Je ne suis pas juive. Si je le précise d’emblée, c’est pour signifier que je n’ai aucune connaissance des traditions culturelles ou religieuses juives. Je ne suis pas catholique non plus, ni orthodoxe, bien que d’origine russe.

J’insiste sur mon inculture religieuse, je devrais dire ignorance complète, ce serait encore plus juste. Ceci étant posé, je me mets à l’abri des érudits et historiens qui pourraient se moquer de ma méconnaissance.

Si je prends la parole à nouveau dans les colonnes de mon blog du Times of Israël après un premier article que j’ai publié il y a un an, c’est que la situation en matière d’antisémitisme n’a fait que s’aggraver.

Ainsi, j’ai eu accès il y a quelques temps à une étude sur l’étendue des actes antisémites et des préjugés qui gangrènent notre société. Cette étude indique que 89% des étudiants juifs de France déclarent avoir subi un acte antisémite.

Par ailleurs, 18% des étudiants pensent que « les juifs utilisent dans leur propre intérêt leur statut de victimes du génocide nazi pendant la Seconde guerre mondiale », et 17% que « les juifs ont trop de pouvoir dans le domaine de l’économie et de la finance ».

Le regard porté sur Israël dans les médias est saturé par un antisémitisme larvé et persistant. On est obligé de rappeler l’évidence au moment du faux débat sur le sionisme et l’anti-sionisme.

Il n’y a aucune tergiversation à avoir, Israël est un état reconnu comme tel et l’anti-sionisme n’est rien d’autre que la remise en cause de cette réalité. Cet état cristallise sur lui toutes les passions et les conflits politiques et c’est bien pour cela qu’Israël doit être soutenu et défendu par tous ceux qui croient au monde libre et à la démocratie. Il n’y a aucune relation de mon point de vue avec la religion.

La remise en cause de l’état d’Israël, c’est-à-dire la volonté pure et simple de sa disparition, est une croisade politique ordonnée par les pires dictatures au monde, de celles qui torturent, qui assassinent leurs propres peuples et dont les fondements ne sont que haine vis-à-vis de l’occident dans ce qu’il a de progressiste, d’humaniste et de respect des droits humains.

Les discours alambiqués, voire pervers ou tordus de ceux qui font mine de confondre Israël et son gouvernement, sont selon moi directement associés à l’antisémitisme dormant, celui qui amène ces jeunes gens à adhérer à des théories et mouvements politiques qui les desservent eux-mêmes.

J’écris ici pour dire mon inquiétude, une inquiétude grandissante à quelques semaines des élections européennes. Les juifs, dont je me sens faire partie, si l’on comprend bien qu’ils sont les premiers visés par l’obscurantisme, que ce soit celui de l’extrême droite ou celui qui frappe nos pays démocratiques, l’islamisme, ne peuvent pas se passer de notre soutien comme nous ne pouvons pas nous passer du leur et de leur présence en France.

Or, actuellement, de nombreux juifs quittent la France. C’est une alerte sérieuse sur ce que nous devenons, sur ce que devient notre nation. L’ensemble de la jeunesse française, toutes religions confondues, est concernée par l’avenir de notre pays et plus largement par l’avenir de l’Europe.

S’il n’est pas trop tard, il faut que les non juifs s’associent à la cause d’Israël. Pas d’un point de vue religieux, d’un point de vue politique ou tout simplement humaniste. Le propre de la jeunesse est la recherche de la liberté, de la culture, laquelle combat aussi l’obscurantisme, de la conquête de nouveaux droits humains. La démocratie ne dure que si l’on se bat pour elle. Il ne faut jamais baisser la garde, il faut être vigilant en permanence contre tous ceux qui menacent nos droits et faire corps, être solidaires avec ceux qui les renforcent et assurent leur survie.

La montée des théories du complot et des actes antisémites est une véritable alerte. Parce que les juifs et Israël, qu’on le veuille ou non et malgré eux, sont le symbole qui nous indique où se trouvent nos libertés et nos droits. C’est pourquoi dès que l’on fustige l’état juif, qu’on soit jeune, catholique, musulman, journaliste, ou politique, on rejoint, consciemment ou non, les théories de nos propres ennemis.

Il faut sans cesse clarifier ce que représente Israël, seule démocratie du Proche-Orient. Il faut le répéter et le répéter encore face aux discours mensongers et pervers, celui de l’ONU comme celui de cette presse et de certains élus politiques qui prennent systématiquement faits et cause pour le peuple palestinien, sans chercher à comprendre quelle vérité se joue dans le conflit du Proche Orient.

Et ce sont ceux-là, les mêmes pour la plupart, qui dénoncent avec raison les actes antisémites. C’est comme si nous vivions, nous, non juifs, dans une sorte de magma intellectuel ou militant flou et aveugle. Ce que j’appellerais une forme de perversion puisque nous pensons et disons tout et son contraire.

Voilà pourquoi je prends à nouveau la parole dans ces colonnes. Le combat contre l’antisémitisme est incessant, tout comme celui que nous menons pour nos droits, nos libertés et la démocratie.