Israël : la droite après le Likoud ?
À quelques semaines des élections israéliennes du 27 octobre, une question commence à se poser : et si le principal danger électoral pour Benjamin Netanyahou ne venait finalement pas de la gauche, mais de la droite elle-même ? Depuis plusieurs semaines, de nouvelles formations politiques émergent sur la scène israélienne. Certaines resteront probablement marginales. D’autres disparaîtront peut-être avant même les élections. Mais leur multiplication mérite d’être observée, car elle peut révéler quelque chose de plus profond qu’une simple recomposition électorale. Une partie de la droite israélienne semble chercher une nouvelle maison politique. Elle n’est pas devenue de gauche. Elle reste généralement ferme sur les questions de sécurité, profondément sioniste et souvent très méfiante à l’égard d’un État palestinien. Mais elle semble également vouloir autre chose : un État qui fonctionne mieux, davantage de responsabilité politique, une meilleure répartition des devoirs et, surtout, une moindre dépendance aux partis sectoriels. C’est peut-être là que se trouve la véritable nouveauté.
Pendant longtemps, le Likoud a été la grande maison de la droite israélienne. On pouvait être laïque, traditionaliste, religieux, libéral économiquement ou plus populaire socialement et néanmoins voter Likoud. Netanyahou a largement bénéficié de cette capacité à rassembler des sensibilités diverses autour d’un même parti. Mais ce monopole commence à être contesté. Avigdor Liberman occupe depuis longtemps l’espace d’une droite clairement laïque. Yoaz Hendel et Chili Tropper cherchent à construire une offre politique mettant notamment en avant les réservistes et le service militaire. D’anciens responsables du Likoud comme Gilad Erdan ou Yuli Edelstein cherchent eux aussi leur propre espace politique. L’arrivée d’Ofer Winter rend ce phénomène encore plus intéressant. Winter est difficilement classable comme représentant d’une droite laïque ou modérée. C’est un ancien général religieux, très ferme sur les questions sécuritaires et territoriales. Pourtant, lors du lancement de son parti Amcha Yisrael, il a également parlé de l’intégration des Haredim dans l’armée, de citoyens arabes souhaitant participer davantage à l’État et d’une nécessaire transformation politique après le 7-Octobre.
C’est pourquoi parler uniquement d’une « droite laïque » me semble insuffisant. Ce qui pourrait émerger est plutôt une droite civique. Une droite qui dirait : nous voulons un Israël fort militairement, mais également un contrat plus équilibré entre l’État et ses citoyens. Et le service militaire pourrait devenir le symbole de cette évolution. Après plusieurs années de guerre, les réservistes et leurs familles ont payé un prix considérable. Dans ce contexte, la question de l’exemption des Haredim n’est plus seulement une vieille querelle entre religieux et laïcs. Elle devient une question beaucoup plus simple : qui porte réellement le poids de l’État ? Un Israélien peut être très à droite sur Gaza, l’Iran, le Hezbollah ou la sécurité nationale et néanmoins se demander pourquoi son fils effectue plusieurs centaines de jours de réserve alors que d’autres catégories de la population continuent de bénéficier d’exemptions. Cette question n’est pas vraiment une question de gauche ou de droite. C’est une question de contrat social.
Une dimension sociale pourrait également progressivement apparaître. Le coût de la vie, le logement, la situation des familles de réservistes, les petites entreprises fragilisées par la guerre ou encore les infrastructures en périphérie ne sont plus des sujets secondaires. Il pourrait donc se former un électorat assez particulier : sécuritaire à l’extérieur, mais beaucoup plus exigeant envers l’État à l’intérieur. Une sorte de droite du « devoir contre protection » : si l’État demande davantage à ses citoyens, ceux-ci demandent également davantage à l’État.
C’est précisément ce phénomène qui pourrait devenir dangereux pour Benjamin Netanyahou. Le Premier ministre a toujours été particulièrement efficace lorsqu’il pouvait présenter l’élection comme un choix simple : lui ou la gauche. Mais cette stratégie devient plus compliquée lorsque ses concurrents viennent eux-mêmes de la droite. Il est difficile de présenter Ofer Winter comme un dangereux gauchiste. Tout aussi difficile de placer Bennett ou Liberman dans la gauche traditionnelle.
Cela ne signifie pourtant pas automatiquement la défaite de Netanyahou. La fragmentation peut également le sauver. Si plusieurs petits partis de droite restent sous le seuil électoral, des dizaines de milliers de voix peuvent être perdues. Certains nouveaux partis pourraient également décider après les élections de rejoindre finalement une coalition dirigée par le Likoud. C’est tout le paradoxe. La nouvelle droite peut retirer des électeurs à Netanyahou tout en lui permettant éventuellement de rester Premier ministre.
Mais au-delà de l’arithmétique électorale, quelque chose paraît néanmoins évoluer. Le 7-Octobre a probablement modifié une partie du rapport des Israéliens à leur classe politique. La question n’est plus seulement : êtes-vous de droite ou de gauche ? Elle devient aussi : qui assume les responsabilités ? Qui sert ? Qui paie ? Qui décide ? Et l’État demande-t-il les mêmes sacrifices à tout le monde ? C’est peut-être autour de ces questions qu’une nouvelle droite israélienne commence doucement à se construire. Une droite sécuritaire mais civique. Une droite sioniste mais moins dépendante des partis religieux. Une droite qui pourrait être davantage sociale sur les questions intérieures. Une droite qui ne cherche pas nécessairement à renverser idéologiquement le Likoud, mais à lui contester son monopole. Et c’est probablement là que se trouve le véritable danger pour Benjamin Netanyahou. Car il pourrait découvrir lors des élections du 27 octobre que certains électeurs n’ont pas quitté la droite. Ils ont simplement quitté le Likoud.

