Voila quelques années je passais une semaine de vacances dans une Yechiva francophone de Jérusalem. Là-bas il y avait un jeune homme d’environ 18 ans qui venait d’abandonner son Baccalauréat en France et se retrouvait alors un peu perdu dans cette Yechiva à la recherche d’un chemin, d’une direction. La question de « am segoula », de « peuple spécial », expression communément connue sous l’appellation de « peuple élu », est venu lors d’une conversation et le jeune débita un certain nombre d’arguments, s’intéressant a prouver (se prouver à lui-même ?) que le peuple juif était supérieur (une race supérieure ?) aux autres peuples.

Pas besoin d’aller très loin dans la psychologie de l’être pour comprendre que cette démarche, bien humaine, est l’expression d’un besoin d’exister, de se démarquer de l’autre, de prouver que notre vie est différente de celle des sept milliards d’être humains qui vivent sur le planète Terre.

Je me rappelle m’être alors posé la question: « mais en quoi moi, Joachim, représentant de ce peuple, suis-je supérieur aux autres nations ? »

Qu’ai-je contribué au monde alors que j’avais 22 ans pour pouvoir me sentir au dessus de qui que ce soit ? Suis-je a l’origine d’une invention qui a sauvé des vies ? Ai-je combattu la faim dans le monde ? Bref, il y a avait quelque chose qui n’allait pas.

Pour moi cette reconnaissance/ce titre devait être mérité et je n’avais ni l’impression que ce jeune homme ou moi même avions accompli quelque chose qui pu le justifier. Plus loin que cette interrogation, la confirmation de cet argument est parfois malsain, peut-être même dangereux puisque sa conséquence directe est un sentiment de supériorité par rapport à l’autre, Gentils, voir de mépris.

Ce concept de « peuple choisi » est présent à répétition dans la liturgie Juive et il est difficile de passer à côté sans se poser de questions. La prière récitée lors de la montée à la Torah dit: « ברוך אתה ה’ א-להנו מלך העולם אשר בחר בנו מכל העמים ונתן לנו את תורתו. »- bénis sois tu l’Eternel notre Dieu, Roi de l’univers qui nous a choisi d’entre les nations et nous a donné sa Torah. Ou encore dans  la prière du kiddush « כִּי בָנוּ בָחַרְתָּ וְאוֹתָנוּ קְדַּשְׁתָּ מִכָּל הָעַמִּים וְשַׁבָּת קָדְשְׁךָ בְּאַהֲבָה וּבְרָצוֹן הִנְחַלְתָּנוּ. בָּרוּךְ אַתָּה יְיָ מְקַדֵּשׁ הַשַׁבָּת. »- Car c’est nous que Tu as distingués et sanctifiés d’entre tous les peuples et c’est à nous que Tu as légué, par amour, Ton saint Chabbat.

Tu es source de bénédiction, Toi qui sanctifies le Chabbat. Ou encore dans la prière de alenou qui clôture le service : « שֶׁלֹּא עָשָׂנוּ כְּגוֹיֵי הָאֲרָצוֹת וְלֹא שָׂמָנוּ כְּמִשְׁפְּחוֹת הָאֲדָמָה »- Car Il ne nous a pas fait comme les nations des autres terres, et ne nous a pas mis comme les familles de la Terre. Aussi faut-il faire le constat que l’appellation « am segoula », de peuple choisi, ressort de manière assez récurrente dans la sphère religieuse.

Spinoza critique de manière virulente ce concept dans son Tractatus Theologico-Politicu. A ces yeux, un tel sentiment de gloire ou d’avantage inhérent par rapport aux autres (peuples) n’est pas le bonheur et au contraire représente une inclination au mal. Le bonheur passe par la sagesse et la compression, la recherche de la vérité et il n’en est rien venant d’un tel sentiment de supériorité.

Difficile de contredire la critique. Comment peut-on alors entrevoir ce concept de peuple choisi ? Une idée que l’on peut avancer est celle d’une aspiration de l’être ou plutôt d’un peuple tout entier a être un exemple pour les nations.

A la suite des événements tragique advenus au Népal le 25 Avril dernier, Israël envoya une aide humanitaire de 250 docteurs et personnel de secours pour évacuer les Israéliens alors au Népal et soutenir les autorités locales pour venir en aide aux habitants du pays. Au 4 Mai 2015 la délégation Israélienne avait traité 580 personnes et conduit 43 opérations chirurgicales vitales.

Des missions Israéliennes de ce genre se multiplient avec le temps. Avec l’aide humanitaire envoyée à Madagascar après la tempête qui a frappé le pays en Février dernier, l’aide à Vanuatu après le passage du cyclone Pam en Mars 2015, aide aux victimes du typhon Hagupit aux Philippines en Décembre 2014 et bien d’autres.

Après 67 années d’existence seulement et une situation géopolitique des plus indésirable, Israël se revendique acteur de hessed dans le monde et voit toujours plus loin.

Alors on finira avec le souhait qu’Israël continue sur cette voie, que ses sauveteurs portent des kippot et qu’ils se fassent les représentants d’une nation et d’un peuple qui grandit de jour en jour et aspire à cet idéal d’être une mamlechet hakohanim, une assemble de prêtres, et revendique à juste titre le dénominatif de peuple élu.

Ouverture de l'hôpital de fortune a Kathmandu. Photo reproduite avec la permission de IDF Spekesperson European Desk (12-05-2015).

Ouverture de l’hôpital de fortune a Kathmandu. Photo reproduite avec la permission de IDF Spekesperson European Desk (12-05-2015).