Israël célèbre son 70ème anniversaire cette année. Laissez-moi jouer cartes sur table. Je ne suis pas dénué d’émotions s’agissant d’Israël.

Les Juifs du monde entier ont prié, depuis des siècles, pour un retour à Sion. Nous avons la chance de faire partie de ceux qui ont finalement vu ces prières s’exaucer.

La création de l’Etat en 1948 ; le plein investissement du rôle de patrie et de refuge pour les Juifs du monde entier qui lui était confié ; son adhésion sans réserve à la démocratie et à la primauté du droit ; et ses impressionnantes réalisations scientifiques, culturelles et économiques, sont autant d’accomplissements qui auront dépassé mes rêves les plus fous.

Et lorsqu’on ajoute l’élément clé, à savoir que tout cela s’est produit non pas en Occident mais au Moyen-Orient, où les voisins d’Israël ont décidé dès le premier jour de le détruire, l’histoire des 70 premières années d’Israël est d’autant plus remarquable.

Pourtant, les Israéliens n’ont jamais succombé à cette mentalité de forteresse. Ils n’ont jamais abandonné leur profond désir de paix avec leurs voisins ou la volonté de prendre des risques inouïs pour parvenir à cette paix, comme ce fut le cas avec l’Égypte en 1979 et la Jordanie en 1994, par exemple, ou encore dans le retrait unilatéral de Gaza en 2005, et un jour, sans doute, dans un accord avec les Palestiniens, lorsque leurs dirigeants accepteront enfin la réalité d’Israël.

Certes, l’édification d’une nation est un processus infiniment complexe. Dans le cas d’Israël, ce processus s’est inscrit dans un contexte de tensions avec une population arabe locale qui revendiquait la même terre et qui a tristement refusé une proposition de l’ONU de diviser la terre en un Etat arabe et un Etat juif.

Cela alors que le monde arabe tentait d’isoler, de démoraliser et finalement de détruire l’État, que la population israélienne avait doublé au cours des trois premières années d’existence du pays – représentant un poids immense sur des ressources extrêmement limitées, alors même que la nation était obligée de consacrer une grande partie de son budget aux dépenses liées à la défense – et que le pays s’efforçait de se forger une identité nationale et de créer un consensus social au sein d’une population des plus hétérogènes sur les plans géographique, linguistique, social et culturel.

Comme toute démocratie dynamique, Israël est un projet en construction perpétuelle. Admirer Israël comme je le fais ne signifie cependant pas occulter ses dysfonctionnements, parmi lesquels l’intrusion excessive de la religion dans la politique, la marginalisation inexcusable des courants religieux juifs non orthodoxes, et la tâche inachevée et si indéniablement complexe d’intégrer les Arabes israéliens dans la société.

Mais il ne s’agit pas non plus de laisser de telles questions éclipser les remarquables réalisations d’Israël.

En seulement 70 ans, Israël a établi une démocratie florissante, unique dans la région, appuyée par une Cour suprême âpte, lorsqu’elle le juge nécessaire, à renverser le Premier ministre ou l’establishment militaire, un parlement énergique incluant absolument toutes les voix du spectre politique et social, une société civile robuste et une presse vigoureuse.

Le pays a construit une économie enviable, de plus en plus basée sur l’innovation et la technologie de pointe, dont le PNB par habitant dépasse de loin le total combiné de ses quatre voisins souverains contigus – l’Egypte, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Il a rejoint l’OCDE, est devenu un centre mondial de recherche et de développement et attire les investissements étrangers directs.

Israël est le foyer d’universités et de centres de recherche qui ont contribué à élargir les frontières de la connaissance dans de nombreux domaines et qui ont d’ailleurs remporté quantité de prix Nobel.

Le pays a créé l’une des armées les plus puissantes du monde, toujours sous contrôle civil, devrais-je ajouter, pour assurer sa survie dans une région du monde difficile et tumultueuse.
Et il a fait tout cela en s’efforçant d’adhérer à un code de conduite militaire strict qui a peu de rivaux dans le monde démocratique, et encore moins ailleurs, et confronté à un ennemi prêt à envoyer des enfants au front et à chercher refuge dans les mosquées, les écoles et les hôpitaux.

Il a atteint une qualité de vie qui le range parmi les nations les plus saines du monde, avec une espérance de vie particulièrement élevée, voire supérieure à celle des États-Unis, sans oublier un classement élevé dans « l’indice annuel de bonheur » des pays.

Il a forgé une culture florissante, admirée bien au-delà des frontières israéliennes. Ce faisant, il a amoureusement pris une langue ancienne, l’hébreu, la langue des prophètes, et l’a rendue moderne pour satisfaire le vocabulaire du monde contemporain.

En dépit de ce que déclarent quelques voix extrémistes et intolérantes, il a créé un climat de respect pour les autres groupes religieux, y compris le bahaïsme, le christianisme et l’islam, mais aussi pour leurs lieux de culte. Est-ce qu’une autre nation de cette région peut, elle aussi, se prévaloir de cela – même dans une moindre mesure ?

Il a érigé un secteur agricole qui a permis aux pays en développement d’en apprendre beaucoup sur la transformation d’un sol aride en champs de fruits, de légumes, de coton et de fleurs.

Tenez-vous à l’écart des méandres de la surcharge d’information quotidienne venant du Moyen-Orient et considérez le balayage des 70 dernières années. Regardez les années-lumière parcourues depuis les ténèbres de la Shoah, et émerveillez-vous du miracle d’un peuple décimé revenant sur un petit bout de terre, la terre de nos ancêtres, la terre de Sion et de Jérusalem, et réussissant, contre toute attente, à construire un Etat moderne et dynamique sur cette fondation antique.

En dernière analyse, l’histoire d’Israël est la réalisation merveilleuse d’un lien de 3 500 ans entre une terre, une foi, une langue, un peuple et une vision. C’est une histoire inégalée de ténacité et de détermination, de courage et de renouveau. Et c’est finalement une métaphore du triomphe de l’espoir durable sur la tentation du désespoir.