Triste jour pour la démocratie israélienne. Dimanche 27 décembre 2015, les ministres israéliens ont voté et adopté un texte portant nettement atteinte à la démocratie israélienne, aux libertés et au pluralisme politique.

A l’initiative de la ministre de la Justice Ayelet Shaked, le texte prévoit que les ONG financées à 50 % par des fonds étrangers devront déclarer les noms et adresses des donateurs. Les membres des ONG devront désormais porter des badges spécifiques quand ils se présenteront devant les différentes commissions, sous peine de payer une amende de plus 7000 dollars.

Par ce biais, le gouvernement veut museler une partie de la population qui la dérange, en exerçant une pression politique et financière sans précédent sur les ONG israéliennes – et particulièrement celles de gauche – et sur leurs donateurs. Sur un plan purement technique, le texte doit encore être soumis à la Knesset en plusieurs lectures.

On pourrait dire qu’il s’agit là de renforcer la transparence. Mais le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’en est pas à sa première tentative d’accaparement du pouvoir, d’autoritarisme, et de volonté d’une « pensée unique » penchant de son côté.

Rappelons qu’il totalise aujourd’hui à lui seul un nombre de mandats affolant : Premier ministre, ministre des Affaires étrangères, ministre de l’Intérieur, ministre de l’Economie, ministre des Télécommunications et ministre de la Coopération régionale. En effet, c’est dur d’avoir des ministres quand on ne veut pas les laisser parler. Et il est dur de former une coalition viable quand on gagne le pouvoir avec des résultats si proches de ceux de l’opposition. Il faut reconnaître qu’il s’agit-là, aussi, des conséquences des difficultés intrinsèques à la proportionnelle intégrale comme mode d’élection et de gouvernance.

Mentionnons aussi l’accord gazier plus que controversé que Netanyahu a fait passer de force à la mi-décembre en invoquant une clause jusqu’ici jamais invoquée dans l’histoire du pays. La clause 52 de la loi anti-trust permet de faire exception au respect de cette loi si le ministre de l’Economie invoque des questions de sécurité ou de politique étrangère. En faisant tomber l’accord gazier dans le domaine sécuritaire et politique, il a ainsi fait fi de l’opposition de la Commission des Affaires économiques de la Knesset qui s’est prononcée contre l’accord et contre le recours à cette clause, et a aussi fait fi de l’opinion d’une bonne partie des Israéliens réticents quant aux modalités de l’accord.

La députée de l’Union sioniste Tzipi Livni a tweeté que cette loi constitue « une autre brique dans le mur de solitude que ce gouvernement construit autour d’Israël». Exactement. Cette loi va encore créer des problèmes diplomatiques avec l’Europe et les Etats-Unis, sachant que le problème du boycott des produits israéliens développés dans les implantations en Territoires palestiniens est encore à l’ordre du jour et n’a pas fini de faire du bruit. Tout cela ne fait que rajouter de l’huile sur le feu.

Le Premier ministre est responsable d’une dérive autoritaire du pays. Ce dernier invoque à chaque intervention, et selon ses besoins politiques du moment, la sécurité. Il agite ce concept cher aux Israéliens ne serait-ce que pour leur simple survie, comme s’il en avait le monopole. Et ce brainwashing fonctionne en partie car les Israéliens, dans leur quotidien, sont littéralement et légitimement obsédés par la peur du terrorisme ainsi que par leur sécurité: celle de leurs enfants en les amenant à l’école, celles de leurs enfants qui servent dans les rangs de l’armée, la leur quand ils se rendent au travail, prennent le bus, font leurs courses, puis la sécurité du pays entier.

Au nord d’Israël, il y a le Hezbollah chiite libanais, au sud-ouest, la bande de Gaza est aux mains du Hamas, il faut aussi compter aujourd’hui avec les menaces de l’ « Etat » proclamé islamique sur les terres volées et pillées de Syrie et d’Irak, pas plus tard que le samedi 26 décembre dernier. Bakr al-Baghdadi a déclaré à l’attention des Israéliens : « Nous nous rapprochons chaque jour. […] Les Israéliens nous verront prochainement en Palestine ». Voilà de quoi profite le Premier ministre: de la panique ambiante inhérente à la situation géopolitique et militaire de l’Etat hébreu.

Netanyahu et ses ministres d’extrême droite dégradent à la fois l’image et la démocratie d’Israël. Seul le président Reuven Rivlin, (du parti Likoud lui aussi – comme quoi il s’agit bien d’un problème de personnalité plus que de tendance politique), se comporte en politicien responsable, en ayant des déclarations pesées, modérées et en ne tirant aucun profit des peurs des uns ou des autres. Ce dernier possède une réelle vision diplomatique à long terme, et donne une image d’Israël davantage conforme aux vœux des Pères fondateurs qui ont construit le pays.

La richesse d’Israël, c’est de compter, entre autres, des partisans de gauche, de droite, du centre, des personnes apolitisées, des religieux mais aussi des laïques, des traditionalistes, des juifs, des musulmans sunnites mais aussi chiites (le centre de la minorité bahaïe se situe en Israël), des chrétiens. Des ONG qui travaillent, qui font des enquêtes, qui dénoncent, des personnes qui se positionnent aussi contre ces ONG. Des montagnes, des déserts, plusieurs mers, deux langues nationales et une infinité de langues que l’on entend parler dans le bus, dans le tramway, dans les rues, dans les magasins. Voilà la richesse du pays.

Netanyahu n’a pas à faire taire la frange des Israéliens qui le dérange ! Oui, ce que déclarent les ONG ne remplit pas de joie les Israéliens, oui parfois c’est difficile à entendre. Mais dans la mesure où Israël est une démocratie, chacun a le droit à la parole. La seule limite est l’incitation à la violence ou au meurtre. Les ONG critiquent Israël, le gouvernement, l’armée, oui. C’est même une partie de leur travail. Les seuls régimes sous lesquels les critiques n’existent pas sont les régimes totalitaires. Israël est la seule démocratie du Proche-Orient, c’est là son rempart fondamental.