Dans un article du Maariv, vendredi 1er juin, le Professeur Arieh Eldad dénonce le fait que la gauche israélienne continue de voir le retrait de Gaza en 2005 comme un succès, malgré la prise de pouvoir par le Hamas dès 2007 et les années de terrorisme qui s’en sont suivies sous des formes nouvelles (roquettes, tirs de mortiers, missiles de moyenne portée, tentatives d’invasions, cerfs-volants remplis de combustible, terrorisme par voie marine, tunnels d’attaques creusés sous la frontière, etc).

Il note encore qu’à présent, cette même gauche exige du gouvernement qu’il résolve un problème intenable qui est la conséquence de l’évacuation qu’elle a souhaitée et soutenue.

Il a évidemment raison.

Rappelons néanmoins qu’en 2005, c’est Ariel Sharon, ancien leader de la droite et du Likoud, qui mène ce désengagement, en créant, alors qu’il est au pouvoir, le parti Kadima, et embarquant avec lui une partie du Likoud, qui reste, sous contrôle de Netanyahou déjà à l’époque, opposé au retrait.

Si l’on pousse l’analyse, force est de constater qu’en Israël aussi, et peut-être surtout en Israël, à chaque fois que la gauche a accompli sa politique de concession et à chaque fois que la droite ou le centre droit se sont soumis à l’idéologie de la gauche en appliquant sa politique de concessions, cela n’a entraîné qu’injustices et catastrophes, à court et moyen terme.

L’application de l’idéologie de concession de la gauche, parfois appliquée par la droite, est un échec constant et répété. Mais la gauche refuse de faire amende honorable, et de reconnaître son erreur catastrophique. C’est bien là que le bât blesse.

Le désengagement unilatéral de Gaza en 2005 en est l’exemple le plus frappant. Les observateurs de mauvaise foi font mine d’accuser le caractère unilatéral du retrait, comme s’ils ne savaient pas que tout accord avec le Hamas, si tant est qu’il eut été possible, n’aurait été que temporaire, fragile et sans garantie, et refusent de voir la réalité en face : que le désengagement tout entier était une erreur.

Les accords d’Oslo en sont un autre exemple. Depuis le début du processus en 1993, ils n’ont jamais apporté la moindre tranquillité au pays, ni diplomatique, ni sécuritaire, ni politique. Non seulement les morts se sont comptés par milliers depuis leur signature mais les opérations militaires se sont succédé.

Et l’image d’Israël n’en est pas sortie renforcée en fin de compte, au contraire peut-être. Mais là encore nombreux sont les observateurs qui vantent néanmoins le découpage des territoires en 3 zones et la coopération sécuritaire avec la dite « Autorité palestinienne » créée par les accords d’Oslo. C’est là aussi ne pas voir le caractère éphémère de ces accords et l’aspect politicien d’accords soumis aux intérêts d’hommes politiques allant et venant, sans travail de fond.

Il ne s’agit pas de dire que sans ces accords la situation était simple et résolue. Mais elle n’était pas moins gérable sur le plan militaire (une coopération sécuritaire était tout à fait envisageable sous une autre forme, moins politique), et elle était moins injuste sur le plan idéologique et historique (les accords d’Oslo n’étant en effet rien d’autre qu’une acceptation en droit de la colonisation arabo-musulmane dans les territoires non reconquis, notamment dans les grandes villes de la zone A, dont certaines sont pourtant pleinement liées à l’histoire des Hébreux : Sichem, Hébron, Bethlehem, etc)

L’exemple généralement beaucoup moins cité, y compris par des militants de droite, est le traité de paix avec l’Egypte à partir de 1977. Il a été cette fois signé par la droite de Menachem Begin, fraîchement élue, avec le soutien de la gauche.

Il n’en est pas moins une soumission de la droite à l’idéologie de concession de la gauche, à cette idéologie de « la paix contre les territoires » véhiculée depuis 1967 par la gauche politique et intellectuelle israélienne. L’exemple égyptien est généralement plutôt cité comme une réussite. Mais là encore, c’est parce que nul ne veut en reconnaître l’échec. Un échec certes plus long à percevoir, plus long à se manifester, mais un échec quand même.

