Il est étrange d’avoir lu un nombre incalculable de fois le même mot dans la Bible, le mot Jérusalem, d’avoir rêvé sur lui depuis l’enfance, d’avoir pleuré sur lui aussi quand des drames s’y déroulent, et de me retrouver un jour là-bas à l’âge adulte pour le tournage d’un documentaire sur les jardins.

La ville soudain prend corps, vous traverse comme vous la traversez, le mot devient réalité, parfums, couleurs et surtout, musique. Aujourd’hui, ce mot revêt encore un autre sens : Jérusalem devient la capitale d’Israël.

Autant le dire d’emblée, je n’ai aucune compétence pour écrire sur des questions géopolitiques touchant à Israël et je ne ferai pas de commentaires sur ce qui me dépasse à 4714 kilomètres de chez moi (j’habite Montreuil sur mer en France).

Néanmoins, en pensant à cette Jérusalem troublée, car l’actualité m’y ramène, et pour conjurer le spectre de la violence qui s’agite de nouveau, je préfère revenir à quelques souvenirs lumineux de cette ville hors-norme, cette ville monde comme New-York, Paris, ou Venise, cette Yerushalaim arpentée pour la première fois avec ma compagne Isabelle au printemps 2015.

J’étais donc en tournage à Hierosolyma pour un documentaire. Je me souviens de ma première vision de la Ville sainte, depuis le jardin de l’Abbaye d’Abu Gosh. C’était l’aurore : concert d’oiseaux, silhouettes noires des arbres se découpant sur fond bleu roi, fleurs partout cachées dans la pénombre et, au loin, l’autoroute qui mène à Yerushalayim ouest, avec son croisement ininterrompu de phares rouge et blanc.

De là, on aperçoit la cité derrière les collines. Cette première approche visuelle dans la distance m’avait beaucoup plu. Jerozolima m’apparaissait sous le voile d’un mirage lointain.

Je me souviens aussi d’un autre moment poétique à Ûrshalîm : Après avoir traversé le Cédron depuis le Mont des oliviers pour rejoindre la porte des Lions, nous avons croisé un groupe d’enfants turbulents munis de flûtes. Une trentaine de gosses jouaient n’importe quoi, n’importe comment.

Cette cacophonie joyeuse m’évoquait, je ne sais pourquoi, le Roi David marchant vers Solyma en tournoyant devant l’Arche. Etait-ce la réminiscence d’une lecture de Samuel (II) ? « David et toute la Maison d’Israël dansaient devant YHWH aux sons de tous les instruments en bois de cyprès, etc… ». Peut-être.

Mais mon souvenir le plus marquant lors de ce tournage, et surtout le plus drôle, c’est cette fin d’après-midi dans le labyrinthe de ʒe.ʁy.za.lɛm. Nous en avions littéralement « plein les bottes » avec Isabelle après une journée de marche et nous cherchions le Mur des Lamentations, le « Western Wall ». J’interpelle au passage deux jeunes Rabbins, certain qu’ils ne pouvaient pas ne pas savoir où était le Mur.

« Excuse-me ? » Leur dis-je. « Where is the Western Wall ? »
Le premier me répondit :
« I don’t speak english ! »
Le second :
« I don’t know ! »

Nous avons éclaté de rire tous les quatre et les deux jeunes rabbins ont passé leur chemin sans aucune autre explication ! Je suppose que leur humour spontané était inspiré par ce trait d’esprit génial de Nahman de Bratslav : « Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît, car tu pourrais ne pas t’égarer ».

Je le saurai pour mon prochain voyage à ירושלים.