« Près des fleuves de Babylone, là-bas nous étions assis et nous pleurions en souvenir de Sion… » (psaume 137)

Nous sommes revenus à Sion et la renaissance de l’état juif date maintenant de 70 ans.

Mais nous continuons de pleurer, au moins 2 jours par an et à une semaine d’intervalle, pour le Jour de la Shoah puis pour le Jour du Souvenir des victimes des guerres d’Israël et du terrorisme. Et au son des sirènes nous restons immobiles. Quel que soit l’endroit. Tous. Effaçants l’espace d’une minute ou deux toutes nos différences, nos querelles, nos désaccords. Pour nous souvenir.

Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek lors de votre sortie d’Egypte, démembrant les faibles à l’arrière alors que tu étais fatigué, à bout de forces, et lui qui ne craignait pas D…. Et quand l’Eternel ton D… t’aura débarassé de tous tes ennemis d’alentour dans le pays qu’il te donne en héritage, tu effaceras la mémoire d’Amalek de dessous le ciel. Ne l’oublie pas ! » ( Devarim XXV, Verset 17 à 19)

Et c’est bien le sens de ces deux jours. Activement en rappelant et en racontant la destinée de chacun de nos chers disparus, c’est le sens du souvenir. Et passivement en nous tenant immobile au son des sirènes afin de pas oublier.

Mais comme souvent en Israël, malheureusement, la politique n’est jamais loin, et la volonté de quelques centaines d’Israéliens d’associer au Yom Hazikaron des parents de Palestiniens décédés, relève bien de ce domaine.

Je n’éprouve aucune joie à la mort d’un être humain, fût-il mon ennemi car il est aussi une créature divine. Mais il m’est inconcevable de m’associer au deuil de sa famille, car il ne peut JAMAIS s’agir d’une quelconque réciprocité. Ils restent les membres d’une famille d’agresseurs tandis que nous sommes les agressés. L’humanisme a bon dos mais le judaïsme n’est pas son credo. Et le respect de la vie n’a de sens qu’à condition qu’il soit mutuel. Ce qui n’est pas le cas au Proche-Orient quand il s’agit de juifs.

Qui pourrait s’associer au deuil des parents des soldats allemands tués par les Juifs lors de la révolte du Ghetto de Varsovie ou de Cracovie ? Et même 75 ans plus tard, malgré notre acceptation de la demande de pardon de l’Allemagne ?

De la même manière je ne peux m’associer aux familles des soldats et civils palestiniens, égyptiens, jordaniens, syriens, libanais, irakiens, libyens, tombés au combat contre Israël, car le sang versé ne relève que de la responsabilité de leurs gouvernants. Ils resteront eternellement seuls redevables pour la mort de leurs enfants, de leurs frères et soeurs ou de leurs parents, pour ne pas avoir accepter la main tendue d’israël du jour de sa création jusqu’aux lendemains de chacune des guerres qu’ils ont initiées.

Aussi, les victimes israéliennes, ou  simplement juives, du terrorisme palestinien ou islamiste ne sont en aucun cas comparables à celles des leurs  tombés lors d’opérations de Tsahal. Et tant que les dirigeants arabes, perses ou plus généralement musulmans n’imploreront pas notre pardon, il ne peut être question de cérémonies communes ou de toutes autres foutaises dont le sens réel ne fait aucun doute : une équivalence des douleurs pour une équivalence des responsabilités.

Non ! Je regrette la mort de civils palestiniens, enfants, femmes, hommes valides et invalides. Mais leurs familles et leurs proches ne peuvent que s’en prendre à elles-mêmes ou à défaut à leurs dirigeants, corrompus jusqu’a la moelle.

En acceptant la communauté de douleur des familles, nous incitons les Palestiniens à poursuivre le même chemin sans éprouver la nécessité de l’introspection. A quand le printemps palestinien ? Car pour l’heure l’hiver n’est pas prêt de s’achever.

Comme l’a dit notre chère Golda : nous pourrions pardonner à nos ennemis d’avoir tué nos enfants, mais beaucoup plus difficilement de nous avoir obligés à tuer les leurs.

Dans un magnifique texte de 1975 « Plaidoyer pour ma terre » et d’une extrême actualité encore aujourd’hui, le chanteur-compositeur-artiste Herbert Pagani, né Haggège à Tripoli, décédé il y a juste 30 ans et enterré à Tel Aviv, juif engagé de gauche affirmait : « Lorsque Israël sera hors de danger, je choisirai parmi les juifs et mes voisins arabes ceux qui me sont « frères » par les idées, en attendant je me dois d’être solidaire avec tous les miens… »

43 ans plus tard, il a encore raison.