Tout est réglé entre Israël et la Russie ; les relations de non-agression avaient été actées même s’il existe quelques tirages ou des frictions mineures entre les deux pays. Mais il n’y a aucun risque qu’un incident puisse prendre de grandes proportions, ternir la connivence tacite et surtout conduire à une escalade dangereuse. Si les dirigeants israéliens se taisent, ils confient aux militaires le soin d’exprimer parfois de la mauvaise humeur.

Le commandant en chef de la marine israélienne, l’Amiral Dror Friedman, trouve pesante la présence de la Russie dans la région, dans le port de Tartous en Syrie en particulier.

Il s’en est ouvert le 15 mars à la radio israélienne : « Vous êtes témoins des activités des Russes qui ont l’air de vouloir rester longtemps à nos côtés en Méditerranée ! Suivez leurs agissements dans le port de Tartous en Syrie. Cela ne ressemble pas à l’attitude d’un État qui voudrait quitter du jour au lendemain la région.

La présence militaire russe en Syrie a littéralement changé le modus operandi des forces navales israéliennes dans la région. Il existe des cas où Israël a été amené à revoir son action ou à la stopper tout simplement. Il est vrai qu’Israël ne veut pas se trouver dans une situation face aux Russes, qui puisse porter au grand jour ses réelles capacités».

Friedman a aussi soulevé la question du déploiement du porte-avions russe Amiral Kuznetsov qui croise en Méditerranée : «Avec une telle mastodonte installée à nos portes, Israël serait contraint de changer de comportement».

L’Amiral a pris cette position quelques jours avant que des missiles sol-air aient été tirés depuis le territoire syrien visant des chasseurs israéliens qui venaient d’effectuer des frappes sur plusieurs cibles se trouvant sur le territoire syrien.

Selon Tsahal : « Dans la nuit du 17 mars, les chasseurs israéliens ont frappé plusieurs cibles en Syrie. Après avoir accompli leur mission, ils ont été attaqués par des missiles sol-air tirés depuis la Syrie. À aucune étape, la sécurité des citoyens et des avions israéliens n’a été menacée ».

Un officier israélien a révélé qu’Israël s’était défendu en tirant un missile Arrow contre une fusée syrienne qui représentait une «menace balistique».

Le premier ministre Netanyahou a justifié ces frappes aériennes contre de l’armement sensible en cours de transfert au Hezbollah libanais. Il existe une constante en Israël d’empêcher impérativement le réarmement de la milice chiite.

Le ministre de la Défense, Avigdor Lieberman, a menacé de « détruire tous les systèmes syriens de défense aérienne sans la moindre hésitation » si la Syrie se permettait de viser à nouveau des avions israéliens. Il s’agit bien sûr d’un excès de langage.

Le ministre des Affaires étrangères de Russie, Mikhaïl Bogdanov, a convoqué l’ambassadeur d’Israël, Gary Koren, pour « exprimer sa préoccupation » suite au raid aérien de quatre chasseurs israéliens contre une base militaire syrienne non loin de Palmyre, mais on ne peut pas dire qu’il y ait eu condamnation russe.

Deux explosions ont été entendues expliquant l’entrée en action du système antimissiles. Selon l’armée jordanienne, des débris de missiles syriens visant les avions de combats israéliens ont été découverts sur le territoire de la Jordanie. Cette confrontation est la plus sérieuse entre Israël et la Syrie depuis le début de la guerre civile en 2011.

Il ressort de cet incident que l’armée syrienne ne coordonne pas totalement ses actions militaires avec la Russie, donnant l’impression que Bachar el-Assad veut à présent faire cavalier seul et changer les règles du jeu.

Des dizaines de frappes aériennes ont été menées jusqu’à présent sans que le gouvernement israélien ne les reconnaisse. Elles n’étaient pas menées contre la Syrie mais visaient des convois du Hezbollah en route vers le Liban. Or ces dernières frappes ont été les premières que Tsahal a accepté de confirmer officiellement parce qu’il y avait urgence à une mise en garde.

Israël a estimé devoir avertir les forces syriennes de défense aérienne qui ont lancé un missile à longue portée pour tenter d’abattre les chasseurs israéliens. Certes le missile a été lancé tardivement sans mettre en danger les avions, mais il aurait pu tomber sur des zones habitées en Israël, s’il n’avait pas été intercepté par un missile Arrow-2.

D’ailleurs une forte explosion a été entendue jusqu’à Jérusalem tandis que des débris du missile sont tombés en Jordanie. Le général de brigade Zvika Haimovich, commandant de la Défense aérienne de l’IAF, a confirmé que « la décision d’intercepter le missile était correcte et justifiée. Le missile se déplaçait dans une trajectoire balistique qui menaçait les communautés à l’intérieur d’Israël. La décision de l’intercepter était donc bonne ».

Le premier ministre Netanyahou avait lui-même donné l’ordre pour cette attaque, avec une intention très précise. Il s’agissait pour lui de marquer son opposition ferme à la présence des militaires iraniens en Syrie qui risquent de se tourner à présent contre Israël puisque Daesh est en partie neutralisé. Il s’en était ouvert à Poutine lors de son déplacement à Moscou.

Il semble que les Russes aient compris la position israélienne et donné leur accord pour le survol du territoire syrien si leurs forces, ni celles de l’armée régulière syrienne, n’étaient pas visées. Cela explique la réaction mesurée de Poutine qui n’a pas fait intervenir ses systèmes sophistiqués de défense aérienne déployées à proximité du lieu de frappe.

Assad a pris seul l’initiative de lancer son missile sans en informer ses autorités russes de tutelle. Il voulait marquer son autonomie de décision sur son territoire et mettre en garde contre une décision internationale de le mettre hors-jeu :

« La protection des frontières de la Syrie est notre droit et notre devoir. Si nous ne faisons pas cela en tant que gouvernement, le peuple syrien nous condamnera».

Un baroud d’honneur. Mais en visant les avions israéliens il a surtout montré sa faiblesse à agir librement chez lui et à contrôler son espace aérien. La Russie a prouvé de son côté qu’elle était prête à jouer un rôle modérateur dans la région pour éviter une confrontation sévère entre Israël et la Syrie.

Une guerre israélo-syrienne est peu probable dans l’immédiat, à l’exception de quelques escarmouches liées à la sensibilité à fleur de peau du dictateur syrien.

https://benillouche.blogspot.fr/2017/03/israel-teste-le-role-moderateur-de-la.html