Le premier ministre Benjamin Netanyahou a rencontré le président azéri Ilham Aliyev au Palais Zagulba de Baku, en Azerbaïdjan, le 13 décembre 2016, à l’occasion de sa visite officielle dans ce pays peuplé de 10 millions de musulmans, à 98 % chiites. C’est la consécration d’une longue période de collaboration entre ces deux pays qui est due à l’activisme du ministre israélien, Avigdor Lieberman. Il avait fait part, le premier publiquement, de ses doutes sur la solidité de l’alliance turque et dans ce contexte, il avait tenté de la combler par une ouverture vers les pays du Caucase, l’Azerbaïdjan en particulier.

Cette région avait été arrachée à l’Iran par la Russie tsariste, puis remodelée par les soviétiques qui ont sécularisé sa population. Les dirigeants de l’Azerbaïdjan, comptant parmi les élites politico-intellectuelles sensibles aux valeurs de l’Occident, ont été très inquiets de l’avènement du régime islamique en Iran.

Les péripéties nucléaires du régime ont rendu exécrables les relations entre ces deux pays. La frontière commune, qui s’étend sur 560 kilomètres, est devenue une barrière idéologique dont s’est servi Israël pour ouvrir de nouvelles alliances et un nouveau front, réplique aux alliances de Téhéran avec le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza.

Les Iraniens ont d’ailleurs discrètement mobilisé des troupes au nord-ouest du pays, au bord de la mer Caspienne, parce que le régime des Mollahs a peur des gesticulations en Azerbaïdjan. Les États-Unis et Israël ont fait de cette ex-République soviétique un atout dans la guerre secrète qu’ils mènent contre l’Iran et ses ambitions nucléaires.

Par mesure de précaution, le régime de Téhéran a envoyé ses meilleures troupes, les plus fidèles, les Gardiens de la Révolution, pour s’opposer éventuellement aux forces américaines et israéliennes qui seraient, selon l’Iran, concentrées à sa frontière nord.

Il s’inquiète des bases de l’Otan installées depuis janvier 1999. Mais, pour la première fois depuis 1946, l’aviation russe est déployée en Iran, sur la base de Nojeh à Hamedan. Les trois premiers bombardiers supersoniques russes à géométrie variable et long rayon d’action TU-22M3 viennent d’atterir à Hamedan, dans l’ouest de l’Iran.

Certes, il s’agit de bases utilisées pour lancer des frappes russes en soutien à Bachar al-Assad en Syrie mais l’Azerbaïdjan se montre prudent et préfère se réarmer. Cet ancien satellite soviétique est totalement sous influence occidentale depuis 2008, à la suite de la signature de contrats d’armement israélien de plusieurs centaines de millions de dollars.

Israël dispose ainsi de facilités dans ce pays limitrophe de l’Iran, lui permettant d’avoir un œil électronique permanent sur tout ce qui s’y passe. Des indiscrétions israéliennes permettent d’affirmer que des avions militaires de l’État juif s’entraînent dans l’espace aérien de l’Azerbaïdjan pour tester la réaction des systèmes de défense iraniens.

Les généraux iraniens ont annoncé qu’ils avaient pris des mesures pour contrer « une attaque de forces conjointes américaines et israéliennes basées en Azerbaïdjan, qui se prépareraient à lancer une offensive contre des installations nucléaires sur le territoire iranien ».

Les services de renseignement iraniens laissent entendre qu’Israël a transféré vers l’Azerbaïdjan, via la Géorgie, autre nouvel allié de l’État juif, plusieurs escadrilles de bombardiers à des fins d’exercice tandis que des troupes spéciales américaines viennent de s’installer à la frontière dans l’intention, selon eux, d’aider à une éventuelle frappe.

Des convois iraniens de chars, d’artillerie, d’unités anti-aériennes et d’infanterie avaient été vus se dirigeant sur les axes menant à la frontière nord. Les Iraniens craignent toujours une attaque préventive israélienne bien qu’elle ne soit plus dans les cartons depuis l’accord sur le nucléaire qui cependant n’engage en rien les Israéliens.

