L’Histoire nous interdit d’oublier notre cordon ombilical ; mais surtout elle nous commande de réfléchir sur la projection de nous-mêmes dans un avenir désiré et possible. Ainsi, la communauté de desseins suppose que les personnes qui ont des intérêts communs aient les moyens de se repérer et de se rencontrer.

Elle se développe en cherchant à résoudre soi-même ses propres problèmes par la mobilisation de sa propre intelligence, de sa propre volonté et de ses propres forces de créativité. On peut certes s’inspirer des expériences des autres et s’ouvrir à leur génie dans une démarche de réappropriation créatrice, mais on ne peut pas compter sur les autres pour construire son propre développement.

À cette réalité physique correspond une pratique et une vision duales de l’espace, avec d’un côté le monde proche, connu, très familier, dans lequel la moindre spécificité naturelle possède un nom et est perçue comme faisant partie du destin commun, de l’autre côté le monde lointain, inconnu, quasi uniforme, souvent perçu comme dangereux, pour lequel on n’a aucune appétence et que l’on oublie largement dans la vie quotidienne.

Mais ce dessein structurel et quasi-immanent ne saurait prévaloir sur les pulsions égoïstes de l’être que si ce dernier est perçu par chaque culture comme une entité, une espèce singulière, dotée de droits exclusifs et chargée de devoirs incontournables.