La Chine représente un potentiel de croissance important pour l’économie israélienne. Mais cela ne peut se faire qu’en préservant la relation historique et stratégique d’Israël avec les Etats-Unis.

Le 24 janvier 1992, à Beijing, les ministres des Affaires étrangères respectifs, David Levy et Qian Qichen, avaient signé l’accord établissant les relations diplomatiques entre les deux pays.

Pendant longtemps les relations ont été timorées pour ne pas indisposer l’allié américain. Vingt-cinq années plus tard, du 20 au 21 mars 2017, Benjamin Netanyahou a visité la Chine, la deuxième fois sous la présidence de Xi Jinping, après celle de 2013.

La Chine a un intérêt accru pour le Moyen-Orient mais sa politique se distingue par une non-intervention dans les affaires internes des États. Elle a refusé de s’associer à la coalition contre l’État islamique, malgré ses intérêts pétroliers en Irak.

Elle veut éviter les risques politiques et sa stratégie politique n’est orientée que sur l’économie. Elle ne se «mouille» pas militairement dans la région et sa seule présence se limite à des missions de maintien de la paix.

Forte de cette neutralité, la Chine inonde le monde de ses produits à bon marché, même dans les pays à forte main-d’œuvre locale comme l’Égypte.

Ce commerce, qui a crû de 600% en dix ans avec 230 milliards de dollars en 2014, est la clef du développement de la Chine qui doit compenser ses fortes importations pétrolières en croissance continue.

Plus de la moitié des importations chinoises de pétrole proviennent du Moyen-Orient et dans le cadre de son initiative One Belt One Road (OBOR), (Une ceinture terrestre, une route maritime), la nouvelle route de la soie qui consiste à relier par de nouvelles infrastructures l’Asie, l’Europe et l’Afrique, elle investit massivement dans les infrastructures de transport, comme les routes, les chemins de fer et les ports maritimes.

La Chine a pour objectif de se connecter aux marchés européens et africains grâce à sa propre banque, Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) qu’Israël a rejoint dès la fondation de la banque.

La Chine a investi en 2015 près de 5,7 milliards de dollars dans les infrastructures au Moyen-Orient et en Afrique et, en 2016, cette somme a bondi à 21,5 milliards de dollars.

C’est ainsi que la Chine a été impliquée en Israël dans le creusement des tunnels du Carmel à Haïfa, la pose du tramway à Tel-Aviv et l’extension des ports maritimes d’Ashdod et d’Haïfa. La Chine vient de faire ses premiers pas dans l’industrie de la construction résidentielle.

Mais en plus de ses investissements, la Chine s’intéresse beaucoup au domaine de l’innovation en Israël sans aucun complexe vis-à-vis du «petit pays» qui se distingue par ses réalisations scientifiques, son nombre de startups et le nombre de ses lauréats du prix Nobel.

La Chine est en retard dans les technologies de pointe et dans les solutions innovantes pour sa population nombreuse et vieillissante. Alors elle investit dans les industries de haute technologie, de l’agriculture, de l’alimentation, de l’eau, des technologies médicales et de la biotechnologie.

L’investissement de la Chine en Israël en 2015 a atteint 500 millions de dollars et elle favorise l’installation d’entreprises innovantes israéliennes, à l’instar de la ville d’eau de Shouguang qui a intégré les technologies israéliennes de l’eau.

La création par le Technion d’un institut universitaire technologique à Guangdong, financé par un don de 130 millions de dollars du milliardaire Li Ka-Shing, est un exemple du rôle que les hommes d’affaires chinois jouent dans la promotion des relations bilatérales.

En effet, depuis 2013, Israël a reçu plusieurs délégations chinoises intéressées par l’innovation dans des domaines prioritaires pour le gouvernement chinois tandis qu’en 2016 l’ambassade israélienne à Pékin a délivré plus de dix mille visas aux hommes d’affaires chinois.

L’accent mis par la Chine sur l’économie n’influe plus sur la relation stratégique d’Israël avec les États-Unis, qui constitue la pierre angulaire de sa politique de sécurité nationale.

Il est vrai que les Américains voyaient d’un mauvais œil la collaboration sécuritaire d’Israël avec la Chine. C’est pourquoi, pour éviter toute mauvaise interprétation, Israël a pris soin de concentrer ses liens avec la Chine sur le seul plan économique. La Chine est le troisième partenaire économique d’Israël, avec un volume de plus de huit milliards de dollars par an.

Elle a acquis des bijoux de famille, les usines chimiques d’Ashdod et la première compagnie de produits laitiers Tnouva, ce que certains ont qualifié de menace stratégique sur l’économie israélienne.

Elle a obtenu la construction du nouveau port d’Ashdod en cours de finition. Enfin, le train Eilat-Ashdod fera d’Israël un véritable pont terrestre entre l’Europe et l’Extrême-Orient car il permettra l’exportation du gaz naturel israélien vers la Chine et l’Inde en provenance des gisements Léviathan et Tamar, situés en Méditerranée. Ce projet sera construit et financé par la Chine pour 10 milliards de dollars.

Cependant, malgré la croissance impressionnante des relations économiques entre les deux États, Israël a des lacunes dans la recherche académique appliquée à la Chine, ce qui limite ainsi ses bases de connaissances, essentielles pour une bonne prise de décision.

Les Israéliens ont besoin de plus d’experts sur la Chine moderne, sur l’économie et l’administration des affaires, sur le droit et les relations étrangères.

Ce manque de spécialistes israéliens dans les ministères et le monde universitaire entrave le développement des relations économiques.

