Il ne suffit pas d’affirmer l’existence des questions juives africaines, il convient de l’analyser à travers les événements historiques, ethniques, culturels,sociaux et religieux qu’elles ont traversés.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il est impossible de parler de la question juive africaine, son mouvement, sans prendre également en considération l’ethnicité, la couleur de la peau dans les procès culturels; ce sont l’esprit, les idées qui doivent présider à la construction identitaire de cette communaute dans lequel les noirs veulent tenir une place si importante.

Ce qui est écrit, montré et exhibé sur les juifs noirs, l’est par des chercheurs venus d’ailleurs, pour la plupart de pays qui ont negligé les juifs noirs sur ce continent; ils travaillent souvent du point de vue du maître et sont très loin des réalités, des mentalités, des sentiments des juifs noirs.

Même les gens d’ici qui ont commencé à étudier la culture judéo-noire, qu’ils soient noirs, métis ou blancs, ont presque toujours été influencés par la mentalité du maître.

C’est vrai pour moi aussi. Les juifs noirs n’ont pas encore de conception claire de leur réalité en tant que groupe qui essaie de se développer dans une société où, par le passé, ils étaient (sont) inférieurs.

Il faut changer cette conception de statut qui reproduit le point de vue du maitre pour permettre l’apparition d’une nouvelle conception de la culture, une nouvelle conception de cette présence, une nouvelle conception du type de système politique et social.

Il faut casser la spirale de deux tactiques mises en place de longue date:

-La tactique individuelle qui consiste pour un juif noir à s’en sortir seul. S’il veut réussir individuellement, un juif noir doit trahir les autres. Il accepte la domination, il accepte les dominants pour pouvoir récupérer quelques miettes de succès.

-L’autre est celle d’une tactique collective. Les juifs noirs pourraient s’unir et tenter d’inverser la domination, économique et idéologique. Cependant, cette tactique a un coût très élevé pour chaque juif noir : il doit refuser la domination des uns et donc renoncer à réussir individuellement, c’est à dire renoncer à soi.

Or, plus la communauté judeo-noire est atomisée, plus les juifs noirs sont isolés, plus il est difficile d’utiliser la stratégie collective, et plus il est tentant d’utiliser la stratégie individuelle . C’est notamment pour ça qu’on observe dans toute société une tentative de la classe dominante d’atomiser, d’individualiser les juifs noirs.

Pour l’empêcher d’agir collectivement, ils utilisent quelques échantillons
phénotypiques comme exemple de réussite jusqu’à leur faire croire qu’il peuvent diriger un pays par un simple clic en echange de quelques minerais.

La communauté judéo noire fait face aux mêmes difficultés à se constituer en tant que classe unie et soudée, car la classe dominante atomise tous les dominés, et fait donc préférer le dogme à la qualité, selon leurs propres critères.

La réponse se trouve là : inventer de nouveaux moyens d’unir la communauté judéo-noire, et la faire dépasser le piège de la digestion.