On comprend mieux désormais pourquoi Binyamin Netanyahou était favorable au cessez-le-feu à Gaza. Il avait dévoilé aux responsables politiques de sa coalition qui menaçaient de démissionner le fond de sa pensée : le plus grand danger ne vient plus du sud du pays, mais de la frontière nord où l’Iran déploie désormais contre l’Etat juif un arsenal militaire impressionnant.

Les frappes israéliennes avaient partiellement démantelé les installations iraniennes en Syrie. La Russie souhaitant également limiter l’influence de Téhéran dans ce pays, le régime des Mollahs opère désormais en priorité au Liban : les armes iraniennes y sont livrées directement à ses alliés chiites. Pour le moment, Tsahal se contente de détruire les tunnels percés par le Hezbollah afin d’atteindre le territoire israélien. Nul doute que cette opération « Bouclier du nord », engagée dans la nuit du 3 au 4 décembre, revêtirait une toute autre ampleur si l’armée israélienne s’attaquait aux stocks et aux usines d’armement qui font courir à l’Etat juif un danger mortel.

On sait que le Hezbollah dispose désormais de plus de 100 000 roquettes et missiles capables d’atteindre à peu près n’importe quelle localité israélienne. L’ajout de systèmes de guidage par GPS accentuerait encore la précision et donc la dangerosité de ces armes. Le « Parti de Dieu », bien implanté dans la population, n’a jamais hésité à utiliser les boucliers humains afin de préserver sa capacité de nuisance. Mais le cynisme du cheikh Nasrallah ne peut tromper que les naïfs.

Le Hezbollah n’est plus une simple milice, mais, à bien des égards, la véritable armée d’un Etat libanais déliquescent. Depuis longtemps, et plus encore depuis l’élection à la présidence de la République en 2016 de son allié chrétien, le général Michel Aoun, le Hezbollah a pu noyauter en toute quiétude les principaux rouages de l’Etat libanais, et d’abord ceux de l’armée et des services secrets.

Cette situation justifie par avance toute initiative israélienne dirigée contre les infrastructures du Hezbollah au pays du cèdre. Car, si la menace devenait imminente, l’Etat juif n’aurait guère le choix : frapper tout point du territoire libanais – peuplé ou non – d’où pourrait venir le danger.  

La population israélienne soutiendrait sans réserve son armée. Les partis de l’opposition aussi. Une attaque israélienne – surtout si elle est préventive – susciterait sans doute des critiques en Europe, et peut-être aussi de la part de la Russie.

Mais pour le gouvernement israélien, l’essentiel est ailleurs : le Premier ministre Netanyahou a tenu à informer les Etats-Unis de la gravité de la situation au cours d’une rencontre-surprise avec le secrétaire d’Etat Mike Pompeo le jour même du déclenchement de l’opération contre les tunnels.

En d’autres termes, tout est en place pour une confrontation entre l’Etat juif et l’Etat-Hezbollah.