Voici cinq jours, l’Unesco adopta une résolution portée par la Jordanie, en charge des lieux saints musulmans de Jérusalem-Est, sur la « Palestine occupée » visant à la « sauvegarde du patrimoine culturel de la Palestine et du caractère distinctif de Jérusalem-Est ».

Déjà le 16 avril dernier, le Comité exécutif de l’Unesco adopta deux résolutions présentées par plusieurs pays arabes au sujet de la « Palestine occupée », dans une double occultation du lien historique et religieux entre les Juifs, le Mont du Temple de Jérusalem et son Mur occidental, vestige du Temple hérodien, d’une part, et du fondement du lien des Chrétiens avec le pays de Jésus, d’autre part. De nombreuses voix de Chrétiens s’étaient alors indignées officiellement.

Il est bien normal que les Jordaniens se préoccupent de la mosquée Al-Aqsa mais dans le même temps l’interdiction pour les Israéliens de poursuivre leurs fouilles sous le Mont du Temple et de ce fait le déni systématique de toute trace de vestige juif à Jérusalem-Est en particulier, est un mensonge historique et archéologique qui a tout du révisionnisme.

On comprend mal que le sacrifice d’Isaac – je veux dire d’Ismaël contrairement à la parole immémoriale de la Torah, la Bible universelle ! – ait pu avoir lieu sur le Mont du Temple dont témoignerait l’édification d’Al-Haram-al-Sharif, alors que les pays arabes nient, pour la plupart, la préexistence juive, hébraïque sur cette terre. Sur cette question, les Israéliens font preuve de plus d’objectivité, car ils reconnaissent absolument la valeur sainte que revêt le Mont du Temple avec sa mosquée pour l’islam.

La France dans cette affaire prouve une fois encore sa lâcheté en s’étant abstenue, quant ses alliés, l’Allemagne, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas mais aussi la Lituanie et l’Estonie, se sont opposés au vote.

En cet automne du 40e anniversaire de la mort d’André Malraux, je voudrais faire partager un souvenir. En 1974, sous la pression des pays arabo-musulmans, l’Unesco avait adopté une résolution assimilant sionisme et racisme. Malraux fut indigné et écrivit au directeur général sortant de l’Unesco, René Maheu, qui laissait son fauteuil à Amadou-Mahtar M’Bow, la lettre suivante :

«Au nom de l’action commune que nous avons menée pour sauver les monuments de Nubie, je me permets d’attirer votre attention sur l’étrange décision qui, en refusant d’inclure Israël dans une région déterminée du monde, lui interdirait de participer à toute activité régionale de l’Unesco. Sachant que vous connaissez, comme moi, le chemin que risquent d’ouvrir de telles décisions, je vous prie de croire…»

Nous pourrions reprendre à notre compte les mêmes mots quarante-deux ans plus tard. Sartre et quelques autres personnalités non juives avaient réagi de même. Qui aujourd’hui, parmi nos intellectuels non juifs, a pris la peine de réagir, à l’exception sans doute des Chrétiens, comme ils l’ont fait en avril dernier ?

Vous, l’ensemble des Nations qui composez l’Unesco, qu’avez-vous fait de sa promesse ?

Le 4 novembre 1946, dans l’une des conférences inaugurales marquant la naissance de l’Organisation des Nations-Unies pour la culture, la science et l’éducation (UNESCO), André Malraux, pas encore ministre d’Etat chargé des affaires culturelles et déjà plus ministre de l’Information du premier gouvernement de Gaulle de 1945, avait proclamé :
« En morale, ce qui est d’abord arrivé à nous de la culture juive, c’est la Bible qui apporte au monde l’idée, jusque là informulée, de justice » (Ecrits sur l’art I, Œuvres Complètes IV, bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2004, p.1203-1204).

Puis à son accoutumée, il posait cette question de savoir ce qui définissait un Juif quelconque à Jérusalem sous le roi David ? Si le roi David n’avait pas commencé les travaux de l’édification du Temple de Jérusalem, que son fils, le roi Salomon inaugura, Malraux se serait-il interrogé sur la présence juive à Jérusalem au Xe siècle avant notre ère ?

L’imposture commise par l’Unesco depuis le mois d’avril déniant d’une manière ou d’une autre aux Israéliens le droit de procéder à des fouilles archéologiques sous le Mont du Temple et le Mur occidental ou Kotel, au nom de l’inscription de la Vieille Ville de Jérusalem sur la Liste patrimoine mondial (1981) et sur la Liste du patrimoine mondial menacé (1982), constitue au plan philosophique et au plan de la philosophie de l’histoire, une faute grave.

Rappelons à cet égard la réponse d’Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco, sensibilisée à cette question : « Le patrimoine de Jérusalem est indivisible. La mosquée Al-Aqsa/Al-Haram-al-Sharif, sanctuaire sacré des musulmans, est aussi le Har-HaBayit – ou Mont du Temple – dont le Mur occidental est le lieu le plus sacré du judaïsme. »

Michaël de Saint-Cheron, ancien président des Amitiés internationales André Malraux, qui dirigea le premier Dictionnaire Malraux (avec Janine Mossuz-Lavau et Charles-Louis Foulon, CNRS éd., 2011),
a publié en 2008, Malraux et les Juifs. Histoire d’une fidélité, /DDB

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