Une présence physique israélienne à la frontière entre l’Iran et l’Azerbaïdjan n’a jamais été reconnue officiellement, mais les services de renseignement occidentaux attestent de l’augmentation du nombre de « conseillers techniques militaires juifs ».

Des sources du renseignement israélien avaient révélé que le porte-avions Harry S. Truman avait mouillé au large des côtes sud-ouest d’Israël en juin 2010 à des fins prétendues d’interception d’éventuels tirs de missiles ou de roquettes contre des cibles américaines ou israéliennes au Moyen-Orient.

En fait, durant cinq jours, 60 bombardiers super-Hornet F18 s’étaient exercés à simuler des missions de bombardement contre des objectifs proposés par l’aviation israélienne dans sa base Nevatim-2 en plein désert du Néguev. Cet exercice avait été doublé par une autre simulation des forces aériennes israéliennes qui avaient fait décoller 60 F-16 depuis des bases en Allemagne et en Roumanie pour tester le ravitaillement en vol sur une longue distance.

Le président Obama avait alors donné ordre de garder secrète l’information sur cet exercice aérien américano-israélien, baptisé Juniper Stallion 2010. L’objectif de cet exercice de grande ampleur mettait en scène une simulation d’une attaque de missiles en provenance d’Iran ou du Hezbollah en raison d’informations nouvelles confirmant que l’arsenal opérationnel de missiles à moyenne portée, détenus par l’Iran, la Syrie et le Hezbollah, a doublé. Ces informations avaient transpiré pour parvenir jusqu’aux Iraniens qui ont déclenché une alerte générale.

Le lancement par les Israéliens du satellite espion Ofek-9, doté d’une caméra de très haute résolution, signifie aussi pour les Iraniens que l’armée israélienne accroît significativement ses possibilités de recueillir des informations sur les infrastructures nucléaires et militaires du pays.

Le chef de l’agence spatiale israélienne a estimé qu’à « partir d’aujourd’hui un pays ne pourra plus mener d’activités secrètes au Proche-Orient. Les Iraniens ne pourront plus transférer des substances sans que nous le sachions ». Il est reconnu qu’Israël utilise trois satellites pour notamment observer l’Iran et les traces de son programme nucléaire.

Des bruits de bottes se font entendre de temps en temps dans la région, avec des annonces de mobilisation chez les Iraniens. Cela peut faire partie d’une manœuvre d’intoxication à l’intention des Occidentaux pour leur faire comprendre que l’Iran est prêt à toutes les éventualités militaires.

Il peut s’agir aussi d’une réelle crainte iranienne qui mesure à présent le risque croissant avec l’arrivée dans l’arsenal israélien des avions furtifs F-35, capables d’agir à longue distance. Ces démonstrations militaires, de grande envergure, pourraient aussi préfigurer l’occasion de négociations.

Dans ce contexte, l’Azerbaïdjan reste très prévoyant face aux capacités de nuisance des mollahs iraniens. Il consolide son armée avec des achats d’armes israéliennes pour un montant de cinq milliards de dollars alors qu’Israël peut se fournir en pétrole chez son client. Israël garde toujours le secret sur ses échanges militaires mais le président azéri, lui-même, a choisi de dévoiler les chiffres exacts de la collaboration militaire avec les industries militaires israéliennes.

En fait ces relations avec un pays musulman, mais laïc, avaient aussi pour but de contrebalancer celles avec la Turquie qui n’ont pas encore retrouvé la chaleur d’antan. Enfin Baku serait intéressé par l’achat du système de défense anti-missile israélien Dôme de Fer, un projet qui a été abordé pendant la visite de Netanyahou.

L’Azerbaïdjan avec la Turquie sont le symbole d’une coopération militaire entre un État musulman et un État juif.