Nul ne veut reconnaître en effet qu’il s’agit là d’un traité éphémère qui ne résout en rien le problème de fond (en deux mots, l’hostilité arabo-islamique), et reste dépendant du bon vouloir des autorités militaires égyptiennes, au pouvoir, et éventuellement de leurs alliés et de la situation géostratégique.

Cet échec est apparu un peu plus clairement lorsque les Frères musulmans ont pris le pouvoir en Egypte en 2011, et ont commencé à remettre en cause le traité de paix. Il a néanmoins été remis sous le tapis avec le retour des militaires et la figure de Sissi pour remplacer Moubarak. Comme si tout était revenu dans l’ordre. On fait mine néanmoins de ne pas voir que le Sinaï – c’est-à-dire le territoire en question qui a été donné à l’Egypte pour acheter la « paix » – est aujourd’hui un repère de terroristes de Daech.

On fait mine de ne pas voir son islamisation continue, avec la progressive disparition des chrétiens qui subissent chaque jour les coups des djihadistes. On en a même oublié – mais cela relève d’une vision trop biblico-centrée de l’histoire – que le Sinaï est une terre historiquement hébreue (voir sur ce point l’article en lien).

Le retrait du Liban en 2000, souvent oublié, participe à la même logique. Il n’a apporté ni paix ni sécurité avec Israël. La 2e guerre du Liban en 2006 est l’exemple le plus criant, et le calme relatif dont bénéficie le nord d’Israël depuis, n’est lui aussi qu’un apport temporaire en attendant que la question du Hezbollah et ses dizaines de milliers de missiles qui pointent sur nos têtes (selon les rapports de Tsahal), soit résolue, nourrissant la crainte d’une guerre plus terrible le jour où elle éclatera.

A chaque fois donc, qu’est appliquée l’idéologie de la concession, la « paix » qu’on a cru acheter se révèle éphémère, et la tranquillité espérée devient factice.

Enfin, nous ne saurions être complet si nous ne citions le traité de paix avec la Jordanie en 1994. Là encore il est cité comme un succès. De tous, force est de constater qu’il apparaît le moins comme un échec. Toutefois, il faut avant tout souligner qu’il n’a pas spécifiquement été conclu sur le thème de la concession et n’a pas entraîné de pertes de territoires pour Israël (le traité a été conclu dans la lignée des accords d’Oslo qui, eux, sont des concessions territoriales par excellence).

Néanmoins chacun connaît les concessions scandaleuses et discriminatoires envers les juifs et les chrétiens, à la faveur des musulmans, qu’il comprend sur la question des lieux de saint de Jérusalem, en conférant à la Jordanie un « rôle particulier » comme gardien des lieux saints musulmans (ce qui constitue rien de moins qu’une entorse à la souveraineté d’Israël, même si elle est juridiquement ad hoc), via le Wakf, qui ne manque jamais une occasion de faire parler de lui par ses incitations à la haine et des émeutes sur ou autour du Mont du Temple.

Il serait enfin, comme pour l’Egypte, plutôt hypocrite de faire comme si ce traité n’était pas lui aussi un accord éphémère signé avec des autorités jordaniennes qui y trouvaient leur intérêt, sans aucun travail de fond sur les populations (et aucune réflexion idéologique sur le vrai problème de fond, l’hostilité arabo-islamique).

Il serait hypocrite de ne pas voir encore, d’une part la surenchère jordanienne dans les instances internationales afin de montrer « patte blanche » à « la rue arabe », et d’autre part le fait que cet accord ne tient qu’au soutien financier et militaire, y compris en matière de renseignements, accordé par les Etats-Unis (et accessoirement par Israël) au régime hachémite, pour éviter son renversement par les frères musulmans ou autre groupe sunnite qui remettrait alors en cause, comme en Egypte en 2011, les acquis du traité.

Aussi, si l’on veut donc commencer à penser une fin au « conflit israélo-arabe », il faudrait avant tout commencer par exclure définitivement de notre pensée l’idéologie de la concession dans le cadre conceptuel actuel. Elle ne résout pas le problème, elle ne fait que le déplacer, et souvent l’amplifie.