En 2004, Ariel Sharon alors premier ministre d’Israël, avait provoqué un tollé en France en appelant les Juifs de France à faire leur Aliyah le plus vite possible face à la montée d’un antisémitisme d’inspiration islamiste.

Une décennie plus tard, l’aspect prophétique de ces paroles est frappant et une grande partie des Juifs de France, sans doute la majorité, est aujourd’hui consciente qu’elle n’a pas d’avenir dans ce pays.

Pourtant, les mêmes propos prononcés récemment, de façon d’ailleurs nettement plus modérée, par Binyamin Netanyahu, ont à nouveau suscité une forte condamnation.

Que les dirigeants français s’opposent à l’idée que les Juifs de France doivent partir, c’est bien normal et c’est leur rôle. L’exode grandissant des Juifs signe l’échec total des politiques menées depuis plusieurs décennies et symbolise la faillite du pays.

Mais lorsque les dirigeants communautaires et religieux joignent leur voix à ces critiques, on ne peut que souligner à la fois leur aveuglement, leurs petits arrangements avec la vérité et leur hypocrisie.

Aveuglement face à une situation devenue invivable pour tout Juif qui veut vivre son identité de façon ouverte. Peut-on vraiment s’habituer à tout ? Cela fait déjà longtemps qu’on enlève vite sa kipa en sortant de la synagogue, maintenant on accroche sa mezouza à l’intérieur de l’appartement, et on évite de se rendre dans les lieux trop marqués comme juifs.

Les enfants juifs dans les écoles laïques sont régulièrement agressés et c’est ensuite à eux qu’on demande honteusement de changer d’établissement ! Comment peut-on vivre dans un pays où il faut envoyer ses enfants à l’école juive sous la protection de l’armée ?

Faudra-t-il bientôt les habiller avec un gilet pare-balle et les emmener en autobus blindé ? J’entends des parents qui envisagent sérieusement d’enlever leurs enfants des écoles juives pour les placer en école catholique, comme pendant la guerre.

Arrangements avec la vérité quand ils critiquent l’idée de « fuir la France » et expliquent que l’Aliyah ne se fait que pour des raisons « spirituelles ».

C’est une déformation complète de la réalité historique. L’Etat d’Israël a bien été créé avant tout comme refuge pour les Juifs. C’est la réalisation que les Juifs ne seraient jamais acceptés même dans l’Europe libérale et moderne qui a conduit Herzl à rédiger « L’Etat des Juifs » en 1896 et à fonder le mouvement sioniste à Bâle l’année suivante, afin d’établir un refuge pour les Juifs persécutés, un pays où ils seraient enfin libres de vivre librement et selon leurs lois. Si l’Aliyah n’avait pas été une fuite, il n’y aurait pas plus de 6 millions de Juifs aujourd’hui en Israël.

On plonge même dans l’absurde le plus complet quand on entend certains rabbins qui expliquent leur opposition à l’Aliyah par leur crainte qu’en Israel les Juifs français « s’assimilent » et cessent d’être pratiquants.

Il faut oser sortir une énormité pareille. Quand on vit dans un pays dont plus de 99% de la population est non-juive, où les mariages mixtes atteindraient selon les estimations les plus optimistes 30% des couples, et où seule une petite minorité de la communauté est pratiquante, il faut être complètement coupé de la réalité pour penser que venir en Israël serait la voie de l’assimilation.

Hypocrites car tous ces rabbins et dirigeants communautaires cachent la véritable raison pour laquelle ils ne veulent pas que vous partiez : parce que sans vous, ils ne sont plus rien.

Sans communauté, plus de donateurs, plus de membres, plus de statut de notable qui donne accès à la respectabilité et au contact avec les ors de la République.

Quand on est rabbin de communauté, admiré par ses fidèles, écouté par les pouvoirs publics, sans compter le salaire plus qu’honorable, on n’a pas vraiment envie de devenir un simple rabbin anonyme parmi des dizaines de milliers d’autres en Israël.

Vous constaterez d’ailleurs que les dirigeants et rabbins qui se sont exprimés pour l’Aliyah l’ont fait, à quelques exceptions près, *après* avoir quitté leurs fonctions.

C’est humain, tout le monde défend d’abord son pré carré et ses intérêts, même les rabbins. Mais s’ils avaient un minimum de dignité, ils auraient au moins l’obligeance de se taire lorsque le premier ministre d’Israël remplit son rôle et rappelle aux Juifs du monde entier qu’ils sont les bienvenus sur leur terre.