Jérusalem : le rendez-vous de la France avec l’histoire

Je rêve d’une France qui n’a pas peur de l’histoire.
Je rêve d’une France qui sait encore accomplir de grands gestes.
D’une France qui ne considère pas Jérusalem comme un problème, mais comme une chance à saisir.
Depuis plus d’un siècle, notre pays est présent à Jérusalem.
Il n’y est pas étranger. Il y est respecté.
Il y possède l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses représentations diplomatiques de la ville.
Le Consulat général de France n’est pas un simple bâtiment administratif.
Il est une part de l’histoire de la France en Orient.
Dressé face aux murailles de la Vieille Ville, à deux pas du King David, il semble contempler les siècles avec cette élégance discrète qui caractérise notre diplomatie.
Il possède déjà la stature d’une ambassade.
Il ne lui manque que le nom.
Je rêve du jour où le Président de la République franchira son portail non pour une visite protocolaire, mais pour annoncer que la France a choisi d’y installer officiellement son ambassade.
À l’heure où le Président de la République rappelle régulièrement que la lutte contre l’antisémitisme constitue un combat essentiel de la République, une telle décision pourrait également être comprise comme un geste de clarté face aux tentatives de délégitimation, de haine et de négation qui visent trop souvent Israël et, au-delà, les Juifs de France et du monde.
Il s’agirait d’affirmer avec force qu’une démocratie ne reste jamais indifférente lorsque l’existence même d’un État, l’histoire d’un peuple ou la sécurité d’une communauté deviennent des objets de rejet systématique.
Une ambassade française à Jérusalem pourrait ainsi porter un double message : la fidélité de la France à ses valeurs universelles et son refus de toute forme d’antisémitisme.
Ce serait un geste diplomatique, mais aussi de mémoire et de responsabilité.
Un geste qui dirait que la France combat les haines du passé tout en assumant les choix courageux de l’avenir.
Ce geste n’interdirait en rien à la France de continuer à défendre une paix juste, garantissant à la fois la sécurité d’Israël et les droits des palestiniens.
Notre pays est suffisamment grand pour porter ces deux convictions à la fois.
La France n’a jamais été forte dans ses renoncements. Elle est forte lorsqu’elle ouvre des chemins.
Lorsqu’elle ose. Lorsqu’elle fait entendre sa voix singulière.
Pourquoi la France, dont l’histoire est intimement liée à Jérusalem, hésiterait-elle à donner à sa présence le rang qu’elle mérite ?
Je rêve d’un matin où, devant les murailles de la Ville sainte, le drapeau français flotte sur une ambassade qui existe déjà dans bien des cœurs.
Je rêve que ce geste ne soit ni interprété comme une provocation, ni comme un renoncement, mais comme une affirmation sereine de la souveraineté diplomatique française.
Je rêve d’une France fidèle à elle-même. Une France qui ne sacrifie pas l’avenir mais le fait advenir.
Une France qui comprend que les symboles comptent parce qu’ils disent ce que les nations croient d’elles-mêmes.
Pour Chateaubriand, qui fut aussi Ministre des Affaires Etrangères, « Jérusalem est la ville des prodiges », c’est donc là, la place de la France.
Et si ce rêve paraît aujourd’hui audacieux, souvenons-nous que toutes les grandes décisions diplomatiques ont d’abord été des idées jugées impossibles.
L’histoire récompense rarement ceux qui attendent.
Elle se souvient de ceux qui ont osé.
