Depuis trois décennies, le monde juif noir israélien a enregistré des progrès assez spectaculaires dans sa représentation au sein de la société israelienne.

Si l’on met cette situation au regard de la situation actuelle, force est de s’interroger sur ce qu’il serait possible de faire, pas uniquement du point de vue de lutte contre les discriminations – sujet qui en lui-même mérite évidemment examen – mais aussi du point de vue de la diversité et des actions politiques, volontaristes, que l’on pourrait mener dans ce sens.

Au-delà des récriminations et des tensions que l’on peut observer dans la société israélienne, il est intéressant d’observer que, malgré ce que les personnes peuvent dire, notamment dans des mouvements de colère ou de rejet ressentis, les Juifs noirs partagent en commun quelque chose avec la société israélienne.

Il ne s’agit absolument pas de construire un groupe qui serait uni par des expériences semblables dans l’ordre social. Les gens sont très différents, ils peuvent être différents politiquement.

La cause juive noire, c’est l’examen des formes politiques par lesquelles on réduirait le poids du racisme, des discriminations et, éventuellement, des formes de solidarité qui regroupent les personnes directement concernées. Mais, préalablement, il y a une autre opération nécessaire : celle qui consiste à mesurer, à analyser le poids des discriminations, à reconnaître leur existence.

Cela n’a pas toujours été facile, tant nous nous sommes concentrés sur la lutte antisioniste, avec ses formes de mobilisation spécifiques, avec sa pédagogie, qui est le fruit de la Seconde Guerre mondiale.

Il s’agit maintenant de se déplacer vers la question de société. C’est une question à certains égards plus complexe, qui doit être intellectualisée et qui nécessite des outils de mesure plus sophistiqués, tant elle est souterraine et indirecte ; car elle ne se révèle pas avec la brutalité de la menace ou de l’injure racistes, qui sont immédiatement reconnaissables.

Cette opération-là est un préalable à une réflexion qui porterait, elle, sur les moyens de rassembler les personnes sur la base d’une expérience sociale commune, y compris celles qui sont situées dans des strates sociales et professionnelles censées les protéger contre les assauts les plus directs et les plus brutaux de la stigmatisation.