Suite à la déferlantes de haine et de commentaires acerbes à propos d’un homme, Alain Finkielkraut, l’importance à la réserve que chaque individu devrait s’imposer envers son prochain est à rappeler. Et j’ai décidé de dire :

« Je suis Finkielkraut ».

Je tenais à saluer Monsieur Finkielkraut, me ranger à ses côtés et réitérer mon soutien indéfectible. Cet homme qui est allé vers l’autre, vers cet autre « celui et celle qui dorment debout ! » Dans une France aux abois. Cependant, j’avais oublié cette éducation « toute française », ce sens aigu de la critique : salir, démolir l’individu, l’humilier bien qu’il soit déjà à terre, ce sport national hexagonal m’avait échappé. J’avais oublié comme en une fraction de seconde vous pouviez assister à un pugilat à Paris sous le regard des « passants honnêtes » pour reprendre la célèbre chanson de Georges Brassens.

Alors j’ai décidé de le dire et de le répéter : « Je suis Finkielkraut ».

Aussi, j’avais oublié cette même rengaine rance et resservit, ou l’action des « savants » est mal perçue par la France d’en bas. Ou la critique virulente cristallise le plus téméraire des intellectuels. Et lorsque certains finissent par agir, alors se désolidarisent d’eux, la classe intellectuelle trop frileuse (?). J’avais oublié cette France si honteuse d’elle-même.

La piqûre de rappel fut l’épisode « Finkielkraut, Place de la République ». Je me suis souvenue de cette culpabilité grégaire qui fait dire que vous méritez ces insultes répétées et déversées en place publique. Pourtant personne ne mériterait d’être insulté en public, ni même en privé, d’ailleurs.

Les actes graves Place de la République auraient dû provoquer plus de soutien à l’égard de cet homme. Hélas, trop peu se sont levés.

Un homme, Finkielkraut, car avant tout c’est un homme, a voulu comprendre, aller au devant et voir. Au delà de cette réalité et saisir l’importance qui se déroulait dans cet endroit historique de Paris. Pourquoi ce mouvement d’hommes et de femmes se mobilisait pour vivre leurs « Nuits Debout »? Quel message avait-il à nous dire ? Pourtant ce qu’il a vu nous l’avons vu aussi : les attaques, les humiliations, la dépossession de la dignité, les insultes, le dégueulis de haine et d’incivisme républicain.

Finkielkraut, connu en qualité de Philosophe, d’Écrivain et d’Académicien français fraîchement décoré, me semblait pourtant assez bien placé pour comprendre le message de cette révolte souterraine à ciel ouvert. Car comme dans l’allégorie de la caverne de Platon, il avait cette approche, saine, curieuse, humaine, généreuse.

Vouloir discerner les ombres, celles projetées des objets au loin derrière eux. Des choses et d’eux-mêmes.

« Dans une demeure souterraine, en forme de caverne, des hommes sont enchaînés. Ils n’ont jamais vu directement la lumière du jour, excepté, au loin, les reflets et les ombres lumineuses. Que l’un d’entre eux soit libéré de ses chaînes et accompagné de force vers la sortie, il sera d’abord cruellement ébloui par une lumière qu’il n’a pas l’habitude de supporter. Il souffrira de tous les changements. Il résistera et ne parviendra pas à percevoir ce que l’on veut lui montrer.

Or, ne voudra-t-il pas revenir à sa situation antérieure ? Il pourra peut-être voir le monde dans sa réalité. Prenant conscience de sa condition d’avant, ce n’est qu’en se faisant violence qu’il retournera auprès de ses semblables. Mais ceux-ci, incapables d’imaginer ce qui lui est arrivé, le recevront très mal et refuseront de le croire : « Ne le tueront-ils pas ? »

L’humiliation était au rendez-vous

Ce n’est pas les hommes enfermés dans la caverne qui cherchèrent à tuer symboliquement le Philosophe mais ceux qui se tenaient debout dans la lumière. Et au delà de l’aspect philosophique, ce sont ces êtres de révoltes regroupés dans une place symbolique de l’histoire française qui invectivèrent et insultèrent un homme à ciel ouvert. Ces mêmes individus qui désiraient l’attention et l’écoute.

Cependant, si les mains tendues sont refusées et fracturées, s’il n’est plus permis aux philosophes de scruter l’horizon et de comprendre le monde, si les peurs ressortent au devant des hommes comme ce fut le cas pour Alain Finkielkraut – il suffit d’observer la vidéo, son visage trahissait la peur – et surtout si nous laissons faire.

