affiliés (chaînes radio, TV, Skype et autres).

Du coup, blogue-t-on pour soi ou bien en vue de partager et d’agir pour le bien commun ? Comment définir ce « bien commun » ? Est-il caché dans l’électronique, des identités contrastées, des personnes qui trouvent dans un journal en ligne une prétendue audience (au demeurant toujours limitée) alors que d’autres ne les publieraient pas ?

Un journal israélien peut-il servir de refuge à des personnes qui ne connaissent rien ou presque de la réalité israélienne, de son évolution actuelle et de son passé vécu au quotidien ?

En principe, rien ne s’y oppose sinon qu’il est préférable d’exprimer des opinions, des informations dûment vérifiées qui servent à construire dans un climat israélien très positif et dynamique. Il ne peut s’agir de divulguer des propos qui se contredisent au long des blogs et d’une versatilité qui court comme sur le fil du funambule entre diasporas et Israël, surtout en ce moment.

C’est aujourd’hui le 7 Adar 5775 (25 février 2015 – 7 JamaziAvval 1436). Une année sabbatique qui étonne par la violence à laquelle le monde est confronté.

Une année de « shmittah/שמיטה = repos de la terre, remise des dettes, ouverture aux autres » qui ne donne pas l’image de la concorde, de la rencontre amicale. On ne saurait oublier qu’en Israël, c’est le repos de la terre qui reste en jachère et doit même, normalement, être confiée par acte juridique à des non-Juifs… Voilà qui, selon la tradition, incite avant tout à la confiance aux autres parce que l’Eternel nous donne Sa Providence.

Il y a d’autres aspects particuliers à ce jour-anniversaire du Times of Israel en français. Est-ce un hasard que ce qui se veut un moyen d’information, de partage, d’échanges clôt sa première année d’existence au jour où la communauté juive, dans le 11ème mois d’Adar qui introduira au mois de Nisan et à la Pâque/Pessah de toute libération, oui, est-ce un hasard si cela se passe au jour de la mort et la naissance de Moïse, le plus grand Prophète (né le 7 Adar 2368-1393 AEC – mort en 2488-1273 AEC).

C’est un jour particulier en Israël : Jour mémorial du Soldat inconnu israélien avec une célébration au Mont Herzl. Il y a des soldats qui n’ont pas reçu de sépulture. Il est donc important que leurs noms soient rappelés au jour de Moshe Rabeinu.

En effet, c’est Dieu Lui-même qui l’enterra, restant le seul à savoir où le Maître repose face à la Terre d’Israël, pourtant en retrait. Comme l’Eternel lui donna sa sépulture, il ne nous appartient pas d’en connaître l’emplacement qui est donc auprès du Très-Haut (Megillah 13b).

En avons-nous conscience ? Ce 7 Adar nous permet aussi de montrer de quelle manière nous respectons les vivants au même titre que les morts. Le principe du « k’vod hamèt/כבוד המת = respect du mort » jusque dans le plus grand soin de son corps et de chacun de ses membres, de son sang est corollaire du « k’vod ha’hayim/כבוד החיים = respect dû aux vivants ».

Les morts ne peuvent en rien nous remercier, nous ne pouvons tirer aucun profit de ce qu’ils pourraient, personnellement, nous accorder après leur décès, en termes de privilèges, voire de récompense. C’est pourquoi il est si fondamental de ne pas frimer, nous mettre en avant durant notre vie, mais de reconnaître de « Qui nous venons et vers Qui nous allons, le Saint Béni soit-Il. » (Avot 3, 1).

Beaucoup de personnes demandent, depuis des siècles, à être enterrées à Jérusalem. Cela s’est précisé avec la naissance de l’Etat d’Israël et s’exprime de manière sensible ces dernières années. Cela a pu étonner certains lors des attentats récents, en particuliers en France. Pourtant, Jacob-Israël fit promettre à Joseph de le conduire à son repos éternel dans la Terre de Canaan (Israël) pour demeurer avec les siens (Bereishit/Gen. 47, 29-31).

Il est beaucoup question, ces derniers temps de savoir si l’on est ou si l’on devrait être le « gardien/שומר de son frère ». La question est plus épineuse qu’il n’y paraît. L’Eternel pose la question à Caïn : « Où est ton frère Abel ? ». Il Lui répond qu’au fond, il n’est pas responsable de son frère : « Je ne sais pas, suis-je le gardien de mon frère (שומר אחי אנכי) ? Dieu le savait puisqu’Il poursuit : « Qu’as-tu fait ! Ecoute le sang de ton frère crier vers Moi depuis le sol (= la voix des sangs de ton frère crient vers Moi depuis le sol-Adama) » (Bereishit/Gen. 4, 9-10).

La réponse de Caïn est grégaire, irresponsable et vient confirmer le meurtre qu’il a perpétré. Pourtant le mot « shomer/שומר = gardien » est autrement positif en hébreu et dans la tradition juive. Au point qu’aujourd’hui le mot, qui est aussi un Nom de l’Eternel, désigne l’une des professions de base de tout nouvel immigrant, en particulier de pays émergents, « vigile » et nous en avons besoin partout.

