L’ouverture du président Obama à l’Iran n’a pas eu l’effet espéré sur l’ingérence iranienne au Moyen-Orient et sur le développement des missiles balistiques. Bien au contraire. « Marg bar Amrika! » Ces cris de « Mort à l’Amérique ! » sont régulièrement scandés ces dernières années lors des discours officiels du Guide suprême iranien.

Celui-ci affirme du même souffle que l’Amérique lui réserve un traitement injuste et illégal en raison du désistement du président Trump de l’accord des 5 +1 portant sur le développement nucléaire iranien.

L’Union Européenne (UE) cherche à contourner les sanctions économiques américaines contre l’Iran – vainement. Mais, que l’on en s’y trompe guère. Les objectifs respectifs des USA et de l’UE sont les mêmes mais les moyens d’y parvenir diffèrent : Ni l’UE ni même la Russie ne sont à l’aise avec les politiques iraniennes et s’inquiètent tant des suites de l’accord qui devrait être caduque en 2025 que des essais balistiques iraniens et de l’ingérence iranienne au Moyen-Orient.

Le président Trump a décrété un embargo total des exportations de pétrole iranien (2 mai), envoyé des renforts militaires dans la région (5 mai) et mis sur la liste noire le Guide suprême ainsi que le ministre des Affaires étrangères Zarif (23 juin), empêchant ainsi le détournement des sanctions via la valise diplomatique.

La riposte iranienne a été de cesser de respecter les restrictions de l’accord des 5 +1, soit une limite de 300 kilos d’uranium enrichi (8 mai). L’Iran s’est rapproché de la limite définie par l’accord des 5 +1 tout en signifiant à l’Union européenne un ultimatum de 60 jours. En outre, l’Iran a principalement agi par proxys : ainsi, des milices irakiennes et houties contrôlées par l’Iran seraient à l’origine de nombreux incidents : attaques de pétroliers (12 mai et 13 juin), attaque de drones contre l’Arabie saoudite (14 mai), attaque à proximité d’un complexe américain à Bagdad (19 mai) et descente d’un drone américain (20 juin).

Une attaque américaine en représailles a été annulée in extremis. Le fait qu’elle ait été préalablement annoncée aux Iraniens a en toute probabilité servi à identifier les communications militaires d’urgence iraniennes et engager une attaque cybernétique américaine qui n’a pas été officiellement confirmée.

Les Américains disposent de 60 000 soldats dans le Golfe. Une attaque américaine serait dévastatrice pour l’Iran, mais ne ferait que faire reculer de quatre ans le programme nucléaire iranien. Une invasion de l’Iran (80 millions d’habitants) n’est pas un atout réaliste. Par ailleurs, 2020 est une année électorale et Trump n’a pas intérêt à se présenter avec un enlisement militaire impopulaire.

De son côté, l’Iran pourrait faire cesser les exportations du pétrole par le détroit d’Ormuz par lequel transitent 30% des exportations mondiales; il pourrait déclencher une guerre de missiles contre l’Arabie et la flotte de guerre américaine, activer des cellules terroristes dormantes en Occident, déclencher des attaques cybernétiques et faire intervenir les milices chiites d’Irak, du Yémen, et ultimement provoquer une nouvelle guerre contre Israël, le Hezbollah libanais ayant plus de 130 000 missiles braqués contre l’État hébreu.

Que veut l’Amérique ?

Selon le secrétaire d’État Pompeo, l’Iran devrait cesser l’enrichissement de l’uranium (de 0,7% à 4%), retirer ses troupes de Syrie, et cesser son soutien au Hezbollah libanais et au Hamas gazaoui. Cela signifie le gel des ambitions hégémoniques de l’Iran dans la région. Le conseiller en matière de sécurité nationale John Bolton préconise depuis longtemps la manière forte et le président Trump veut entamer de nouvelles négociations.

Le fait que le Premier ministre japonais venu avec l’intention de concilier l’Iran et les États-Unis se soit fait rabrouer et que le même jour (13 juin) un pétrolier battant pavillon japonais se soit fait attaquer dans le détroit d’Ormuz montre que l’Iran n’est pas encore prêt à transiger. Plus encore, l’Iran a déclaré dépasser la limite de production d’uranium enrichi permise d’après l’accord des 5 +1 (1 juillet).

L’Iran s’est fait des illusions en pensant que l’Union européenne pourrait agir contre la volonté des États-Unis. L’Europe a confié sa défense aux États-Unis. Le traité limitant les forces conventionnelles en Europe a été mis à terme en 2015. Le traité limitant les forces nucléaires à portée intérimaire a été suspendu par les Américains puis les Russes en 2019. Il n’y a pas d’alternative à la protection américaine de l’Europe, que ce soit à court terme ou à moyen terme.

La mullacratie iranienne a besoin d’un ennemi pour faire oublier ses carences et se maintenir au pouvoir et la tension avec les États-Unis fait son affaire. Les leaders iraniens qui ont le culte de la martyrologie cultivent l’idée qu’il s’agit d’une épreuve précédant la venue du messie chiite, le mahdi. Le peuple iranien souffre de cette situation qui devient de plus en plus difficile sinon intenable.

La population iranienne stagne bien que l’embargo ne touche guère l’alimentation et les médicaments qui ne sont pas affectés par les sanctions. Les usines ferment par manque de pièces de rechange; 4 800 projets ont été gelés faute de fonds. Les exportations de pétrole iranien ont décru de plus de 80%. La population iranienne en a assez des politiques du régime actuel, mais ne peut rien contre les Gardiens de la révolution qui n’ont pas hésité à tirer sur des manifestants par le passé.

Quelques signes montrent que l’embargo américain agit quand même sur le leadership iranien qui vise un statut reconnu de grande puissance au Moyen-Orient tout en lançant des appels au génocide. En effet, le terrorisme commence par des mots et finit dans l’hystérie meurtrière. C’est la première année que l’Iran n’a pas organisé les manifestations populaires annuelles « fin de l’Amérique » et « fin d’Israël », ni organisé une compétition internationale de caricatures dénigrant l’holocauste.

Par ailleurs, des coupures partielles ont été effectuées aux mercenaires chiites de l’Iran ainsi qu’au Hezbollah et au Hamas. Un peu plus du quart des prisonniers iraniens (60 000) ont été libérés faute de fonds, détrônant l’Iran de sa première place relativement au nombre de prisonniers et le reléguant à la troisième place après la Chine et la Turquie.

Le Guide suprême iranien a comparé le conflit actuel à celui des bandes dessinées de Jerry et Mitsou, et aime s’identifier à la souris futée qui s’en prend au gros matou. Le bien-être de la population ne semble pas être sa première priorité. Il a devant lui un président américain qui tweet plus vite que son ombre. Il pourrait aussi tirer plus vite que son ombre. Si l’Union européenne s’accordait sur une approche commune avec les États-Unis, cela pourrait accélérer la reprise de négociations plus serrées que ce qu’elles n’avaient été du temps de la présidence d’Obama.