Beaucoup de personnes à travers le monde, et même souvent parmi mes coreligionnaires, pensent que le monde entier est antisémite. (Combien de fois n’ai je entendu cette phrase : tout ce qui n’est pas juif est antijuif). Et si pas le monde entier, en tous cas, une très grande majorité de gens le sont.

Pour le pays d’Israël, c’est à peu près le même phénomène. Toutes les nations du monde, seules ou réunies, s’entendent peu ou prou sur le fait que celui-ci représente un danger planétaire, qu’il faut au mieux limiter, au pire éliminer…

En fait, pour parler de façon caricaturale, dans leur grande majorité les peuples s’en prennent aux Juifs, et les nations s’en prennent à Israël.

Il faut dire que les raisons ne manquent pas qui justifieraient cette assertion.

Outre le fait avéré que les Juifs ont constamment étés chassés, spoliés, ou même massacrés dans à peu près tous les pays dans lesquels ils ont séjourné, mais de plus, même dans les démocraties où les Juifs sont bien traités et protégés, ils sont souvent considérés comme une entité différente du reste de la population.

Pour Israël le pays, l’obstinante volonté d’une grande partie des nations du monde, seules ou à travers l’ONU (à part, heureusement, les USA et la Micronésie) à toujours le condamner a propos de tout et de n’importe quoi, vient renforcer ce sentiment de haine d’Israël, et en tant que peuple, et en tant que nation.

Israël n’est pas tout seul, et tout le monde n’est pas antisémite

La presse internationale elle-même semble prendre un malin plaisir à donner d’Israël une image détestable, à l’accuser de tous les crimes, et contribue largement à renforcer la notion de bouc-émissaire chargé de tous les péchés du monde.

Bref, toutes les instances mondiales et tous les peuples s’accordent tacitement à propager cette idée qu’Israël est seul face au reste du monde, et qu’évidemment il en est le seul fautif.

Toutefois, malgré tous ces tristes constats, je pense que non, Israël n’est pas tout seul, et tout le monde n’est pas antisémite.

Oui, il y a des antisémites partout, même aux États-Unis et même chez certains Juifs un peu dérangés, mais il y a aussi un peu partout dans le monde, même chez les musulmans, quelques philo-sémites sionistes. Il existe bel et bien une minorité de personnes qui n’ont absolument rien contre le mot Israël, voire éprouvent de la sympathie pour ce petit peuple très actif. Une minorité certes, mais une minorité que je nomme qualitative…

Tantôt interdits, tantôt expulsés, tantôt massacrés, les Juifs durant toute leur histoire ont aussi profité de privilèges, de protections et de traitements de faveur. De fait, leurs rapports avec les peuples dans lesquels ils vivaient, n’ont jamais été simples, ni uniformes.

Disons qu’ils sont une gamme qui va de la haine à la méfiance, voire à la crainte. Mais qui s’accompagne aussi parfois de respect, d’admiration, voire de favoritisme.

Dès le départ, avant même de devenir un peuple élu, la Torah nous raconte que grâce à Joseph et à ses talents, les Bnei Israël vivant en Egypte ont bénéficié des largesses du Pharaon. Ils se sont multipliés et enrichis dans ce pays, jusqu’à ce qu’un nouveau Pharaon ne décide de les déchoir de leurs privilèges et d’en faire des esclaves.

Curieusement, cette mésaventure originelle s’est répétée de génération en génération, un peu comme si la future réalité historique de ce peuple s’était conformée aux écrits de leur Livre Saint.

Entre les paroles du Pharaon, les décisions d’Assuerus, les décrets papaux protégeant les juifs jusqu’au décret Crémieux faisant des Juifs algériens des Français à part entière, et d’autres exemples encore, les Juifs ont traversé les siècles soumis à une sorte de malédiction, allant de pair avec la Bénédiction Divine qui leur a permis de survivre à tout, de se sortir de tous leurs malheurs en revenant toujours renforcés de leurs épreuves…

Scénario tragi-magnifique qui s’écrivait, renouvelé à travers les siècles.

Jusqu’à l’avènement de la démocratie…

Démocratie dont on peut aisément assurer qu’elle a changé profondément la place du Juif dans les nations, et qu’elle est le système politique dans lequel ceux-ci peuvent vivre sereinement en sécurité. Même si certains de ces pays démocrates semblent vouloir mettre un point d’honneur à protéger leurs citoyens juifs, pour mieux condamner l’Etat d’Israël avec lequel ils entretiennent des rapports ambigus.

Se déclarant toujours « ami d’Israël » lors de leurs visites en Terre Sainte, mais étant toujours prompts à le condamner sur la scène internationale… Mais passons…

Il y a donc toujours eu un petit nombre de personnes qui ont protégé et défendu les Juifs. Cette minorité qualitative, que j’évoquais plus haut, refuse d’adopter les clichés antisémites ou anti-israéliens, parce qu’ils aiment penser par eux-mêmes, rechercher plusieurs sons de cloches avant d’émettre un avis, et refusent de se laisser embrigader par la horde menaçante de ceux qui prônent la haine d’Israël.

Ceux-ci voient avec d’autres yeux que ceux de la jalousie, de la crainte ou de la négation.

Tous ceux qui ont été reconnus « Justes parmi les nations » par Yad Vashem et dont, à juste titre, la mémoire est honorée, font évidemment partie de cette minorité .

Ils ont toujours existé, et ils existeront toujours !

Je veux au passage les féliciter, et les remercier en leur rendant hommage.

Donc non, Israël n’est pas seul contre tous. Aujourd’hui même, il est moins seul que jamais. Chaque jour, Israël le pays noue de nouvelles relations diplomatiques, même avec des états musulmans qui refusaient de reconnaître sa création jusqu’à peu.

Sentant l’antisémitisme réapparaître en leur sein, les démocraties font tout pour empêcher ses tristes expressions et luttent, parfois en légiférant, contre les appels incessants de groupes antisémites au boycott d’Israël… Heureusement et tant mieux !!

Mais hélas, il nous faudra faire encore longtemps avec l’antisémitisme et son cortège de haine et de bêtise…. C’est ainsi, c’est dommage, mais le chemin qui mène à la reconnaissance de qui nous sommes vraiment, est encore long…

Mais comme on dit en Hébreu : Am anetsakh lo mefared mi derekh arouka.

Le peuple éternel n’a pas peur d’un long chemin.