Le petit village de Khirbet Al Tawil avait bénéficié d’un projet belge d’électrification.

Lundi, l’armée israélienne est venue abattre les poteaux et couper les câbles d’alimentation.

La Belgique condamne et demande une indemnisation pour la perte évaluée à 55.000 euros.

L’ambassadeur d’Israël a été convoqué au ministère des Affaires étrangères.

Le projet avait été réalisé en 2004 dans ce petit village de 200 habitants proche de Naplouse. Il s’agit d’une quarantaine de maisons habitées par une population rurale et défavorisée de Cisjordanie.

La coopération belge a mené dans les années 2000 un vaste projet d’électrification de ces communautés, pour améliorer leurs conditions de vie. Elle y a consacré un budget de 2,2 millions d’euros.

Le projet a été réalisé en coordination avec les autorités israéliennes, en particulier dans la zone C, là où l’armée israélienne contrôle totalement le territoire palestinien.

Parmi les bénéficiaires, le village de Khirbet Al Tawil est désormais sous pression de l’armée qui tente de faire partir ses habitants. Plusieurs maisons et une mosquée ont été détruites ces derniers mois. Lundi, c’est le réseau électrique financé par la Belgique qui a été mis à terre.

Zone sous couvre-feu

« A 6h du matin, une dizaine de véhicules militaires sont arrivés au village d’Al Tawil avec quatre pelleteuses, nous explique Ayman Bani Fadel, maire de la localité d’Aqraba. Ils ont commencé à démanteler le réseau basse tension constitué de poteaux et de câbles aériens. Ils ont abattu les poteaux et coupé le câble en plusieurs morceaux pour empêcher toute réparation. »

Ni les autorités locales ni les habitants n’ont pu intervenir. « L’opération a duré trois heures, dit Ayman Bani Fadel, mais nous n’avons rien pu faire parce que la zone a été placée sous couvre-feu: des soldats bloquaient toutes les routes menant à Al Tawil. Seul un habitant du village et quelques volontaires d’un mouvement de solidarité ont pu arriver sur les lieux. »

« A présent, environ 40 maisons sont sans électricité, poursuit le maire. Les habitants sont des éleveurs qui produisent du lait et du fromage. Sans électricité, ils ne peuvent plus refroidir et conserver leurs produits. Nous avons tenté de rétablir le réseau. Mais nos ouvriers ont été attaqués par l’armée israélienne et l’un d’eux a été interpellé pendant 10 heures. Ils empêchent toujours l’accès au village. »

Condamnation belge

Au total, 70 poteaux ont été abattus, 3,5 kilomètres de câbles électriques coupés et 30 supports d’éclairage public détruits. La Belgique estime les dégâts à 55.000 euros.

La Coopération était consciente que son projet était menacé, et depuis 2008, les diplomates belges plaidaient pour le sauvegarder. Le ministre belge des Affaires étrangères exprime son mécontentement.

« On ne peut que condamner cette destruction qui est contraire au droit international, dit Didier Reynders. J’ai fait convoquer l’ambassadeur d’Israël et nous réagissons également à Tel Aviv. Nous demandons un indemnisation et nous voulons voir comment on peut mener des projets ensemble. C’est un projet que nous avions réalisé en collaboration avec les autorités israéliennes. Israël devrait respecter les activités menées en faveur de la population. C’est un petit réseau électrique qui permet simplement aux gens de vivre dans des conditions plus décentes. »

« Cela fait plusieurs années que des démarches avaient été entreprises pour qu’on n’en arrive pas à cette extrémité, poursuit Didier Reynders. Nous avons reçu à plusieurs reprises l’ambassadeur israélien pour lui faire part de notre demande de ne pas procéder à cette destruction décidée en 2008. Je ne connais pas les raisons qui ont conduit à ce passage à l’acte. »

L’ambassadeur israélien en Belgique a donc été reçu ce jeudi au ministère des Affaires étrangères pour entendre la protestation belge. Jacques Revah a dit comprendre l’artume belge, tout en insistant pour que les règles en vigueur soient respectées partout. « On ne permettrait pas non plus en Belgique que des installations soient faites sans autorisation pour des raisons qui sont celles de l’autorité. Nous vérifions pourquoi ça s’est passé et nous reviendrons vers les autorités belges. »

L’absence de permis de bâtir est souvent invoquée par les autorités israéliennes pour justifier les destructions de maisons palestiniennes, y compris à Khirbet Al Tawil. Mais ces permis sont rarement accordés aux demandeurs privés.

Selon la Coopération belge, l’ensemble du projet d’électrification s’est fait en coordination avec les autorités israéliennes et palestiniennes. L’ONG israélien B’tselem souligne que les Palestiniens vivent là depuis des dizaines d’années et que la plupart des structures ont été construites avant l’occupation israélienne entamée en 1967.

La Belgique va également initier une démarche commune avec d’autres pays européens, parce que d’autres projets financés par ces pays ont été détruits ou sont menacés.

Selon Oxfam, depuis le début de l’année quelque 400 infrastructures palestiniennes ont été démolies, maisons ou autres bâtiments. 18% de ces infrastructures détruites étaient financées par des donateurs internationaux. Plus de 800 personnes se sont retrouvées sans abri suite à ces démolitions.

La colonie veut s’étendre

Le maire d’Aqraba a une autre explication de cette insistance à chasser les habitants de Khirbet Al Tawil: « La réalité, c’est qu’un groupe de colons de la colonie voisine d’Itamar veut faire évacuer Al Tawil pour s’installer à proximité. La destruction du réseau électrique vise à rendre la vie des habitants impossible pour qu’ils quittent les lieux. Mais ils vont rester, ils n’ont pas le choix. Même sans électricité. Ils savent que les Israéliens veulent les chasser, mais ils ne partiront en aucun cas. »

Le CNCD-11.11.11, coupole d’ONG belges, relève que « ce type de destructions s’inscrit dans la politique de colonisation et d’expulsion des Palestiniens vivant en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est ». « Les démolitions de maisons et d’infrastructures, souvent des réservoirs d’eau et des réseaux d’électricité, par les autorités israéliennes ont considérablement augmenté ces dernières années », relève la coordination.

Si les Palestiniens se voient empêchés de construire dans les zones sous contrôle israélien, les colonies juives continuent de s’étendre. 350.000 colons vivent en Cisjordanie et environ 200.000 à Jérusalem-est.