Il n’y a aucun doute que Réouven Rivlin s’est bonifié avec le temps dans ses fonctions de président de l’État d’Israël. Un signe qui ne trompe pas, les députés de gauche et de nombreux citoyens trouvent qu’il remplit avec efficacité sa tâche d’arbitre du pays.

Ce pur et dur du parti Likoud, qui faisait partie des «faucons», porte parfaitement ses habits de président intègre, impartial et profondément sioniste.

En fait, il a étonné parce qu’il s’est substitué à une opposition inexistante et atone en donnant de la voix par un discours imprévisible, voire politiquement violent. C’est inhabituel à l’occasion de l’ouverture de la session d’hiver de la Knesset.

Il a d’abord déploré la volonté de saper la Cour suprême dans le cadre d’une «tentative continue d’affaiblir les gardiens de la démocratie israélienne».

Il a mis en garde les législateurs israéliens contre la décision du gouvernement et de la Knesset de politiser les institutions de l’État : «Nous sommes les témoins d’un vent de changement ou d’une seconde révolution.

La règle de la majorité est la seule règle. Une nouvelle réalité est en train de se créer, dans laquelle tout est politisé : les media, les institutions démocratiques, le contrôleur de l’État, la Cour Suprême, les forces de sécurité.

Il y a rupture entre le pouvoir législatif et judiciaire puisqu’on veut modifier le mécanisme de nomination des juges avec des tentatives de terroriser la Cour et de l’affaiblir, avec une volonté de saper son autorité».

Il faisait alors allusion à Naftali Bennett, leader de Bayit Hayehudi, qui avait déclaré «qu’il y a des juges à Jérusalem qui ont oublié qu’il y a aussi un gouvernement à Jérusalem».

Bennett avait proposé des amendements qui empêcheraient la Cour suprême d’intervenir sur les questions de législation à la Knesset : «La Cour suprême n’est pas censée intervenir et nous dire si elle aime ou n’aime pas une loi spécifique.

C’est le travail de la Knesset. La Cour suprême ne peut pas annuler la volonté de la nation juste parce qu’elle n’aime pas cette loi». Or il veut modifier le rôle de la Cour suprême qui est de dire uniquement le droit et de juger si les lois votées sont conformes aux Lois Fondamentales, à l’instar de la Conseil Constitutionnel en France.

Le président de la Knesset, Yuli Edelstein, a lui aussi abordé la question avec plus de doigté : «La séparation des pouvoirs en Israël est devenue un mythe, une légende ; le rôle de la Knesset a été réduit à presque rien».

Le 23 octobre, le discours du président Réouven Rivlin, a été accueilli, fait exceptionnel, par les applaudissements de tous les députés de l’opposition. Ils ont découvert un dirigeant qui pouvait le mieux exprimer leur désarroi face à l’omnipuissance du gouvernement actuel.

Ils ont apprécié son langage déterminé pour avertir les députés que le gouvernement actuel conduisait Israël vers une voie dangereuse sur le plan démocratique or, selon lui, les institutions gouvernementales sont vitales pour la préservation de la démocratie.

Certes, le discours de Réouven Rivlin constituait une attaque en règle contre Benjamin Netanyahou, comme aurait dû le faire l’opposition si elle était unie et dirigée par un chef charismatique.

Mais l’opposition est divisée avec des membres, à l’attitude ambiguë, qui évitent de critiquer le gouvernement quand ils n’envisagent pas de rejoindre la coalition.

Ses membres donnent l’impression qu’ils sont désarmés et résignés puisqu’en interne, ils avouent que le gouvernement risque de durer encore longtemps. Leur action consiste à fustiger le Premier ministre accusé de vouloir faire voter des lois antidémocratiques.

Réouven Rivlin s’est porté au-dessus de la mêlée en garant des institutions. Il a défendu le chef de la police, les juges de la Cour Suprême, les Forces de défense israéliennes et le Shin Bet, qui ont tous été attaqués par des politiciens de droite, y compris par le premier ministre.

Sa position n’étonne pas car il entretient depuis longtemps des relations difficiles avec Netanyahou qui s’était opposé à sa nomination.

Mais les dirigeants du Likoud, ses anciens amis, l’ont lâché et ils sont montés au créneau pour condamner son intervention : «C’était clairement un discours politique et donc inapproprié».

Le président Rivlin est resté pourtant discret car il n’a pas abordé, même à travers une quelconque allusion, les différentes enquêtes concernant Benjamin Netanyahou ni les efforts des dirigeants du Likoud pour faire adopter une loi visant à protéger le Premier ministre contre d’autres enquêtes durant son mandat.

Mais fait exceptionnel, le procureur général Avichai Mandelblit, qui s’est jusqu’à présent distingué en bloquant ou en ralentissant les procédures, s’est opposé sans réserve à ce projet de loi.

Netanyahou mène son combat juridique pour survivre politiquement et toutes les méthodes sont bonnes. Il a consacré son discours à attaquer ses détracteurs.

Il a ridiculisé les médias et ses opposants politiques pour créer une véritable rupture entre la gauche et la droite, seule issue pour gagner les élections.

Alors que son discours d’ouverture devait porter sur son programme politique pour le restant de la législature, il n’a parlé que de lui et de généralités sur la vie en Israël : «Le pays connaît un essor diplomatique et économique sans précédent : en matière de sécurité, nous sommes plus puissants que jamais, nos fondations nationales sont solides.

Dans dix ans, nous serons un pays de 10 millions d’habitants avec un PNB d’un demi-milliard de dollars. Je rencontre des douzaines de dirigeants mondiaux qui nous admirent pour notre guerre ferme et déterminée contre le terrorisme, nos innovations technologiques et notre empressement à envoyer des équipes de sauvetage dans le monde entier».

Il s’est en passant glorifié et en a profité pour critiquer l’industrie de la morosité en ciblant les «journalistes, les politiciens et les partisans de la gauche qui jouiraient de la vie facile et de l’abondance en Israël et s’envoleraient pour des vacances fréquentes à l’étranger mais ne reconnaîtraient pas la grandeur du Premier ministre».

L’intervention de Netanyahou a été jugée sans haute tenue politique car le programme du gouvernement a été éludé. Mais l’opposition n’a pas su exploiter l’occasion qui lui était donnée pour contrer les choix politiques du Premier ministre.

Cela prouve qu’il est inattaquable et qu’il est plus solide que jamais au sein de son parti.

Il n’est pas certain que les diatribes échangées à la tribune de la Knesset par les deux hauts personnages de l’État puissent avoir un impact sur l’opinion publique israélienne.

Les critiques amères, violentes, le plus souvent sur un ton injurieux, restent pour l’instant circonscrites au sein de la Knesset. Une seule constatation cependant, l’opposition reste marginale.

https://benillouche.blogspot.co.il/2017/10/israel-querelle-au-sommet.html