Les derniers événements, dont la tournure a été mal négociée, montrent que Benjamin Netanyahou se comporte non pas en homme politique prévoyant mais en idéologue pur dur qui ne change pas de braquet même quand la pente est dure.

Souvent avec démagogie, il arrive toujours à s’en sortir, donnant ainsi l’impression qu’il est inamovible. Son électorat religieux et paradoxalement populaire lui assure son poste malgré une politique ultra-libérale qui matraque les pauvres et la classe moyenne et malgré son refus d’envisager toute négociation de paix.

À la manière de Nicolas Sarkozy, son jumeau en politique, il a montré qu’il était prêt à toutes les compromissions pour garder le pouvoir.

Comme lui, il traîne des casseroles politiques et judiciaires qui n’en finissent pas d’éclater mais il reste, pour l’instant, intouchable grâce à la bonté du procureur général d’Israël, Avichai Mandelblit, qui lui est redevable d’avoir été nommé par lui à ce poste sensible. Les affaires traînent donc pendant que le bateau Israël tangue au gré des vagues, vent debout, ivre d’insolence.

On qualifie Netanyahou de «politiquement modéré» comparativement à ses amis de la coalition mais on oublie qu’il a été à l’école du sionisme révisionniste de son père, proche collaborateur de Zeev Vladimir Jabotinsky.

Il a donc été pétri de la même haine de la gauche, accusée souvent de lâcheté, voire de trahison parce qu’elle ose discuter avec ses ennemis. Alors à la barre de son bateau ivre, il se comporte au gré du temps, en vrai politicien, fléchissant parfois, reculant pour éviter les récifs, changeant de cap après s’être fourvoyé dans le mensonge.

Son plus gros mensonge a été proféré à l’université Bar Ilan en 2009 quand il avait fait croire à l’inéluctabilité de la création d’un État palestinien, mais en rejetant totalement cette idée.

Son obstination est de croire que les non-Juifs sont tous des antisémites pour justifier que le peuple juif doit développer sa force physique et morale, en usant d’une capacité militaire comme seul moyen de neutraliser l’adversaire.

L’expérience du pouvoir ne l’a pas affiné pour devenir, avec le temps, le Sage dont le pays a besoin. Il reste le militant pur et dur du Likoud. Il est certes adroit politiquement parce qu’il évolue au gré du vent.

Il dit souvent à ses interlocuteurs qu’il est pour un État palestinien mais il fait tout pour en empêcher l’avènement par des mesures sécuritaires, géographiques et politiques.

Il est à l’origine du populisme à l’israélienne en jouant sur la peur, en insistant sur l’identité juive du pays alors que dans la Déclaration d’indépendance de 1948 signée par Ben Gourion, la reconnaissance de la judéité de l’État d’Israël y figure en toutes lettres, sans pour autant instituer une religion d’État.

Alors, avec un alibi contestable, il impose que les négociations avec les Palestiniens ne puissent reprendre que s’ils reconnaissent la qualité de Juif de l’État alors que c’est aux Juifs eux-mêmes, et aux Israéliens en particulier, de définir ce que doit être leur État.

Les Israéliens n’ont pas besoin de tiers, ni des Arabes, pour affirmer qui ils sont ; la déclaration d’indépendance suffit. Mais pour Netanyahou, tout obstacle est bon pour bloquer le chemin du dialogue.

En exprimant sa passion idéologique, Netanyahou arrive à masquer tous les problèmes économiques de l’État en focalisant sur le danger iranien, en refusant tout dialogue avec les Arabes et en se soumettant aux désiderata des habitants messianiques des implantations.

Sous prétexte du danger qui entoure le pays et le peuple, imposant des budgets importants pour la défense, il a détricoté les mesures sociales créées par l’historique parti travailliste de Ben Gourion et de Rabin.

Il a certes favorisé le développement d’une économie florissante, dans un système libéral où les riches deviennent plus riches et la classe moyenne de plus en plus pauvre, aggravant ainsi les inégalités. D’ailleurs les premières victimes sont les immigrants francophones qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts et qui ralentissent leur arrivée.

La conduite de la dernière crise des portiques prouve que le Premier ministre n’a pas de stratégie élaborée. Il n’a pas conçu de plan à long terme. Il improvise une politique, souvent sans concertation avec l’armée ni avec les services sécuritaires parce qu’il semble disposer du droit divin attribué par ses électeurs.

Il agit plus en fonction de la manière de neutraliser ses adversaires politiques plutôt que dans l’intérêt du pays. Il ne semble pas tenir compte des leçons du passé parce qu’il devrait savoir que tout modification du statu quo porte les germes d’une véritable conflagration ; Ariel Sharon en avait fait l’expérience d’une incursion douteuse sur le Mont du Temple en 2000.

Netanyahou avait pourtant réussi à désamorcer l’escalade des premiers troubles en téléphonant directement à Mahmoud Abbas pour le rassurer sur ses intentions mais il a ensuite pris une décision solitaire, sans l’accord des militaires ni de la police. La précipitation à vouloir installer des portiques de sécurité en pleine crise brûlante, sans mesurer les conséquences, a été une erreur.

Cela aurait pu être fait dans le calme, quelques jours ou quelques semaines plus tard, lorsque les tensions auraient été moins exacerbées. L’allié jordanien n’a pas été consulté alors que le lieu saint du Mont du Temple est administré par les services de la Jordanie.

Le roi Abdullah doit maintenant montrer qu’il n’est pas la marionnette d’Israël et il a besoin d’une solution dans laquelle il ne perde pas la face. L’Autorité palestinienne n’a pas été impliquée elle-aussi.

