Mon métier de danseuse est d’être aussi une thérapeute qui « prête ses oreilles » au « corps » de l’histoire des gens venus de France, d’Israël et de tous les horizons du monde.

Je travaille et questionne les fondements d’une identité individuelle et collective, du rapport à l’autre et de la gestion des différences dans un désir d’unité de valeurs.

Mon travail m’a baignée quelques années, dans la langue hébraïque, sans que je n’en comprenne un seul mot. Jusqu’au jour où le judaïsme est venu « me chercher », sans que je n’eûsse eu de velleïté très affirmée de rejoindre « une religion ».

Les dogmes et les « béni oui-ouisme » me révulsent. Et pourtant, la danse est allée chercher la Torah qui est venue me dire, qu’elle est tout sauf dogmatique, quand elle trouve les Maîtres qui résonnent en elle ! Le désir de sens m’avait toujours « travaillé au corps ». Ma recherche soutenue de réconcilier le corps et l’esprit m’a ainsi, inéluctablement plongée dans les racines millénaires du corpus biblique. Comment ? Comment le texte biblique pouvait-il révéler sous un autre jour, le geste du corps et de l’esprit pour se lier au destin d’une nation ?

Ma première réponse fut la danse notoire du Roi David, lors du transport de l’Arche à Jérusalem. Voici l’image d’un roi qui danse de tout son être et qui célèbre avec toute la force de joie et de gravité, la royauté d’une nation qui prend corps. Pourquoi la Bible a-t-elle choisi la danse et pas, la poésie ou un autre art, pour annoncer un tel avènement messianique? Quel lien entre la danse et la royauté de la nation d’Israël?

La figure du Roi David incarnant la souveraineté d’une nation sur sa terre, guide mon travail. J’ai transféré cette image à l’échelle des individus que j’accompagne, pour qu’ils puissent à leur tour, trouver par la danse, leur « royauté » dans la vie. Cette image fondatrice du Roi David danseur, je la considère comme la « charte » de ma vision de la danse : ramener à la conscience de sa souveraineté, passe par le fait de réconcilier le corps et l’âme dans la joie.

Tout fait sens ! Comme si le texte biblique en portant la danse, voulait dire que nous le portions déjà dans les profondeurs de notre corps. L’esprit trouve la lettre idoine pour se diffuser, le corps peut enfin embrasser son âme pour éclairer les lieux oubliés de sa vie.

La danse m’a fait comprendre que la Torah est loin d’être une «mythologie» au sens grec du terme et encore moins, un texte relatant la vie de Patriarches enterrés dans le Panthéon des Hébreux. Perpétuer une tradition sans se scléroser, se joue dans ce lieu de transmission du corps conscient et dansant les forces de vie qu’il doit incarner, au contact des forces telluriques qui lui reviennent. Il s’agit de prendre et donner corps sur sa terre, aux valeurs torahïques UNI-VERS-EL !

La danse m’est apparue sous un nouveau jour, elle s’est départie des conforts et contre-forts d’un studio parisien. Elle m’a poussée à y entrevoir un moyen aussi modeste soit-il, de participer à une réparation de l’Histoire : une autre manière possible de contribuer à l’avènement d’une nation souveraine reconnue comme telle sur sa terre et d’éclairer les nations. Le Roi David nous a légué sa danse en guise de phare : Israël est aujourd’hui l’émissaire « en gestation » du corps et de l’âme ne faisant plus qu’Un, pour célébrer l’unité de la Création.

Stage de danse Somapoétique « Le sel du corps » – 11 et 12 avril 2016 à la Mer Morte / Yam Hamelakh, pour un public femmes. Plus d’infos sur www.bare-dance.com