Avec ces liens, Israël cherche à développer son économie. Lors de sa visite à Beijing, Netanyahou avait tenu à qualifier les relations entre les deux pays comme un «partenariat innovant global ».

Il s’agit pour les deux pays de promouvoir la coopération dans les domaines importants pour la Chine où Israël a un avantage relatif, comme la haute technologie et l’innovation, l’agriculture et l’alimentation, les technologies de l’eau, la technologie médicale et la biotechnologie.

Israël souhaite être inclus dans OBOR, pour encourager d’autres investissements chinois dans des projets d’infrastructure en Israël et proposer des solutions israéliennes dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme et des communications.

Cela passe par les échanges de délégations d’hommes d’affaires chevronnés et les visites en Israël de hauts responsables chinois du monde des affaires.

Mais Israël veut bien, sur le plan politique et économique, encourager la Chine à promouvoir les relations israélo-palestiniennes en investissant dans les projets de l’Autorité palestinienne dans le cadre d’une «paix économique».

Il est en effet possible de construire, à Gaza des infrastructures pour les énergies renouvelables, pour le transport naval et pour les usines de dessalement, et en Cisjordanie des infrastructures pour le transport terrestre, les zones industrielles et commerciales.

La Chine qui a noué des relations fructueuses avec tous les acteurs de la région, et qui entretient en particulier des relations avec les Iraniens, pourrait promouvoir des initiatives conjointes pour agir en faveur de la stabilité régionale.

Israël n’a pas manqué d’exprimer ses inquiétudes sur les projets communs sino-iraniens dans le domaine de la défense alors que Téhéran reste déterminé à détruire Israël, à soutenir le terrorisme et à construire ses armes nucléaires.

À ce sujet, les modèles iraniens de systèmes d’armes chinois, tels que le missile antinavire C802, sont parvenus au Hezbollah et aux rebelles Houthi au Yémen avec une incidence marquée sur Israël, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.

Enfin, la Chine veut exploiter les relations privilégiées de Netanyahou avec Donald Trump et Vladimir Poutine pour créer des canaux auprès des puissances mondiales. Israël pourrait jouer un rôle dans la transmission de messages et dans une médiation discrète.

Aujourd’hui, la Chine veut évoluer sur le fond tandis que l’innovation et la révolution numérique caractérisent cette révolution. Certes, l’innovation était venue principalement des États-Unis, mais l’Histoire prouve que ce ne fut pas toujours le cas.

Au 19ème siècle, l’Empire du Milieu était à la pointe de l’innovation avec, entre autres, les compas, la poudre à canon et la roue hydraulique, mais au 20ème siècle, il a perdu son avance pour avoir cherché à devenir la plus grande usine du monde.

La Chine cherche donc à retrouver son esprit innovant qui fait partie de son ADN. Elle souhaite consacrer 2,5 % de son PIB à l’innovation en 2020 pour arriver au premier rang mondial des dépenses de R&D autour de 2019.

Ces investissements favorisent le développement des grandes entreprises, mais aussi celui des villes où les PME évoluent dans des conditions propices à l’innovation, à l’instar de Shenzhen, devenue un véritable hub, ou de Zhongguancun, autrement nommée la Silicon Valley de la Chine.

On voit donc apparaître une multitude de nouveaux produits, de nouvelles marques, de nouvelles applis qui ne se contentent pas de copier.

Grâce à ce dynamisme, les initiatives innovantes s’y multiplient avec l’exemple de Mi Mix, lancé en 2016 par Xiaomi, premier téléphone dépourvu de bordures et construit en céramique, un matériau qui est plus malléable et qui chauffe moins. En innovation, les Chinois apprennent très vite et ils sont en train de dépasser leurs modèles occidentaux.

Et l’innovation n’est pas que matérielle, elle l’est aussi dans le domaine du e-commerce. Le commerce en ligne connaît une croissance fulgurante, sous l’effet de l’augmentation du pouvoir d’achat de la classe moyenne, qui compte désormais 731 millions d’internautes.

En 2016, les ventes en ligne y ont atteint les 701 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit une progression de 26,2% par rapport à 2015. Il représente aujourd’hui 15 % du secteur de la distribution (contre 7% en France).

L’innovation technologique se démocratise plus rapidement. La réalité virtuelle, par exemple, connaît déjà de nombreuses applications concrètes.

Dans le domaine du shopping en ligne, grâce à un casque VR, certains ont pu assister à un défilé de mode et acheter leurs produits coups de cœur en live tandis que d’autres ont pu se retrouver en immersion dans les rayons d’un magasin et s’y promener, voir les caractéristiques des produits et effectuer leurs achats d’un simple mouvement de tête.

Israël a beaucoup à apprendre de la Chine et pour preuve, de nombreux industriels n’hésitent pas à s’y rendre pour s’inspirer, ou dénicher des produits et surtout pour y trouver de nouvelles opportunités d’affaires. Certains n’hésitent pas à s’y installer.

C’est pourquoi, le ministère israélien de l’Economie et de l’Industrie a mis en place à Pékin le premier programme d’accélérateur entre Israël et la Chine avec son partenaire chinois, le fond de placement SehngJing.

Le programme vise à aider les entreprises israéliennes à pénétrer le marché chinois en fournissant aux cinq entreprises israéliennes sélectionnées les connaissances, le soutien et les ressources pour des levées de fonds nécessaires à une implantation réussie dans le marché chinois. L’innovation n’est plus l’apanage des pays occidentaux.

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