Lettre ouverte à Christophe Barbier

Cher Monsieur,

Abonné à votre journal depuis plus de 20 ans. Admirateur de Raymond Aron, je découvre atterré la couverture de votre édition spéciale sur les Français juifs (photo en PJ).

Je suis français depuis le 27 septembre 1791. En titrant, comme hélas l’avait fait le Monde, le 21 janvier: Juifs de France, vous me renvoyez à mon statut pré-émancipation, de Juif d’abord et défini uniquement par une appartenance territoriale, la France: apatride donc!!

Ma famille est française depuis 1791. Je suis la sixième génération sans discontinuer à être décorée de la Légion d’honneur. Mon grand-père et mes arrières grands pères l’ont été à titre militaire. Nous sommes des Français patriotes avant tout et aussi de confession juive.

De quel droit, pouvez vous nous renvoyer à un statut géographique, territorial et non national?

Le journal le Monde , chose rare d’ailleurs, a présenté ses excuses à ses lecteurs, jugeant son titre “Juifs de France” du 21 janvier 2015, “malheureux et maladroit”

Pour aggraver la confusion, votre couverture est illustrée d’une jeune femme qui brandit un drapeau israélien. Vous entretenez ainsi toutes les confusions d’esprit les plus dangereuses.

Je suis officier de réserve parachutiste. Je brandis toujours le drapeau tricolore. Tous les Juifs habitant la France sont Français et se considèrent comme tel. Ils l’ont prouvé par leur héroïsme, leur sens public, leur créativité. Comme la très grande majorité d’entre eux, j’aime et je soutiens activement Israël, mais d’abord comme Français et comme démocrate, ensuite comme Juif.

Enfin vous sous-titrez “une assimilation exemplaire”. Auriez vous osez dire cela à Rachi de Troyes au 12ème siècle, à Bernard Lazare, à Léon Blum, à Georges Mandel, à Marc Bloch, à Pierre Mendès-France ou encore à Raymond Aron.

Monsieur Barbier, je connais votre culture et votre sensibilité, je suis d’autant plus surpris que vous ayez pu laisser passer une telle couverture.

Un telle image nous renvoie au ghetto et nous blesse.

Veuillez accepter, cher Monsieur, l’expression de ma considération attristé.

Lettre publiée dans l’Arche