Officiellement, tout va bien : Donald Trump et Binyamin Netanyahou partagent une même vision de l’avenir du Proche-Orient, et le premier soutient le second sans réserve, ayant ajouté à son geste historique de 2018 – la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et le transfert de l’ambassade américaine – un cadeau électoral sous forme de reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, deux semaines avant le scrutin du 9 avril.

Mais à l’Ouest, plusieurs signes inquiétants sont apparus : une caricature antisémite dans un journal de référence (le New-York Times), des accusations de racisme à l’encontre du Premier ministre israélien de la part de personnalités importantes du Parti démocrate (Bernie Sanders et Beto O’Rourke, candidats à l’investiture pour l’élection présidentielle de 2020).

On savait déjà que deux représentantes musulmanes (Ilhan Omar et Rashida Tlaib) faisaient de l’hostilité à Israël (pour ne pas dire plus) un de leurs thèmes favoris. Mais ce sont des personnalités marginales au sein de leur parti. Ce qui n’est pas le cas de la très prometteuse Alexandria Ocasio-Cortez, qui, après la victoire du Likoud, a déclaré que la réduction de l’aide américaine à Israël était « sur la table ».

En clair, le soutien à Israël qui jusqu’à l’élection de Donald Trump faisait l’objet d’un consensus bipartisan, n’est plus assuré à la gauche de l’échiquier politique. Cet éloignement tient à plusieurs raisons. En premier lieu, une hostilité vis-à-vis de la droite israélienne, de son refus d’un Etat palestinien, de la colonisation…

En second lieu, la proximité entre Binyamin Netanyahou et Donald Trump, président honni par la gauche américaine. Il y a également des causes plus profondes : la montée en puissance des minorités – dans une génération, la population blanche ne sera plus majoritaire – et l’adhésion d’une part croissante de la jeunesse américaine – toutes origines confondues – à un discours tiers-mondiste.

Signe qui ne trompe pas : dans les universités, BDS connait un vif succès. Dans ce contexte, on peut considérer que la décision de Binyamin Netanyahou de se ranger sous la seule bannière du Parti républicain comme une erreur stratégique. Le régime politique aux Etats-Unis est celui du two party system, c’est-à-dire qu’il est fondé sur l’alternance.

En clair, le Parti démocrate reviendra au pouvoir, et il ne fallait surtout pas rompre toute relation avec lui. D’autant que la vieille garde du parti (Jo Biden, Nancy Pelosi…) reste pro-israélienne, mais ne pourra ignorer l’évolution de la jeune génération.

Le très respecté professeur Alan Dershowitz, proche du Likoud et de son chef, est persuadé qu’à l’avenir, Israël ne pourra plus compter sur le soutien des Etats-Unis. Autrement dit, si l’on en croit l’expression populaire, « ce jour-là, il n’y aura plus que Dieu pour nous sauver ».