Certains ignorent le nom de cette sidra mais le monde entier, juif, non-juif, religieux, athée connait son contenu : les dix commandements.

Des dizaines de milliers de pages ont été écrites sur les dix commandements, et je ne souhaite pas en rajouter. C’est pour cette raison qu’ensemble, nous allons réfléchir sur les conseils que donne Jethro à Moïse, son gendre, sur les qualités requises pour être un bon dirigeant.

Avant tout, nous devons nous rappeler que Jethro a autrefois été une personnalité éminente : ministre de Midian et conseiller de Pharaon.

Nous devons avoir le droit de faire appel des décisions de nos Institutions

Commençons à lire :

Chap. 18 V. 13 et 14 : « Ce fut au lendemain et Moïse s’assit pour juger le peuple et le peuple se tint debout près de Moïse du matin jusqu’au soir. Le beau-père de Moïse vit tout ce qu’il faisait au peuple et il dit : « Qu’est-ce que cette chose que tu fais au peuple. Pourquoi sièges-tu seul et tout le peuple se tient-il debout près de toi du matin jusqu’au soir ? » »

Ainsi, Jethro est témoin d’une scène qui lui paraît impensable. Moïse est assis tandis que la foule est debout devant lui.

Nous pouvons comprendre que Moïse siégeait et jugeait tout seul et donc que le peuple devait attendre longtemps pour entendre ses conclusions.

Elie Munk explique que « Moïse rendait justice à la manière des gentils, c’est-à-dire en se basant sur des appréciations personnelles et sur ses propres arguments logiques. Or Jethro voyait dans cette justice toute subjective la source de toutes les difficultés auxquelles son gendre se heurtait. Les prévenus demandaient interjection d’appel mais Moïse était seul à juger. »

Rabbi Simon Ben Yohaï se demandant si cette conception du droit était inconnue à Moïse répondit que « Non, mais elle lui avait échappé momentanément. »

Divorce, conversion, cacherout, tels sont les grands dossiers que jugent nos Institutions religieuses de nos jours en France. Tous ces dossiers sont sensibles car pour la plupart ils touchent l’Humain.

Je me pose deux questions : pourquoi n’y a-t-il pas possibilité d’interjeter appel lorsque certaines de ces décisions ne sont pas acceptées par une des parties ? Pourquoi ne pas créer des tribunaux régionaux de première instance où les décisions pourront être rejugées par une Cour d’appel.

Je crois que cela rendrait la justice équitable et apaiserait bien des tensions.

La Magistrature débat depuis un certain temps en France sur le problème du Juge unique.

La sidra de la semaine répond à cette interrogation :

Chap. 18 V. 17  et 18 : « Le beau-père de Moïse lui dit : « le procédé que tu emploies n’est pas bon. Tu t’épuiseras certainement – et toi-même et le peuple qui est avec toi – car cette tâche est trop lourde pour toi, tu ne pourras l’accomplir seul. »

Pour le Or Ha’haïm « la fatigue surgit en deux temps. Dans un premier temps, on se sent un peu faible mais encore capable d’agir ; ensuite on ne peut plus remplir correctement ses fonctions. »

En lisant ce commentaire, j’ai l’impression d’entendre les plaintes des différents syndicats de la Magistrature.

Tout dirigeant doit mépriser les pots-de-vin

Les prochains versets sont non seulement des conseils que Jethro donne à Moïse mais à l’ensemble des futurs dirigeants du peuple juif. Lisons-les :

Chap. 18 V. 19 à 23 : « A présent, écoute ma voix, je vais te donner un conseil et que Dieu soit avec toi. Sois, toi, un représentant pour le peuple auprès de Dieu, et c’est toi qui porteras les affaires devant Dieu. Tu les avertiras des décrets et des enseignements, et tu leur feras savoir la voie qu’ils doivent suivre et l’action qu’ils feront. Et toi, tu distingueras parmi tout le peuple des hommes de qualité, craignant Dieu, des hommes de vérité, détestant le lucre, et tu les mettras sur eux comme chefs de mille, chefs de cent, chefs de cinquante et chefs de dix. Ils jugeront le peuple à tout moment et toute affaire importante ils la porteront devant toi, et toute affaire mineure, ils la jugeront eux-mêmes, et cela te soulagera et ils porteront le fardeau avec toi. Si tu fais cette chose-là – et que Dieu te l’ordonne – alors tu pourras tenir et aussi tout ce peuple arrivera en paix et à sa destination. »

Sforno explique que la Bible entend par « hommes compétents » des hommes « doués d’un bon jugement, instruits dans la loi et aptes à découvrir la vérité dans les conflits. »

Arrêtons-nous sur le lucre. D’après les commentateurs, le juge ou le dirigeant ne doit pas se laisser impressionner par des considérations d’ordre financier.

Ainsi pour Onkelos, ces juges ou dirigeants « détestent l’idée de recevoir de l’argent d’autrui. ». Pour le Ramban, « ils méprisent les pots-de-vin ou tout ce qui ressemble à une tentative de les influencer ; ils ne souhaitent pas posséder beaucoup d’argent car la fortune mène à la tentation. Ils détestent l’argent mal acquis. »

Elie Munk revient en commentant ces versets sur l’idée que nous avons développée plus haut. Ainsi, il écrit sur l’expression « Toute grande affaire, ils te la soumettront » : « Le principe de la hiérarchie appliqué à l’édifice de la justice apparait ici nettement. On le retrouvera ultérieurement dans la législation relative aux divers organes de justice. Chaque localité avait son tribunal de trois juges ; chaque ville possédait un tribunal de vingt-trois juges, et deux autres tribunaux de même importance se trouvaient l’un à l’entrée de la colline du Temple, l’autre à l’entrée du Temple. Enfin le tribunal suprême de soixante et onze juges siégeait dans la salle des pierres du Temple. Il existait un recours en appel qui pouvait s’effectuer en allant jusqu’à, la Cour suprême du Sanhedrin. »

Ainsi nous voyons, et ceci sera notre conclusion car tout est dit dans cette sidra, que les dirigeants devraient :

  • Savoir déléguer
  • Ne pas être impressionnés par l’argent
  • Mépriser les pots-de-vin
  • Accepter que leurs décisions soient remises en question.