A chaque soir de l’opération Bordure Protectrice, j’ai eu la tentation de m’exprimer au nom de notre Association.

Mais tant d’autres l’ont fait, relayés par notre site, que j’avais préféré attendre le terme de cette opération pour en esquisser – avec la plus grande prudence – un bilan premier.

La reprise des hostilités dans la nuit du 19 au 20 août, au demeurant quelque peu surprenante, ne me fera pas attendre plus avant.

J’évoquerai ici le caractère juste d’une guerre que n’a pas voulue Israël, avant de m’interroger sur l’identité de son provisoire bénéficiaire, provisoire puisque les hostilités ont repris… jusqu’à un nouvel appel au cessez-le-feu ou à une trêve dite humanitaire.

Une guerre juste. Elle l’a été par référence à une doctrine de longue date admise et consacrée par l’Article 51 de la Charte de l’ONU, qui veut que la légitime défense valide le recours aux armes. Le Hamas, le Jihad Islamique et quelques groupuscules œuvrant dans la mouvance de ces deux « premiers violons » de l’intégrisme et du terrorisme réunis n’ont eu de cesse de gratifier le territoire israélien de roquettes destinées non pas spécifiquement à des cibles militaires, mais à une population civile prise dans son ensemble.

Est-il besoin de rappeler qu’il s’est alors agi de la commission de crimes de guerre, au regard du Droit International Public ?

D’aucuns objecteront que la guerre justifiée par la légitime défense doit s’inscrire dans la proportionnalité de la réplique à l’agression. A entendre Laurent Fabius, le chef de notre diplomatie, un « carnage » (sic) opéré par Tsahal aurait délégitimé le déploiement par Israël de sa force militaire.

La proportionnalité… un concept qu’il est plus aisé de manier sous les lambris du Quai d’Orsay que lorsque l’on est confronté sur le terrain à un ennemi qui se fond dans la population civile et qui n’hésite pas à faire d’un hôpital, d’une école ou d’une mosquée le supposé sanctuaire privilégié d’un site de lancement de roquettes.

Au-delà, qu’il me soit permis une digression, sous la forme d’une question posée à l’actuel locataire du Quai, lequel s’est récemment présenté à Bagdad et Erbil comme le chantre d’une lutte sans merci contre le jihadisme, justifiant une ligne interventionniste face à l’Etat Islamique en Irak et au Levant (E.I.I.L) : ce combat doit-il exclure le maillon – qui n’a rien de faible – constitué par la Bande de Gaza ?

Que l’on nous mentionne en outre le nom d’un seul Etat dont l’armée aurait pris le soin de la prévenance des populations civiles de telle ou telle zone de frappe aérienne, navale ou terrestre avant mise en œuvre : envois de SMS, largage de tracts d’information, etc… ! Tsahal a entrepris tout ce qui pouvait l’être pour faire en sorte que soit minimisé le nombre de victimes non pas de sa force, mais de la stratégie mortifère du Hamas et de ses acolytes…

Malgré cela, il est une guerre qu’Israël aura – au moins pour le moment –  perdue : celle revisitée par les médias, d’autant plus corrosive que ses effets se trouvent démultipliés par l’impact de chaînes de télévision dédiées à l’information continue, « gloutonnes d’images-choc » déversées à l’envi sans la moindre restitution des éléments ayant pu, en amont, conduire aux drames ainsi révélés, trop souvent selon un mode ostentatoire.

Téléspectateurs de ces chaînes et internautes auxquels l’on ne reprochera pas une fréquente inculture par rapport à un « Orient compliqué » retiendront uniquement l’ « offrande » de visages d’enfants palestiniens terrorisés, en pleurs, voire celle de cadavres de jeunes innocents jonchant une plage gazaouie…

C’est à partir de ces images douloureuses, et à partir d’elles seules, qu’ils se sont forgés une conviction les ayant conduits à grossir les rangs de manifestations de soutien à « la cause palestinienne », vite transformées en démonstrations d’antisionisme primaire voire, nombre de caricatures exhibées le prouvant, d’antisémitisme.

Il y a maintenant plus de dix ans que Pierre-André Taguieff identifiait une « nouvelle judéophobie », dont il sera dit aujourd’hui qu’elle réunit une insolite dominante islamo-gauchiste et un bataillon imprégné des riches pensées de Soral et Dieudonné…

Un façonnage de larges pans de l’opinion publique, non seulement française mais aussi européenne, s’est inéluctablement produit, ce qui incite à considérer qu’Israël a perdu une première guerre, la guerre médiatique. Dans une société qui privilégie le « paraître » et non le « fond », cette conclusion n’est pas à être traitée avec légèreté. L’inculture, la désinformation doivent induire une parade efficiente, et il appartiendra à toutes celles et ceux qui se sentent concernés par le destin d’Israël de se mobiliser, de faire preuve d’imagination et de ténacité pour ne pas laisser se propager une gangrène observée à Paris, à Sarcelles et dans tant d’autres villes de nos provinces…

Quant au conflit pris en lui-même, est-il possible en ce 21 août 2014 de déterminer si se profilent un vainqueur et un vaincu ? Une question à propos de laquelle la plupart des observateurs se répandent aussi abondamment que vainement. Une question qui n’est pas la plus pertinente, sauf à penser qu’Israël serait prêt à « sacrifier » des dizaines de milliers de civils gazaouis pour anéantir « physiquement » le Hamas, le Jihad Islamique et consorts, ou à envisager que des pluies de roquettes additionnelles feraient in fine plier le Gouvernement de Benjamin Netanyaou, qui souscrirait aux exigences des milices précitées.

Au-delà et de surcroît, il est évident que le jour où les armes se seront tues, chacune des parties proposera sa propre lecture et conclusion de l’épisode guerrier.

Non, la bonne question est la suivante : l’opération « Bordure Protectrice » aura-t-elle servi la paix ?

Oui, si l’affaiblissement du Hamas – destruction de ses tunnels, élimination de nombre de ses combattants – le contraindra finalement à admettre le retour de l’Autorité Palestinienne sur la Bande côtière, condition nécessaire au rétablissement du calme intégral auquel aspirent les habitants des localités israéliennes proches de Gaza.

Nécessaire mais insuffisante, tant le besoin d’un investissement international ou multinational sera criant, s’agissant de la mission de contrôle qu’appellera le desserrement progressif des blocus israélien et égyptien jusqu’à leur disparition, laquelle ne pourra que s’accompagner d’une démilitarisation du territoire gazaoui.

Oui, si en d’autres termes le Hamas renonce à sa Charte fondatrice et consent à ne constituer désormais qu’une composante de la « partie palestinienne », ne remettant pas en cause le droit de l’Etat d’Israël à l’existence et à la sécurité.

Pareille évolution ne sera envisageable que dans l’hypothèse d’une nette défaite de la succursale gazaouie des Frères Musulmans égyptiens aux prochaines élections présidentielles et législatives qui seront organisées tant en Cisjordanie que dans la Bande de Gaza. L’expression démocratique palestinienne – si elle n’est pas confisquée – révèlera alors le futur de la région : chemin de la paix ou sentier de la guerre.