Nous retournons dans la caverne ou nous avons eu tant de mal à nous extraire.

En attaquant Alain Finkielkraut, nous sommes retourner dans cet enfermement, fait d’obscurité, d’obscurantisme et de craintes humaines. Mais ce qui fut encore plus troublant, c’est l’après drame. Ces commentaires qui insinuèrent que Monsieur Finkielkraut l’avaient bien cherché…

Comment sommes-nous arrivés à cette décadence ?

Car personne ne mérite, l’insulte, l’opprobre, l’humiliation publique, ni le lynchage médiatique. Une des seules personnes à s’être érigée dans la sphère médiatique fut Caroline Fourest. Pas assez d’intellectuels ou de politiques ont protesté contre l’agression. En effet, personne ne mérite d’avoir peur en allant à la rencontre de l’autre.

Pourtant ce fut la cas. Ce qui est frappant, après coup, ce leitmotiv sur toutes les lèvres : « c’est mérité… », « il n’avait pas à y aller… », « Ça lui apprendra… » Combien de fois ont été maugréés ces commentaires laxistes… Et ce n’est pas le bruit des abrutis le vrai danger, c’est le silence des justes. Dixit Einstein.

Cette culpabilité dégoulinante ou les torts sont adressés à celui qui agit, qui creuse, qui tente, qui cherche, qui dérange…

Peut-on dire que les attentats du 13 novembre étaient mérités ? Evidemment que non. Pourtant la France a laissé faire, mille fois prévenue. Peut-on dire que l’augmentation du chômage est méritée ? De nouveau, certainement pas. Car même si la démocratie et la République française vont mal, l’espoir et la remise en question sont des facteurs à ne jamais oublier dans le sursaut d’une nation. Et il est bon de le rappeler : aucun pays au monde ne mérite le terrorisme ou la débâcle en son sein.

Comme aucun homme ne mérite ce que vient de vivre ces derniers jours, Alain Finkielkraut dans les rues de Paris.

Peut-on en tirer des leçons ?

Absolument. Car quand le mal est fait, il n’est plus à faire. Et le respect de l’individu a manqué une fois de plus ou était-ce une fois de trop ?

L’avenir nous le dira. Un intellectuel qui se fait chasser, cracher dessus, lyncher ce n’est pas juste un petit incident. C’est le symptôme d’une France qui (se) laisse faire. Le manque de légitimité sur ce mouvement est à présent signé par cet acte : si on expulse les opposants, la prochaine fois on les exécute ?

Alors de nouveau il faut faire retentir la sonnette d’alarme car les limites ont été franchies.

Aucun homme ne doit craindre pour sa vie. Philosophe, Homme, Femme, Juif, Musulman, Chrétien, Citoyen, Humain… Et bien qu’il soit de moins en moins facile de maîtriser les débordements extérieurs, toutefois nous pouvons refuser d’y collaborer. Combien de commentaires hargneux accusaient Alain Finkielkraut ? Devenu la risée de « bobos bien pensants » qui se raillent de l’homme. Mais il s’agit d’un homme qu’on a attaqué en place publique, ne l’oubliez pas ! Et une question légitime me vient à l’esprit :

Depuis quand se défend-on par la haine et l’injustice quand un homme est humilié ? Depuis quand lorsqu’un pays est à terre, nous le regardons s’effondrer sans rien dire, sans rien faire ?

Frinkerkriaut représente l’image de cette France qui se bat contre ses démons. Il a cherché à comprendre, il est allé voir de l’autre côté du rivage. Il est sorti de son enfermement, s’est libéré de sa grotte en allant vers cette France qui ne lui ressemble guère et la réponse fut une bombe en plein visage.

Le terrorisme des idées fait d’autant plus de ravages.

J’admire les gens qui agissent et qui se font violence comme le fit « Monsieur Finkielkraut Place de la République ». Mais en place et lieu, le déni est de mèche avec l’immobilisme et la critique. Cette liberté d’expression est une arme blanche sournoise qui abat un pays déjà affaibli.

Suite à cette vidéo d’une grande violence ou un homme a été bafoué, beaucoup de français retourneront dans leur grotte sans mot dire et sans ce désir fondamental : aller à la rencontre de cette lumière de connaissance, qui s’appelle l’autre. A présent qui osera descendre dans l’arène en prise avec une meute de chiens enragés ? Soyons assez honnêtes, personne ! Car même les meilleures des volontés succombent devant la lâcheté humaine.

Et c’est peut-être cela le drame en France. On tue l’espoir.