Je ne serai pas présent à Paris pour manifester, le 28 novembre, contre le vote à l’Assemblée nationale en faveur d’une probable et infamante déclaration visant à reconnaître unilatéralement un État palestinien.

D’une part en raison de mon éloignement physique de la capitale française et d’autre part parce que je suis intimement persuadé, en mon for intérieur, que notre véritable combat est ici en Israël.

Les Juifs de France ne détiennent plus – si tant est qu’ils l’aient détenu naguère – le pouvoir de dissuasion auprès des députés et membres du gouvernement français préférant sans honte vendre leur âme et conscience pour un plat de lentilles offert par le Qatar.

Le « jeudi noir français » se trouve en contradiction flagrante avec le 29 novembre 1947, jour du vote de l’ONU sur le plan de partage de la Palestine, accepté par Israël mais refusé par les Arabes palestiniens.

Ce fut l’une des plus grandes dates de l’Histoire d’Israël, car pour la première fois, l’on reconnaît au peuple d’Israël le droit d’exister en tant qu’entité indépendante sur une terre dont les liens ancestraux avec le peuple juif sont affirmés et scellés aux sources mêmes des racines culturelles et traditionnelles de tout le monde occidental.

Faut-il rappeler l’image traditionnelle de David Ben Gurion brandissant la Bible comme carte d’identité ? Or, c’est en quelque sorte ce débat même qui est remis aujourd’hui à l’ordre du jour avec le débat fort animé en Israël sur la nouvelle proposition de « loi sur l’Etat-Nation » (‘HoK HaLeOM).

Les détracteurs de cette loi en Israël et à l’étranger mettent en exergue l’accent mis sur le caractère juif de l’Etat hébreu au détriment de sa dimension démocratique.

Les minorités d’Israël seraient prétendument réprimées. Le caractère juif de l’Etat d’Israël  serait-il donc synonyme d’apartheid ?

Le président de l’Etat d’Israël, Reuven Rivlin, qui fut lui-même affilié au mouvement nationaliste du Likud, s’oppose catégoriquement à une telle loi qu’il juge contraire à l’esprit de la Déclaration d’Indépendance :
« L’approche hiérarchique, qui donne la primauté de la dimension juive sur la démocratique, laisse passer l’occasion de saisir la profondeur et la grandeur de la Déclaration d’Indépendance qui relie intimement les deux composantes – sans les séparer, juive et démocratique, démocratique et juive – D’un seul souffle ils  furent énoncés et d’un seul souffle ils doivent continuer à être énoncés. Ce ne sont pas de simples mots. Ils constituent la pierre angulaire de l’Etat d’Israël ».

Or, une relecture approfondie de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël révèle au lecteur attentionné que, alors que le terme « Medinah Yehoudit » (« Etat juif ») y est à quatre reprises explicitement mentionné, le terme « démocratique » en est totalement absent.

La notion d’Etat juif « et démocratique » ne fait son apparition qu’à partir de 1992 lors du vote de la Loi fondamentale « Dignité et Liberté de l’Homme ».

Poutant, cette proposition de loi sur l’Etat-Nation dont le but avoué consiste à réaffirmer le caractère juif de l’Etat d’Israël reste foncièrement sensible et tolérante à l’égard des minorités et ne révèle en rien les traces d’une loi raciste.

Qu’on en juge ! [1]

Cette proposition de loi si controversée s’avère être une traduction actualisée de la Déclaration Balfour du 2 novembre 1917 [« L’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif… rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays], de la Charte des Nations unies du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »  et de la Déclaration d’Indépendance de l’Etat d’Israël (1948) reconnaissant « Un Etat juif en Erets Israël ».

Pourquoi Israël, qui semble, en ces temps difficiles de délégitimation mondiale, devenir le « Dreyfus » du monde, devrait-il demander pardon d’affirmer son droit légitime et moral à l’autodétermination sur le modèle de l’ensemble des Nations, de proclamer fièrement son amour d’Eretz Israël et son identité nationale ancrée dans les sources spirituelles et culturelles de son riche et antique patrimoine ?

L’identité juive reste encore la meilleure sauvegarde des droits de toutes les minorités d’Israël, sans exception aucune, en garantissant la conservation de leur patrimoine religieux et culturel.

L’Etat hébreu, selon les termes de cette nouvelle loi, intègre sans pourtant assimiler, les différences multiples de chaque communauté dans le respect de l’autre.

