Qu’est-ce qui pousse Benjamin Netanyahou à vouloir s’attaquer à une institution qui somnole, la présidence de l’État d’Israël qui est une fonction purement honorifique ?

Comme disait le général de Gaulle à son retour au pouvoir en 1958, le président est chargé  « d’inaugurer les chrysanthèmes ».

Le rôle du président de l’État est uniquement représentatif et volontairement lisse, sans vraie autorité sur la conduite du pouvoir et avec une faible intervention dans la vie politique d’Israël. Jamais une élection d’un président de l’État n’aura connu une telle animation en Israël.

Pouvoirs politiques limités

De manière caricaturale, le président de l’État d’Israël est censé passer son temps à déposer des gerbes de fleurs sur divers monuments.

Bien qu’il soit une personnalité politique reconnue et respectée, il ne dispose dans la pratique que de quelques pouvoirs : il signe les lois, confirme le choix des diplomates, signe les traités, désigne les juges de la Cour suprême et le gouverneur de la Banque centrale, dispose de la grâce présidentielle et arbitre le choix d’un premier ministre au lendemain d’élections législatives.

Il est vrai qu’il soulage le premier ministre de tâches protocolaires fastidieuses, comme la réception des lettres de créance de la centaine d’ambassadeurs en poste à Tel-Aviv, et qu’il représente souvent son pays à l’étranger aux différentes manifestations internationales de prestige.

Mais en raison de sa personnalité, il peut avoir une fonction plus politique. Shimon Peres en particulier s’est souvent substitué au ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, lorsque celui-ci était persona non grata dans certaines chancelleries européennes et il a choisi de s’impliquer dans le processus de paix.

Or le remplacement du président actuel, qui termine son mandat en juillet 2014, est l’occasion de manœuvres politiques qui ne sont pas à la hauteur des enjeux. En effet le président est désigné par un vote à la majorité absolue (61 voix) des députés de la Knesset.

Si aucun candidat ne sort après les trois premiers tours de vote, une majorité simple suffit.

Mais cette année, de manière trop visible, les animosités entre dirigeants du même parti et les rivalités au sein de la Knesset priment sur le choix judicieux du meilleur candidat qui devient ainsi l’objet de marchandages politiques.

Benjamin Netanyahou ne cache pas sa préférence pour un régime présidentiel à l’américaine, supprimant de fait la présidence actuelle de l’État.

Pour parvenir à ses fins, il propose de reporter l’élection de six mois pour organiser le changement. Il avait déjà proposé la suppression de la présidence en 1990, en vain.

Or toutes ces manœuvres s’effectuent face à une opposition atone dont le leader Yitzhak Herzog, qui vient d’être désigné, déçoit et fait illusion face à l’omnipuissance du premier ministre.

Candidats prestigieux

Face à certains blocages, l’idéal pour certains leaders politiques serait en fait de désigner le président au suffrage universel permettant aux candidats libres de la société civile, non affiliés à un parti, d’avoir des chances d’être élus car, malgré une liste de candidats prestigieux, la campagne présidentielle sent le soufre sur fond de dénigrement systématique.

On se demande d’ailleurs ce qui les fait courir sachant la fonction purement honorifique et sachant que la plupart ont déjà occupé des postes décisionnaires autrement plus responsabilisés.

L’ancien général Benyamin Ben-Eliezer, 78 ans, Réouven Rivlin, ancien président de la Knesset et leader du Likoud,  et l’ancien ministre des affaires étrangères et des finances Sylvain Shalom, dont la candidature a été sabotée par une accusation  de délit sexuel sur une ancienne collaboratrice, sont des candidats professionnels.

Mais la présidence intéresse des personnalités qui sont à l’écart des partis politiques à l’instar de Dan Shechtman, professeur au Technion et prix Nobel 2011 de chimie, ou Dalia Dorner, juge à la retraite de la Cour suprême.

Cependant, selon les modalités actuelles de l’élection, seul un homme politique du sérail de la Knesset peut avoir ses chances. Netanyahou fera connaitre son choix qui s’imposera aux députés mais il pourra compter sur sa majorité gouvernementale.

Barrage contre Rivlin

Le candidat qui aurait les faveurs du Likoud est sans conteste Réouven Rivlin qui, en mauvais termes avec Netanyahou, voit sa candidature barrée par le premier ministre. Leur contentieux date des élections législatives de janvier 2013.

Dans une interview à Maariv il y a trois ans, Rivlin de sensibilité d’extrême-droite au sein du Likoud, avait critiqué «l’approche antidémocratique» du premier ministre qui n’a pas apprécié d’avoir été sous le feu des sunlights d’une manière aussi peu flatteuse.

Il n’a donc eu de cesse que de l’empêcher d’accéder à un second mandat à la tête de la Knesset et aujourd’hui à la présidence de l’État.

Rancunier, Netanyahou le poursuit de sa vindicte en usant de méthode douteuse consistant à repousser le scrutin à la Knesset pour empêcher l’élection assurée de Rivlin.

Peu de députés approuvent le projet de suppression du poste de président. L’argument que cela entraînerait des économies en période de restriction budgétaire ne les convainc pas.

C’est un alibi qui ne tient pas d’autant plus qu’une dernière statistique démontre que les ministres ont doublé le nombre de voyages effectués à l’étranger durant ces dix dernières années.

Déjà que l’État ne dispose pas d’une Constitution, que reste-t-il comme symbole sensible autre que le drapeau et l’hymne. Il est vrai que Shimon Peres a marqué sa présidence par un activisme qui n’était pas du goût du premier ministre au point de susciter des frictions entre les deux têtes de l’exécutif.

Theodor Herzl, dans son livre «Altneuland » définissait le rôle du président comme personnage devant « s’élever au-dessus des conflits, des partis et de la politique de bas niveau ».

Il ne s’agit pas d’équilibre de pouvoirs car la démocratie est vivace en Israël mais la suppression de cette institution dans le but uniquement d’empêcher Rivlin d’accéder à la présidence relève d’une décision à courte-vue.

Netanyahou a ainsi mandaté son secrétaire de cabinet, Avichaï Mandelbit, privé de voyage au Japon, de concentrer toutes affaires cessantes son action à faire du lobbying auprès des députés afin d’obtenir une majorité pour son projet.

Mais faire d’une affaire personnelle contre Rivlin une affaire d’Etat peut être assimilé à une certaine paranoïa qui nuit à la bonne marche du pays.

Cela a déjà conduit le président Peres à annoncer qu’à la fin de son mandat il sortirait de sa réserve pour s’engager à nouveau en politique.

Une façon de menacer Netanyahou qu’il le trouverait sur son chemin s’il persistait dans son projet.