La décision du Premier ministre a été rapide, sans véritable concertation, transmise par un coup de fil avant de s’embarquer pour Paris et Budapest. Comme à l’accoutumée, les ministres n’ont pas trouvé à redire tant ils étaient pressés de mettre leur petit doigt sur la coupure du pantalon.

Ils n’ont pas usé de leur prérogative d’intervenir dans la conduite de la politique du pays sachant que s’opposer au Premier ministre aurait mis fin à leur carrière politique. Dans sa décision purement sécuritaire, il n’a pas tenu compte des implications politiques et diplomatiques.

Netanyahou s’est mis lui-même dans une impasse. Enlever les détecteurs serait interprété comme un signe de faiblesse ou une sorte de capitulation devant la menace arabe. Maintenir les détecteurs entraînerait une aggravation de la violence dans toute la Cisjordanie et même au sein du monde arabe ; la Jordanie en a été le premier exemple.

Netanyahou est versatile, incapable de prendre des décisions fermes parce qu’il doit satisfaire les diktats des membres extrémistes de sa coalition et parce qu’il est préoccupé de neutraliser, au sein de son propre gouvernement, les manœuvres de ses adversaires politiques qui ne visent qu’à prendre sa place.

Alors, il ne pense qu’à sa survie politique ce qui ne lui permet pas de prendre les décisions judicieuses tandis que ses ministres, qui ne songent qu’à durer dans leurs fonctions, n’ont plus la capacité de conseil qui leur est dévolue.

Pris à défaut, le ministre de la sécurité intérieure, Guilad Erdan, n’a pas eu d’autre choix que de reporter la responsabilité de la situation sur les forces de sécurité qu’il est censé commander, prétextant que «Tsahal ne l’aurait pas mis en garde des conséquences prévisibles de cette décision».

Mais par mauvaise foi, il omet de préciser que lors de la dernière réunion du cabinet de sécurité, les chefs militaires et ceux de la sécurité intérieure (Shabak) avaient été unanimes à s’élever contre les portiques car ils comportaient «le risque d’une dangereuse aggravation de la situation».

Le résultat de la crise autour de l’esplanade du Temple ne s’est pas fait attendre. Les tensions exacerbées ont été à l’origine de l’incident du 23 juillet 2017 à Amman où une fusillade dans les locaux d’Israël a fait deux morts. Une nouvelle crise diplomatique oppose désormais les deux pays, la Jordanie et Israël.

Les autorités jordaniennes interdisent l’évacuation du personnel et des diplomates retranchés dans l’ambassade d’Israël à Aman avant d’avoir pu interroger l’agent de sécurité israélien qui a abattu un ouvrier jordanien qui venait de le poignarder avec un tournevis. Jérusalem refuse tout interrogatoire conformément à la convention de Vienne.

Émile de Girardin avait écrit que «gouverner c’est prévoir». C’est pourtant une lacune de Netanyahou qui n’a pas mesuré toutes les conséquences d’une décision rapide, appliquée en dépit du bon sens et sans concertation.

Certains de ses adversaires estiment qu’il s’agit du meilleur moyen pour lui d’étouffer médiatiquement les dossiers judiciaires en cours qui risquent d’exploser depuis que l’homme d’affaires Miki Ganor est passé du statut de suspect dans la transaction sur les sous-marins allemands à Israël, à celui de «témoin à charge de l’accusation».

La parole va être libérée tandis que les Israéliens craignent de ses aveux une onde de choc qui risque de se diffuser jusqu’à Benjamin Netanyahou. La police dispose en effet de preuves accablantes sur l’implication de proches du premier ministre dans cette affaire.

Fidèle au principe de l’inertie imposée par Netanyahou, le cabinet sécuritaire a mis un terme à plus de six heures de délibérations sur la crise du mont du Temple, aux premières heures de la matinée du 24 juillet, sans que soit prise aucune décision majeure. On attend, on ne décide pas, telle est la devise du gouvernement.

Les dirigeants refusent de se prononcer avant une nouvelle condamnation prévisible d’Israël par l’ONU. La France, la Suède et l’Égypte ont en effet demandé une session urgente du Conseil de Sécurité pour statuer sur la violence à Jérusalem.

L’émissaire du président américain Donald Trump pour le Proche-Orient, Jason Dov Greenblatt, était par ailleurs en route pour Israël le 24 juillet pour tenter d’apaiser les tensions.

Arie Avidor, ancien ambassadeur, conclut en donnant son opinion fondée sur son expérience :
«Le raisonnement cartésien ne peut en aucun cas faire oublier que le mont du Temple est une poudrière prête à exploser à la moindre étincelle c’est-à-dire au moindre prétexte.

Tous les leaders responsables de l’État d’Israël l’ont toujours pris en compte, à commencer par Moshe Dayan qui dès le 7 juin 1967 ordonnait de retirer le drapeau israélien que des militaires y avaient hissé.

La décision d’installer des portiques de sécurité a été prise par Guilad Erdan, le ministre de la Sécurité intérieure, et entérinée par Netanyahou sans concertation et contre l’avis de Tsahal, des services de sécurité et une partie du haut commandement de la police pour lesquels les conséquences d’une telle décision ne pouvaient être que désastreuses.

Pour survivre au Moyen-Orient, il ne suffit pas de clamer son bon droit ; il faut surtout agir de manière intelligente».

Le Cabinet de sécurité a décidé de retirer les portiques détecteurs de métaux pour les remplacer par des équipements d’inspection avancés capables de reconnaître le visage et de détecter les armes dissimulées et les explosifs.

Des morts, du temps perdu alors que cette solution aurait pu être prise avant, après concertation.

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