Est-ce là le signe d’une société « apartheid » ? Un Etat juif a l’impératif de devoir prendre en compte les besoins des minorités chrétienne et  musulmane entre autres, en protégeant leurs droits cultuels et
culturels :

« Si un étranger vient séjourner avec toi, dans votre pays, ne le molestez point. Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l’étranger qui séjourne avec vous, et tu l’aimeras comme toi-même, car vous avez été étrangers dans le pays d’Egypte, je suis l’Éternel votre Dieu. » (Exode 19: 33-34)

* Traduction de la proposition de la loi fondamentale «Etat-Nation»:

  1. (a) L’Etat d’Israël constitue le foyer national du peuple juif dans lequel il réalise son aspiration à  l’autodétermination conformément à son héritage historique et culturel.

(b) le droit de mettre en œuvre l’autodétermination nationale dans l’Etat d’Israël est particulier au peuple juif.

(c) La terre d’Israël [Eretz Israël] est la patrie historique du peuple juif et le lieu d’établissement de l’Etat d’Israël.

Le but :

  1. Le but de cette Loi fondamentale est de définir l’identité de l’Etat d’Israël comme l’Etat-nation du peuple juif, afin d’ancrer par une loi fondamentale ces valeurs dans l’esprit des principes de la Déclaration de l’Etat d’Israël.

Etat démocratique :

3 (a) L’Etat d’Israël sera doté d’un régime démocratique.

(b) Israël sera fondé sur les fondements de la justice, de la liberté et de la paix à la lumière de la vision des prophètes d’Israël et sera garante des droits personnels de tous ses citoyens comme explicité dans chaque Loi fondamentale.

Symboles de l’Etat

  1. (a) L’hymne national est « haTiqvah ».

(b) Le drapeau de l’État est blanc, avec deux bandes bleues près des bords et une étoile bleue au centre.

(c) Le symbole de l’Etat est la menora [candélabre] à sept branches, avec des branches d’olivier sur les deux côtés, et le mot « Israël » à sa base.

Retour

  1. Chaque Juif a le droit d’immigrer en Israël et d’acquérir la citoyenneté de l’Etat d’Israël en vertu de la loi.

Rassemblement des exilés et renforcement des liens avec le peuple juif de la diaspora

  1. L’Etat agira en faveur du rassemblement des exilés d’Israël et renforcera la connexion entre Israël et les communautés juives en diaspora.

Aide au peuple juif en difficulté

  1. L’Etat s’emploiera à aider les membres du peuple juif qui se trouvent en détresse et sont en captivité en raison de leur judéité.

Héritage juif

  1. L’Etat agira pour la préservation et la transmission du patrimoine traditionnel, culturel et historique du peuple juif et pour le consolider en Israël et dans la Diaspora.

Le droit à la conservation de l’héritage

  1. L’État agira pour permettre à tout résident en Israël, indépendamment de sa religion ou de sa nationalité, de préserver sa culture, son patrimoine, sa langue et son identité.

Calendrier officiel

10. Le calendrier hébraïque est le calendrier officiel du pays.

La fête du Jour de l’Indépendance et les jours du Souvenir :

11. (a) La fête du Jour de l’Indépendance est la fête nationale du pays.

(b) Le Jour du Souvenir des Soldats tombés au champ d’honneur en Israël et le Jour commémoratif de la Shoah et de l’Héroïsme constituent les jours du Souvenir officiels de l’Etat.

Les Jours fériés

12. Les jours fériés de l’Etat d’Israël sont le Shabbat et les fêtes d’Israël, pendant lesquels les employés ne doivent travailler que dans les conditions prévues par la loi ; Les membres d’une communauté légalement reconnue par la loi sont autorisés à chômer pendant leurs fêtes.

Le droit hébraïque

13. (a) La loi hébraïque servira d’inspiration pour les législateurs et les juges en Israël.

(b) Si le tribunal est en présence d’une question juridique qui requiert une décision, et ne trouve point de réponse quant à la loi, à une décision halakhique ou par déduction « a fortiori« , il décidera à la lumière des principes de la liberté, de la justice, de l’équité et de la paix de l’héritage d’Israël.

Protection des Lieux saints

14. Les Lieux saints seront protégés de la profanation, de toute autre violation et de toute autre chose susceptible de violer la liberté d’accès des membres des religions à leurs lieux sacrés ou leurs sentiments à l’égard de ces lieux.

Atteinte aux droits

15. On ne doit violer les droits qui sont en vertu de cette Loi fondamentale, que par une loi digne des valeurs de l’État d’Israël, loi qui est destinée à un but approprié et dans la mesure où [cette Loi] ne répond pas à la nécessité, ou selon la Loi comme il est dit de par la force de l’autorité conférée expressément par cette Loi.

Rigidité

16. On ne peut modifier cette Loi fondamentale, que par une Loi fondamentale adoptée par une majorité des membres de la Knesset.

(Traduit par Haïm et Myriam Ouizemann)

 

[1] Le lecteur se reportera utilement à la traduction intégrale du projet de Loi sur l’Etat-Nation, en fin d’article