Les derniers évènements tragiques ont inexorablement mis en lumière l’Alyah des Juifs de France. Beaucoup prédisent une explosion d’une Alyah déjà record et c’est probablement le premier sujet de discussion dans les synagogues.

Le problème n’est pas que nous en parlions entre nous mais plutôt le fait que nombreux parmi nos interlocuteurs non-juifs nous posent sans relâche la même question : « Alors, vous, quand partez-vous ? ».

L’intention n’est certainement pas mauvaise mais elle nous place face à l’obligation d’y répondre ou de se justifier. Si l’on quitte la France pour Israël c’est prendre acte de notre malaise et de l’échec de la République, si l’on reste c’est accepter docilement notre sort. Eh bien non les choses sont plus complexes.

Je ne laisserai à personne le soin de me dicter ce que je dois faire. Je refuse que l’on me pose cette question qui est le symptôme de la défaillance de la République.

Les Juifs sont en France depuis des siècles, ils y ont connu quelques bonheurs et beaucoup de tourments mais ce pays est le notre et je ne suis pas un citoyen différent de mes compatriotes qui devrait faire allégeance à Israël pour renoncer à la France.

Que nous a t-on reproché de soutenir l’Etat d’Israël faisant de nous des citoyens singuliers ! Mon pays est la France et je ne puis tolérer davantage que ma religion ait à primer sur ma nationalité. « Juif de France », « Français juif », « Juif et français », appelez-moi comme bon vous semble mais ne dissociez pas l’un de l’autre.

Je ne capitulerai pas devant ceux qui veulent nous chasser par la terreur de notre pays. Pour la mémoire de Yohav, Yohan, Philippe, François-Michel, Ilan, Jonathan, Arieh, Gabriel, Myriam et tant d’autres tombés parce que Juifs sur le sol français, je me dois de rester ici pour que la France ne soit pas la terre du martyr du peuple Juif mais soit le pays de la vie et d’une présence juive fière d’y vivre, de pratiquer son judaïsme, de faire vivre son identité, ses traditions et de contribuer à la communauté nationale.

« Wie Gott in Frankreich leben », « Heureux comme Dieu en France ». Je ne veux pas faire mentir ce proverbe en prouvant que l’on peut servir Dieu chez nous en France et qu’Il trouve en nous des serviteurs et des fidèles qui ne sont pas apeurés.

Pour paraphraser en l’adaptant la fameuse sentence de Nahman de Braslav je serais tenté de dire qu’être Juif en France c’est marcher sur un pont très étroit, l’essentiel est de ne pas avoir peur du tout !