Y aura-t-il la paix?

Nous avons vu précédemment le narratif israélien tel que nous l’entendons tous les jours, dans les déclarations des politiques, dans les commentaires des journalistes, dans les discussions dans les cafés – partout.

Ce narratif est à la base des croyances et des attitudes d’une grande partie de la population, et justifie la politique du gouvernement.

Il existe évidemment d’autres narratifs, d’autres manières de voir les choses et d’interpréter la situation – mais c’est celui-ci qui domine et détermine la conduite des gens, notamment le jour des élections.

Le 9 Novembre 1977 le président Sadat déclare être prêt à venir à Jérusalem à la Knesset et prononcer un discours en faveur de la paix entre les deux pays. Du jour au lendemain le narratif israélien profondément anti-Egyptien se transforma en manifestation de soutien et le président Sadat fut reçu en Israël par une foule enthousiaste brandissant les drapeaux égyptien et israélien accolés.

Le changement de narratif est possible et peut être même très rapide.

Une des voies possible au changement du narratif israélien d’aujourd’hui peut être l’apparition d’un courant modéré et tolérant qui prendra les rênes du monde Arabe.

Ce n’est pas absolument utopique. L’Islam extrémiste et le monde arabe dans leur idéologie actuelle sont au bout du rouleau.

Il est vrai que cette « fin de rouleau » peut durer encore de nombreuses années, mais il est indéniable qu’une grande partie des pays islamo-arabes tels qu’ils se comportent aujourd’hui n’assurent plus les conditions de leur survie: ils ont de plus en plus de mal à subvenir aux besoins de base des habitants. Sans le pétrole ils se retrouveraient en fin de liste des pays du tiers-monde – et l’on sait que la demande de pétrole est en perte de vitesse dans l’économie mondiale.

Dans les pays arabes le taux d’analphabètes reste élevé et le niveau général d’études est des plus faibles. La population est jeune et le taux de naissance est élevé ce qui entraine de graves problèmes de pénurie d’eau et de nourriture.

Depuis leur libération du colonialisme les pays arabes ont essayé tous les régimes: dictatures militaires, dictatures nationalistes, régimes marxistes-athées. Aujourd’hui les peuples arabes placent leurs espoirs dans la religion islamique extrémiste, mais il est clair que les régimes religieux n’apporteront pas de solutions aux problèmes fondamentaux de ces sociétés. Au contraire, ils sont la causes de la régression de ces pays et de la dégradation des conditions de vie due à la restrictions des libertés, à l’oppression des femmes, aux interdits des études laïques, aux entraves à la créativité et à l’initiative.

La violence islamo-arabe qui se manifeste dans le monde entier ces dernières années (Daesh, El Quaida, et autres fomenteurs d’attentats) est l’expression d’un profond sentiment de désespoir, de manque de débouché, d’incapacité de sortir de l’impasse et d’assurer des conditions de vie convenables à la population. Un désespoir dû aussi à leur désir de redevenir une civilisation influente et respectée.

Avec beaucoup d’attention on peut détecter dès maintenant des signes avant-coureurs d’une remise en question réformiste de l’interprétation radicale de l’Islam, celle qui met l’accent sur la suprématie de la « charia » et l’oppression envers les infidèles.

Ce courant modéré apparaît, encore de façon modeste et dissimulée, mais il est inspiré par une autre interprétation de l’Islam, par des sources qui mettent l’accent sur la tolérance, la modernité, la liberté, la science et le développement.

Tôt ou tard ce courant va s’amplifier ne serait-ce pour la bonne raison qu’il est le seul capable de nourrir les masses. Il est le seul à pouvoir assurer un niveau de vie convenable aux habitants et permettre les libertés auxquelles aspirent les classes moyennes des pays arabes.

Lorsque l’Islam modéré sera majoritaire le problème israélo-palestinien se résoudra relativement facilement d’une manière ou d’une autre, et cela pour au moins deux raisons:

  1. Le principal problème aujourd’hui – la racine profonde du conflit – est la peur et le manque de confiance des uns envers les autres. Cette peur et ce manque de confiance ont de bonnes raisons d’exister: les déclarations des dirigeants arabes – officielles ou officieuses – n’acceptent pas réellement la présence d’Israël dans l’espace du Moyen-Orient, et l’on sait que les arabes n’y vont pas de main morte lorsqu’ils ont le dessus.
  2. Une direction arabo-islamique modérée sera en mesure d’accepter le fait de l’existence de l’Etat d’Israël et exprimer cela de façon claire et sans ambiguïtés, puis de trouver des solutions acceptables aux problèmes concrets.
    Les causes de la peur et de la méfiance des deux côtes s’estomperont et il sera possible de construire par étapes les bases d’une entente et d’une confiance indispensable à tout arrangement.

Jusque-là, ce qui est nécessaire est un cessez-le-feu prolongé (hudna) au cours duquel l’Etat d’Israël s’engagera à étendre au maximum les droits des palestiniens et leur autonomie. Il se devra d’autoriser ceux-ci à venir travailler en Israël. Il devra encourager de forts investissements en Cisjordanie et inciter les colons juifs à développer des relations de coopération économique et sociale avec leurs voisins palestiniens.

Un tel projet est réalisable à courte échéance et peut recueillir assez facilement l’approbation d’une majorité d’Israéliens.

En guise de conclusion: Israël 2015 – quel avenir?

Nous avons trop l’habitude de considérer l’évolution politique et sociale comme linéaire – c’est-à-dire comme une projection dans l’avenir de ce qui s’est passé jusque aujourd’hui.

Or l’histoire ne cesse de nous surprendre et de « jeter des surprises » qui changent les donnes des situations et fait bifurquer l’histoire dans de nouvelles directions (voir la destruction du mur de Berlin, la chute du bloc communiste, l’attentat du 11 septembre contre les « les tours jumelles », les conséquences de l’invention d’internet, des smartphones et autres).

Ces « surprises » ne sont pas toujours rassurantes et agréables – souvent elles sont même extrêmement destructrices – mais leur principale caractéristique c’est qu’elles sont complètement imprévisibles. Ils leur arrivent aussi d’entre-ouvrir de nouvelles voies aux problèmes qui semblent insolubles… l’apparition d’un Islam modéré par exemple.

Espérons le meilleur.

Ouri Weber