La situation actuelle est un cul de sac, et c’est quand on en arrive là qu’on peut enfin ouvrir ses oreilles aux idées nouvelles.

Jeudi 3 septembre, à la terrasse d’un bar en plein centre de Tel Aviv, se tenait le congrès Israélo- Palestinien du peuple (Israeli-Palestinian Congress of the people).

Crée en 2009 par l’organisation Minds of Peace, ce congrès se tient plusieurs fois par an, en Israël ou dans les territoires palestiniens.

L’objectif de l’organisation est de tenir des négociations de paix en impliquant non pas les gouvernements mais les citoyens israéliens et palestiniens, en créant un débat public ou chacun, du militant au simple passant, est invité à participer.

De 16 à 86 ans, venant des villes ou des villages, des kibboutz ou des implantations, Juifs et Arabes, religieux et laïques, les participants ressemblent à la diversité de leurs sociétés.

photos pour les blogs_Fotor

Crédit : Chloé Perla Portheault

Toute la journée, les discussions sont traduites de l’Hébreu à l’Arabe et de l’Arabe à l’Hébreu par les organisateurs ou par les participants qui sont nombreux à parler les deux langues couramment.

Après une première session de négociations vient la pause déjeuné. A table, on arrête momentanément de parler de paix pour parler, tout simplement. Je mange en compagnie d’Ahmed et Huthayfa, étudiants de Jérusalem Est, et d’Alyia, octogénaire israélienne.

Alyia raconte qu’elle apprend l’Arabe depuis peu mais que malheureusement sa mémoire n’est plus ce qu’elle était. Ca ne l’empêche pas d’essayer d’utiliser tous les mots qu’elle connait, encouragée et félicitée par les deux jeunes palestiniens. Tout semble les séparer et pourtant, la conversation est si joyeuse, si naturelle. C’est une combinaison improbable et qui fait des merveilles.

Avant de revenir aux négociations, j’ai l’occasion de discuter avec quelques participants et de leur demander ce qui les a motivés à venir aujourd’hui. Alyia affirme être une militante, toujours présente lors d’un événement si elle pense que « ça peut faire bouger les choses ».

Ghadeer, jeune femme palestinienne, dit être venue car « il faut trouver ensemble un moyen de faire la paix ».

Pour Myron, israélien quadragénaire, « la situation actuelle est un cul de sac, et c’est quand on en arrive là qu’on peut enfin ouvrir ses oreilles aux idées nouvelles ». Pour beaucoup d’autres, il s’agit simplement de venir écouter ce que l’autre a à dire.

Les négociations reprennent autour d’une table qui regroupe une centaine de personnes. Il y a certains sujets sur lesquels il est plus difficile de trouver un accord qui fasse l’unanimité.

A plusieurs reprises, les convictions et les histoires personnelles des uns et des autres créent des discordes et obligent à renégocier l’un des thèmes.

Parfois, ce sont surtout les israéliens qui ne sont pas d’accord entre eux, parfois les palestiniens. D’autres fois, tous parviennent à trouver un terrain d’entente, ou personne…

Toutes les combinaisons sont possibles, l’objectif étant de trouver des solutions qui satisfassent le plus grand nombre. Ainsi, tout au long de la journée, les participants ont abordé les questions de la délimitation des frontières et de la démographie, la cessation des violences, le partage de l’eau, l’éducation, la sécurité… et la question de Jérusalem.

Les négociations prennent fin dans l’après-midi. De nombreux points ont été discutés. Les organisateurs annoncent leur intention d’établir prochainement un congrès beaucoup plus important et espèrent qu’en mobilisant un nombre croissant de citoyens à s’investir dans la recherche d’un agrément, cela finira par encourager les dirigeants politiques à retourner s’asseoir à la table des négociations.

Il est vrai que les accords négociés lors de ces débats ne prennent pas officiellement effet, mais ils montrent une volonté réelle de trouver des solutions qui soient viables pour les deux côtés. Ils montrent également une reconnaissance mutuelle de l’autre et de ses droits, point de départ pour dialoguer.

Finalement, ces congrès servent un peu de cahiers de doléances aux peuples de deux pays qui ne veulent plus être ennemis et qui espèrent que leurs gouvernements finiront par les suivre sur cette voie.