Je suis partie rejoindre la terre avec qui j’ai trompé ma France pendant plusieurs vacances pour finalement la demander en mariage il y a une petite année.

Mais je n’arrive pas à divorcer totalement de ma France. Elle a de si bons côtés….

Avec ma France, ça sort, ça voit des films d’arts et essais, ça rencontre des gens « hype », des gens du « milieu ». Avec ma France, j’adore utiliser certains mots comme « bobo » ou faire des variations lexicales. Je me sens lettrée et « dans le coup ».

Je suis créative avec elle, artistiquement ou plutôt linguistiquement parlant. J’avance les yeux fermés. Besoin de personne pour me guider, c’est moi qui drive!!

Je peux écrire des trucs super compliqués et utiliser des mots que certains ne comprennent pas. Je n’ai qu’à hocher de la tête pour montrer que je sais de quoi ça parle dans un bar bien bruyant.

Avec mon ex, ma France, je sais utiliser l’emphase. On se connait bien toutes les deux, on se devine, on se capte.

Je manie le verbe et je joue aussi à qui je veux être. Je peux être prolo titi parisienne ou me la jouer « hypokhagne-khagne ». Je choisis les mots du jour en fonction de l’humeur. Je peux faire des déclarations enflammées et écrire des cartes postales ridicules. J’adore rajouter en bas de page des P.S et aussi dire « je soussignée ». Je connais plein de raccourcis dans Paris et même des impasses non répertoriées dans waze. Je me souviens de la taille des trottoirs de certaines rues du quartier latin et aussi l’existence de certains graffitis dans mes rues fétiches. J’ai mes quartiers de prédilection et un avis prononcé sur tout.

Je passe des bottines aux escarpins, je dévale les escaliers du métro aussi vite que je grimpe ceux des immeubles anciens dont le vieux bois grince et dont le fer métallique le long des tapis rouges me rappellera à jamais ceux de ma grand mère Rachel rue du Poteau.

C’est fou comme elle me manque peu quand je suis loin d’elle et à quel point elle m’est proche quand je suis avec elle. Avec elle, c’est la facilité mais elle me paraît si prévisible…. Elle ne me surprend plus ou si peu.

Avec ma nouvelle terre, mon Israël, je me tiens à carreaux! Je fais moins la maligne. Je suis beaucoup plus indulgente avec elle. Je dis oui à tout. Je ne pèse pas le pour ou le contre, je prends tout, je fonce.

Je suis sur-concentrée quand on me parle, toute contente d’être prise pour une locale. Je fais de mon mieux pour que ma réponse soit bien calibrée, pour que tout s’accorde, pour que le mystère sur mon accent soit gardé pendant 2 bonnes minutes. Avec elle, c’est moins la bamboula au niveau des sorties culturelles, elle est plutôt branchée pique-niques et « tioulim » à gogos. Finies les fioritures et ma garde robe fait la gueule et s’ennuie comme un rat mort. Mon Israël me prend comme je suis. Super roots et sans fard. Elle se fout complètement que je fasse le tour des écoles en survêt ringard le matin. Elle ne remarque même pas.

Elle m’aime de manière inconditionnelle. Et vous savez pourquoi elle m’aime ? Parce qu’elle sent que je l’aime et que je la désire. Elle sent que j’ai rêvé d’elle pendant de longues années et que j’ai attendu sagement avant de la courtiser. J’ai préparé mon coup l’air de rien.

Elle sent que quoi qu’elle fasse, et elle fait beaucoup de conneries…, je la soutiendrai à la vie à la mort. Elle me demande parfois des comptes sur mon ex mais elle voit très bien que quand je suis avec elle, ma France est loin et qu’elle est sortie de mon coeur. Elle trône en reine. Elle est spirituelle et gaie. Elle chante sans cesse et elle lit les signes du destin. Elle m’a contaminée dans son mysticisme. Quand je la quitte, je fredonne sans cesse ses chants mélodieux qui me collent à la peau.

Elle est cool au fond, elle est moderne parce qu’elle se fiche complètement que j’aie deux amours et que je passe de l’une à l’autre. Ce qui compte pour elle, c’est que je sois là. Que je sois bien dans mes tongs et que je la défende quand mon ex l’agresse. Elle adore l’idée que je l’aie choisie pour éduquer mes enfants. Elle sait qu’elle doit s’améliorer niveau culture G mais elle adore me rappeler que mes enfants n’ont jamais été aussi épanouis que depuis qu’elle les gère à plein temps.

Alors oui j’ai deux amours…. j’arrive pas à divorcer, je ne fais que les tromper à tour de rôle. Je suis ambiguë, je manque de courage. Je parle sans cesse de l’une à l’autre. Et c’est quand même ma France qui le vit plus mal en exigeant des serments de fidélité complètement has been et me tabassant de questions : « mais elle est quand même un peu simplette et sans manières, non? Qu’est ce que tu lui trouves, au fond? ».

Ma nouvelle terre ne calcule rien et c’est cette spontanéité et cet élan du coeur permanents qui m’ont fait tomber dans ses bras. Pour l’éternité j’espère.