Disons qu’il s’agit, en l’occurence de protéger les vivants. Mais, y a-t-il une vraie différence d’avec les morts en terme de protection ?

Le 7 Adar est aussi le jour de la ‘hevra Qaddisha/חברה קדישא = ou « société chargée des rites de purification et de l’enterrement des Juifs ». Chaque ville a ainsi sa société de Juifs et de juives pieux chargés d’accompagner les défunts en terre. Or, quand une personne décède, il ne doit pas rester seul et il revient donc à un « shomer/gardien » de veiller à ses côtés en disant les psaumes et les prières requises jusqu’au moment où l’on fera les rites de purification.

Il s’agit d’une action fondamentale dans la tradition juive, au point que, normalement, « il est interdit de travailler s’il y a une personne morte dans une communauté/ville » (Moèd Katan 27b). Le travail ne peut reprendre qu’avec l’accord de la ‘Hevra Qaddisha.

Ce souci quasi scrupuleux qui incite, oblige au respect le plus profond de chaque corps humain se retrouve aussi dans le rite de placer des morceaux de faïence brisée sur les yeux et la bouche du mort comme signe de ce qui est la tâche essentielle des humains et du Juif durant la vie, à savoir rassembler et réparer les brisures de ce monde-ci et de construire une entité une (Isaïe 64, 7).

En Israël, cela a pris souvent un aspect qui dépasse de loin la morbidité dans la quête menée par le ZAKA qui est chargé de rassembler les débris de corps morcelés après un attentat, jusqu’à collecter le sang versé comme j’en ai été le témoin, à plusieurs reprises, à Jérusalem, au début des années 2000.

Qu’est-ce à dire ? Nous passons trop souvent notre vie dans des querelles dénuées de décence envers les vivants – tout un tumulte où la pugnacité et l’agressivité seraient plus payantes que de vivre en bonne intelligence à l’intérieur d’une société. Les groupes humains passent leur temps à s’opposer ou à se mesurer sur ce qu’ils voudraient percevoir d’eux-mêmes et des autres.

C’est pourquoi les cimetières sont, par définition, des lieux de repos dont les habitants sont particulièrement paisibles, même si les vivants – précisément par ignorance – viennent parfois se chamailler pour des êtres dont l’avenir d’éternité ne dépend plus d’eux.

Est-ce avoir conscience de la valeur des jours que nous recevons chacun selon une mesure qui nous échappe. Il est frappant et tellement curieux de constater combien être en vie conduit à exciter des désirs de mort, d’anéantissement ou de haine qui nous font passer à côté de nous-mêmes et de nos contemporains.

La tradition chrétienne orientale a conservé le même respect envers les vivants et les morts. Certains peuvent en douter parfois en raison de l’histoire faite d’anathèmes, de schismes, d’actions effroyables conduites au nom de la foi.

Il est vrai que les religions ont l’art sinon la manière de s’exclure plutôt que de former un bâtiment unique de l’existence humaine tout en prêchant unité, vérité et amour.

Le 7 Adar est aussi le terrible anniversaire du début de l’Inquisition espagnole (1481) qui démembra de manière apparemment irrémédiable les forces vives du judaïsme, de l’islam et du christianisme dans leur quête de préserver l’héritage de l’Antiquité et le dépôt de la révélation du Sinaï.

Il n’en reste pas moins vrai que l’Orthodoxie chrétienne s’oppose à la crémation des morts. Le même respect du corps est souligné avec de nombreuses prières au 3ème, 9ème 40ème jour après le décès.

Tous les prêtres orthodoxes ont des valises de petits papiers comparables aux « p’takim/פתקים = billets juifs ou tsetlekh/צעטלעך en yiddish, où sont inscrits sur l’un la liste des vivants et l’autre les noms de très nombreux défunts (zapiski/записки en russe/slavon). Cette conviction que l’Eglise est faite de l’union indéfectible des vivants et des morts, en tout point du monde et incluant toutes les générations, s’exprime tout particulièrement au Golgotha et aussi au cimetière de Sion, là où gisent depuis les temps les plus reculés de la conscience humaine ceux qui attendent le monde à venir.

Bon, à première vue cela ressemble plus à un yohrtsayt/יארצייט = jour-anniversaire de la mort » qu’à un jour festif d’allégresse pour de nombreuses années à venir et de succès pour le Times of Israël en français. Mais qui a dit que nous allions mourir ? Ce n’est pas sérieux.

En revanche, c’est l’occasion idéale pour dire combien la parole dite, écrite, imprimée, électronique, virtuelle  nous rassemble bien au-delà des papiers des uns et des autres.

La tâche est celle d’un ralliement capable de dépasser les antagonismes, les particularismes. Il y va surtout de la manière dont nous exerçons la responsabilité de nous exprimer pour le bien du plus grand nombre.

Donc longue vie au Times of Israël en français ou encore jusqu’à 120 années et quelques heures si l’Eternel le veut – עד 120 וכמה שעות אי »ה.