La fête nationale d’Israël (“Yom Haatzmauth“ – jour de l’Indépendance), a été célébrée la semaine dernière pour la 66ème fois.

Précédée comme chaque année, sans transition – et pour cause – par la Journée du Souvenir [Yom Hazikaron], commémorant les 23 169 morts au cours des guerres d’Israël, ainsi que par la Journée de la Shoah, à la mémoire des 6 millions.

Deux journées ancrées dans le coeur, au cours desquelles, tandis que retentit la sirène, une boule s’installe dans la gorge à la vue de toute la circulation s’arrêter, les occupants se mettant à l’extérieur au garde à vous pendant de longues minutes.

Un instant où tout semble s’arrêter, la vie paralysée, en souvenir des traumatismes de ce peuple et de ce pays.

Israélien de longue souche, deuxième generation, j’étais à la fois témoin et acteur dans cette épopée. J’y ai contribué de mon mieux et j’en suis fier.

Tout n’a pas commencé ce Hé béiyar (15 Mai) 1948, date officielle de la fondation de l’Etat d’Israël, mais bien avant, avec la resolution de l’ONU sur le partage de la Palestine mandataire, suivant les combats menés par les trois groupes juifs clandestins contre le Mandat britannique, voire contre les gangs arabes.

Il s’agissait de défendre, derrière des sacs de sable, les villes juives face aux assauts des voisins arabes, ayant rejetté, tout comme les pays arabes, cette résolution.

Mais ce n’est qu’à la suite de la déclaration d’Indépendance, dans un immeuble de Tel Aviv transformé en musée improvisé, que les choses sérieuses ont commençé.

Tout ceci est le souvenir collectif. Je voudrais relater mon souvenir personnel.

Lycéen, j’ai rejoint d’abord « l’Irgoun », l’un des trois groupes clandestins ayant combattu le régime du Mandat britannique.

Lorsque Ben Gourion a proclamé l’Etat d’Israël, je faisais partie d’un petit groupe de curieux rassemblés à l’extérieur du musée.

Sans explosion de joie, ni manifestation d’allégresse. Une fois terminée la cérémonie tout ce monde est rentré chez lui, sans imaginer l’ampleur du conflit qui commençait le lendemain, et qui dure toujours.

Le jeune Etat, peuplé tout juste de quelques centaines de milliers d’habitants, devait dès le lendemain se défendre contre les armées régulières, bien armées, en provenance de six pays arabes voisins.

Tsahal n’avait que quelques milliers de jeunes, sortis de la clandestinité, peu entraînés et mal equipées.

La situation se présentait très mal, aussi Ben Gourion a prit une décision sans précédent, ni avant ni après – la mobilisation générale des jeunes de 17 ans, y compris les promotions des lycées.

C’est ainsi que je me suis trouvé avec d’autres lycéens – ayant accueilli cette aventure, il faut le reconnaître, avec une grande joie – dans un centre de recrutement.

On ne se souciait guère d’être arraché du lycée un an avant le bac. On avait plus urgent à faire.

Ayant fait mes classes, et à l’issue d’entraînements assez élementaires, j’ai opté de sevir dans une des trois brigades du Palmach, l’unité d’élite de la Hagana pendant le Mandat britannique.

Ayant integré Tsahal, ce fut la force de frappe contre les armées arabes.

La brigade à laquelle j’étais affecté avait combattu dans le sud du pays face à l’armée égyptienne, bien supérieure en hommes et en matériel.

Des combats féroces, plusieurs autour de moi sont morts ou étaient blessés.

Lors de la bataille pour la conquête de Beersheva, nous avons combattu auprès du régiment no. 75, surnommé “Le Commando français“, composé de quelques volontaires mais surtout de nouveaux immigrants Maghrébins, connaissant à peine l’hébreu.

Leur chef était le commandant Thadé Duffre, alias “Teddy Eytan“’, un personnage légendaire, volontaire français non-juif, ancien officier de la Légion étrangère. Bien plus tard, en France, il est mort dans un accident de la route.

D’autres combats, encore des amis morts ou blessés, pour terminer en beauté par la prise de Oum Rashrash, aujourd’hui Eilat.

Ce n’est qu’au début de 1949, après la signature des accords d’armistice, fixant les nouvelles lignes établies selon le cessez-le-feu, que notre contigent de lycéens a été démobilisé provisoirement afin de reprendre les études et passer le bac.

Drôle de Bac, ayant probablement pris en considération les “héros fatigués“…

Au bout de six mois on a repris du service, jusqu’à la demobilisation. Mais l’engagement n’était pas terminé et continuait bien longtemps en tant que réservistes.

Encore des guerres, encore des victimes, encore des devoirs et déboires. Mais ceci est une autre histoire.