Yom Kippour 5775

Vendredi soir, mon père, mon oncle et moi marchons jusqu’à la synagogue. Sur le chemin, nous passons devant la mosquée où les gens préparent la fête de l’Aïd al-Adha. En nous voyant – 3 hommes portant la kippa et un livre de prières – ils nous gratifient d’un « Shabbat Shalom » sonore et souriant. Nous leur répondons avec bienveillance « Merci et bonne fête ». Puis nous continuons notre route jusqu’à la synagogue et trouvons les portes closes.

Après avoir frappé à plusieurs reprises, un jeune homme sort la tête et nous informe qu’il ne nous connait pas – la réciproque est vraie. Il sort donc en prenant soin de refermer la porte derrière lui. Il commence à nous questionner après nous avoir demandé de reculer pour lui donner de l’air. De l’air il n’en manque pas : « Votre nom ? » « Elkaïm » « Votre lien de parenté ? » « Frère, père et fils » « Nom du rabbin ? » « Serfaty » « Nom du président ? » « Racimor » « Nom de son prédécesseur ? » « ? » « Noms de personnes que vous connaissez dans la synagogue ? » « #!@? » Nous décidons de mettre fin à l’interrogatoire en rentrant chez nous car nous estimons que, quelques soient les consignes de sécurité, ce n’est pas une façon d’être accueilli à la synagogue.

Cela fait 30 ans que nous venons à cette synagogue. Personnellement, j’y ai fait mon Talmud Torah et ma Bar Mitzvah. J’y suis venu en courant pour rejoindre des amis, en trainant des pieds parce que c’était tôt le dimanche matin, en souriant, en pleurant, malade et en bonne santé car cela fait partie de la vie… de ma vie. Mais à ce jour jamais on ne m’avait barré l’accès à la synagogue… à ma synagogue!

Alors que faut-il en penser ? A la surface, il ne semble s’agir que d’un simple malentendu entre un responsable de la sécurité (?) zélé et une famille blessée de voir son appartenance à la communauté remise en question par un inconnu.

Malheureusement je pense que le mal est bien plus profond. Nous sommes la religion d’un peuple, une communauté fermée par construction. Il n’y a qu’une façon d’être juif c’est de le naître et il y a autant de façons de le pratiquer que d’êtres. C’est notre force et notre richesse. Mais lorsque nous dressons des murs, aujourd’hui, c’est nous que nous enfermons.

L’ironie du sort a voulu que ce soit un Moshé plus sadique que tsadik, totalement dépassé par les commandements de sécurité, qui nous refusa l’accès à la synagogue – 3 hommes portant la kippa et un livre de prières. Alors comme nos ancêtres, il y a plusieurs millénaires, je vais suivre le chemin indiqué par Moshé pour quitter cette maison de servitude.

Un juif qui n’a plus sa place dans cette communauté