J’ai un an aujourd’hui.

Un an de décalages, d’incompréhensions, de franches rigolades, de coups de flippe, de questionnements existentiels sur le pourquoi du comment, de nouveaux amis, d’envies d’aimer mon prochain, de textes à l’eau de rose, de shabbaths presque pleins, de groupes whatsapp. Un an sans télé, sans ciné (ou presque), sans radio, sans métro, sans journaux, sans pauses dej’, sans shopping, sans carte vitale.

J’ai un an mais je ne parle pas encore comme les grands. Je balbutie, je marmonne. Je répète tout mais je déforme. Un an à inverser les ח et les ר, à écourter des phrases qui semblent foireuses. A utiliser des périphrases. A parler avec les mains. Un an sans conjonction de subordination, sans conditionnel, sans nuances, sans métaphores.

Un an sans ironie et sans second degré. Un an presque sans vannes, sans répartie, sans jeu de mots. Un an de correcteurs d’orthographe, de Google translate, de whatsapp obsessionnel, de waze indispensable. Un an de transavia et d’easyjet à outrance. De outlook compulsif.

Un an à repenser aux adieux déchirants sur le trottoir du 17e et à la folie de la décision.

Un an de rêves éveillés et de projections illimitées. Un an d’humeur instable et d’esprit de contradiction. Un an à me voir de si près!

Un an à dire « les israéliens » et à rêver d’en être une « vraie ».

Lehistader.
Lehitgaber.
Lehitragel.
Lehikalet.

Un an à vouloir rattraper le temps, à aller plus vite que la musique. Un an pour dire si c’est bien. Si on avait raison. Si c’était donc ça.

Un an pour comprendre que le bonheur se construit.

Un an…. c’est long quand on est hors de chez soi mais c’est court quand on est à la maison.