Grâce à un effort collectif et à la collaboration de plusieurs collègues, dans un cadre académique et universitaire, prônant la libre pensée et la pluralité des opinions, je vous présenterai une série de billets issus d’un travail de recherche, qui s’intéresse à la République arabe syrienne. Merci Ahmad Avin, Berisha Trim, Mohamed Iman, Mounaji Mehdi

Rappel:
– les opinions strictement politiques sur ce billet ne représentent que l’auteur..

La Syrie, terre chargée d’histoire, témoin de diverses civilisations a vu son parcours prendre un nouveau tournant avec son accès à l’indépendance en 1946.

Découvrant l’État nation, le pays à ses débuts fait face à l’instabilité politique. Les coups d’État s’enchainent et les leaders se succèdent. L’arrivée au pouvoir du parti Ba’ath vient donner une ligne directrice à la politique syrienne. Une fois que Hafez al Assad prend la tête du pays, les grandes trajectoires sont dessinées à court, moyen et long terme, et suivies par son fils Bachar :

1. Faire imposer la Syrie dans le Moyen- Orient
2. S’opposer à Israël, via l’axe de la résistance
3. Combattre l’impérialisme et l’hégémonie américaine, via l’axe Russie-Chine-Amérique Latine et du mouvement des non-alignés
4. Unifier les nations arabes, sous la bannière du panarabisme inclusif
5. Nationaliser les facteurs de production.

Les différents contextes internationaux sont venus changer la donne même si les racines énoncées perdurent.

La chute de l’Union soviétique a notamment contribué au passage d’une économie strictement socialiste à une autre de tendance beaucoup plus libérale dont le nerf est l’ouverture au marché extérieur. De ceci, les politiques d’actions se retrouvent remodelées. Le point est mis sur les grands agrégats économiques, mais la société civile reste déconnectée de ce nouvel élan économique. La paupérisation de la population, le chômage, la jeunesse désabusée sont autant de conséquences d’un pouvoir centralisé et dirigé par une minorité.

Dans la foulée du «Printemps arabe» et des vents de contestations dans le monde arabe, les facteurs énoncés ci-dessus ont lancé la révolte civile en Syrie. Entre impact économique, instabilité politique et répression sociale, de part et d’autre.

Lier histoire, politique et économie pour comprendre la République Arabe Syrienne et mieux envisager le futur suite à la guerre est ce à quoi nous allons attarder afin d’avoir une vision complète de ce pays.

La particularité syrienne

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La Syrie est un pays majoritairement musulman sunnite et abrite plusieurs minorités ethniques, religieuses et linguistiques. Dotées d’une richesse linguistique, certaines communautés parlent encore couramment l’araméen, la langue du Christ. Mais aussi, le kurde, l’assyrien, le chaldéen, le syriaque, l’arménien, le turque, le turkmène l’Adyguéens et bien sûr la langue arabe, avec toute sa richesse dialectale.

Le pays de Cham se voit aussi comme richesse ethnique, où les musulmans sunnites forment une grande majorité, entre 65% et 75%. Les alaouites (Nusayrîs, branche lointaine du chiisme), les chrétiens arabes et les Kurdes, peuvent former jusqu’à 25%, et le reste des minorités constituent des concentrations un peu partout sur le territoire (chiites duodécimams, druzes, ismaélites, arméniens etc.)

Ce cocktail multiculturel a longuement constitué la force de l’unité syrienne et l’appartenance nationale, étant forte grâce au nationalisme du panarabisme, avait un fort ascendant sur le sentiment sectaire ou l’appartenance religieuse. Le régime syrien travaillait en concertation avec toutes les branches de la société, sans considération ethnique ou religieuse, d’où la loyauté des minorités envers l’État syrien. Il y a évidemment des opposants parmi les minorités, le nier serait une fabulation et un mensonge.

Cependant, lors de ces soulèvements, le sentiment sectaire émerge chez la majorité sunnite, principalement à cause du discours islamiste, via les chaines satellitaires et les  » fatwas  » des cheikhs de la sédition. Les rebelles et les déserteurs, constatant le maintien de l’état syrien, changent
de discours et d’axe de communication. Ainsi, l’Armée Arabe Syrienne et l’État Syrien deviennent l’Armée et l’État Nusayrîs (une appellation confessionnelle pour désigner les alaouites). Un véritable show de boucane pour duper une base populaire, qui ignore probablement tout sur les pratiques religieuses des minorités.

Par ailleurs, craignant un génocide ou des meurtres de masse, on assiste à la formation de plusieurs milices, défendant chaque groupe ethnique. Comme les célèbres «Shabiha» qui sont à l’origine des contrebandiers, originaires du littoral Syrien, qui contient une grande proportion de la minorité Alaouite. Le mot Shabih signifie fantôme.

Ils sont appelés de même tout simplement à cause des voitures Mercedes qu’ils conduisaient afin de s’adonner à la contrebande de marchandises. L’ancien président, Hafez al-Assad a sévi contre eux et son fils Bachar les a dissou. L’éclatement des violences, en 2001, les Shabihas ont repris service pour protéger les minorités (alaouite, chiite et chrétienne) des exactions criminelles envers les civils et les soldats.

Le pays qui jouissait de la sécurité, de l’autosuffisance agraire, de la gratuité des services, ainsi du prix bas des produits alimentaires, vit présentement dans l’insécurité, ramant d’une crise alimentaire (malgré la gestion des stocks stratégiques) à une pénurie des produits pétroliers, sans omettre l’absence des services sociaux dans les zones non gouvernementales…

Réintroduisons sommairement l’Histoire du pays de Cham

La République Arabe Syrienne, état indépendant du Moyen-Orient depuis 1946 partage ses frontières avec le Liban à l’ouest, la Jordanie, Israël au sud, la Turquie au Nord et l’Iraq à l’est. La Syrie, cœur historique de la civilisation arabe historique, compte à ce jour 22 millions d’habitants répartis sur un territoire de 185 180 km2.

Comme démontré dans son nom, le pays est une République régie par un régime présidentiel reposant sur un parti majoritaire panarabe : Ba’ath.

Depuis 1971, le pays est dirigé par la famille Al-Assad, Bachar l’actuel président ayant remplacé son père Hafez. Pays socialiste après son indépendance, la Syrie de Bachar s’est lancée dans une libéralisation de son économie pour mieux s’intégrer dans le contexte économique mondial et faire émerger une classe moyenne aisée et sortir la classe ouvrière de la pauvreté.

Le partenariat avec les pays arabes est également important et ne cesse de s’accroître répondant ainsi à une vision panarabe pour le parti au pouvoir et sa mission réunificatrice. Toutefois, le printemps arabe est venu freiner tout projet, mais aussi, le flux d’investissements, mettant les indicateurs économiques et sociaux dans le rouge. À cause de cette guerre, l’économie syrienne a reculé de 30 ans.

Quel est le passé politique et économique de la Syrie? De quoi le pays tire-t-il sa richesse? Comment comprendre les raisons des révoltes de mars 2011? Voilà ici autant de questions auxquelles les prochains billets tenteront d’élucider afin de dresser un portrait de la Syrie moderne.

L’angle politico-économique sera privilégié, car la Syrie vit actuellement une crise sociale et économique. Le pouvoir est remis en question ou du moins, son mode de gouvernance l’est.